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Catholicisme en France : 29% des 18-59 se disent catholiques, «il y a un effondrement en cours»
Les fidèles vont se presser à Marseille pour accueillir le pape les 22 et 23 septembre, faisant un temps oublier que le catholicisme français est engagé dans un long déclin, encore accéléré par la crise des abus sexuels.
> Où en est l’Église en France ?
Le catholicisme reste la première religion du pays, puisque 29 % de la population des 18-59 ans se déclare catholique selon l’enquête « Trajectoires et origines » (TeO) menée en 2019-2020 par l