Poutine à Shanghai: relations bilatérales au beau fixe
Courrier International - Agnès GAUDU, Laurence HABAY
Vladimir Poutine entame le 20 mai une visite à Shanghai. Au menu : signature d'un nombre record de documents de coopération et manoeuvres militaires conjointes en mer de Chine orientale.
Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping à Shangai, le 20 mai 2014 (AFP PHOTO / POOL / Aly Song) Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping à Shangai, le 20 mai 2014 (AFP PHOTO / POOL / Aly Song) AFP
Le sommet russo-chinois n'a pas lieu à Pékin, mais à Shanghai. Cette mégapole de l'Est de la Chine ne se fait, elle, pas appeler deuxième capitale du pays, comme Saint-Pétersbourg en Russie, remarque le quotidien russe Nezavissimaïa Gazeta, mais elle est bien sûr la première des grandes villes chinoises en ce qui concerne son rythme de croissance économique et le niveau de vie de sa population.
Cette semaine, elle sera au centre de la vie politique du pays, car outre le sommet russo-chinois, doit s'y tenir le 4e Sommet de la Conférence sur l'interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA). Enfin, c'est au large des côtes de Shanghai, en mer de Chine orientale, qu'ont été entamées le 20 mai des manoeuvres conjointes entre les flottes russe et chinoise.
Un contexte international "tendu"
Le journal moscovite rappelle le contexte international "tendu" dans lequel se déroulent ses événements : le conflit en Ukraine et les sanctions occidentales à l'encontre de la Russie, aussi bien que le "virage" politico-militaire de Washington en direction de l'Asie. Il souligne également que la Chine, généralement très prudente sur les questions territoriales concernant les autres pays, a soutenu la Russie sur l'essentiel, en dénonçant la politique des sanctions contre Moscou. Ce thème n'est pas officiellement à l'ordre du jour du sommet russo-chinois, mais il devrait être abordé entre Vladimir Poutine et Xi Jinping, estiment les experts russes.
Dans le contexte de la crise ukrainienne, mais aussi des conflits en mer de Chine du sud, "Europe et Etats-Unis craignent que la Chine et la Russie constituent une alliance pour résister ensemble à l'Occident", écrit Bu Yongguang, chercheur en relations internationales à Shanghai, dans le quotidien pékinois Beijing Qingnian Bao. Mais une telle "alliance imaginaire ne fait pas partie de la stratégie de la nouvelle génération de dirigeants chinois et n'est guère probable". La Chine "en restera à une politique étrangère favorable au maintien de l'ordre existant".
"Poutine a déclaré à la télévision que la Russie n'a pas l'intention de mettre en place une alliance militaire avec la Chine", relève un expert anonyme dans le Renmin Ribao, organe du Parti communiste chinois. "La Chine est un voisin et un allié naturels, mais nous n'avons pas besoin de forger une alliance, de former un bloc politique d'une conception obsolète." Et le spécialiste chinois de commenter : "La coopération stratégique entre les deux pays est une relation entre grands pays émergents sans alliance, sans opposition, sans confrontation avec les pays tiers".
Le quotidien économique russe RBCdaily, met cependant l'accent sur les manoeuvres militaires conjointes , dont la phase active aura lieu du 22 au 25 mai. "C'est le témoignage d'un très sérieux rapprochement militaire entre la Chine et la Russie", estime l'expert militaire russe
Vladimir Evseev. Des manoeuvres conjointes ont déjà eu lieu, mais jamais elles ne furent à ce point interconnectées".
Coopération économique
Plus que la politique, la coopération économique, qui reste relativement faible, est un sujet important de la rencontre, souligne le Beijing Qingnian Bao. Avec les sanctions occidentales du fait de la question ukrainienne, la Chine, en tant que premier consommateur d'énergie au monde, prend une place sans précédent.
Le Renmin Ribao détaille les domaines de coopération économique évoqués à Shanghai : "La coopération commerciale, financière et dans le domaine de l'energie, de la technologie et de l'aéronautique, doit permettre aux deux pays d'augmenter leur compétitivité respective." Une coopération poussée pour le développement de l'Extrême-Orient russe (la Sibérie) est également en discussion, avec la participation directe de l'industrie chinoise. Enfin, une coopération dans le ferroviaire devrait permettre d'améliorer les échanges.
Selon Nevassimaïa Gazeta, le conseiller du président russe Iouri Ouchakov a déclaré que 43 documents, une "quantité record", avaient été préparés à la signature pour des accords intergouvernementaux et entre entreprises. Cependant certains dossiers sont délicats, a -t-il précisé, citant un très gros projet gazier en négociation depuis 10 ans. La Chine est de loin le premier partenaire économique de la Russie en termes de commerce extérieur.
Ca ne s'annonce pas très bien pour les Etats-Unis, mauvais timing sans doute; pour tenter de faire les "hypocrites" sur la surveillance étrangère, ce n'était pas le bon moment. Je ne comprends pas vraiment qu'elles étaient leurs intentions en condamnant ces cyber-espions alors qu'ils savent très bien que leurs relations avec la Chine ne tiennent qu'à un fil. Oui, la justice fait indépendamment son travail; mais c'est tout de même une première, un message fort qui n'est pas sans conséquences diplomatiques directes et dont les conséquences ont dû être réfléchies au-delà des tribunaux.Cyber-espionnage: la Chine dénonce "l'hypocrisie" des États-Unis et les menace de représailles
La Tribune - [s.a.]
Les États-Unis ont inculpé lundi cinq militaires chinois, accusés d'avoir volé des secrets commerciaux à des entreprises américaines. La Chine a dénoncé ces accusations "absurdes", qui mettent "en danger la coopération" entre les deux pays.
Au lendemain de l'inculpation aux États-Unis de cinq membres de l'armée chinoise dans une affaire de cyber-espionnage, la Chine a convoqué mardi l'ambassadeur américain à Pékin et menacé Washington de représailles.
Un grand jury de Pennsylvanie a inculpé cinq officiers chinois accusés d'avoir, entre 2006 et 2014, volé des secrets commerciaux d'entreprises américaines spécialisées dans l'énergie nucléaire ou solaire, et dans la métallurgie. C'est la première fois que la justice américaine accuse publiquement la Chine de cyber-espionnage.
Pékin a immédiatement réagi à l'inculpation des officiers en dénonçant des accusations "absurdes" , qui s'appuient sur des "faits fabriqués" et mettent "en danger la coopération et la confiance mutuelle entre la Chine et les Etats-Unis".
La Chine dénonce "deux poids, deux mesures"
Le ministère chinois de la Défense a également commenté l'affaire dans un communiqué sur son site internet:
"De WikiLeaks à l'affaire Snowden, l'hypocrisie des États-Unis et son recours à deux poids deux mesures en matière de sécurité informatique ont depuis longtemps été clairement mis en évidence. […] Le prétendu "réseau (chinois) d'espionnage commercial" est purement et simplement une invention des Etats-Unis, qui s'inscrit dans une stratégie de tromperie du public avec des motifs non avoués."
"Si les Etats-Unis continuent dans cette voie, la Chine prendra des mesures pour répliquer avec détermination", a par ailleurs déclaré un porte-parole de l'Office national d'information sur internet, l'autorité de régulation, cité par Chine nouvelle et Le Quotidien du peuple.
En 2013, 49% des intrusions malveillantes motivées par l'espionnage provenaient de Chine et d'autres pays d'Asie orientale, selon une étude de l'opérateur américain Verizon Communications.
Et pendant ce temps, les liens sino-russes se portent à merveille dans tous les domaines. Ils semblent encore limiter leurs relations, et j'espère que la Chine gardera cette ligne de modération dans ce contexte si particulier (où le monde avec les crises syriennes ou ukrainiennes semble de nouveau découpé en blocs).



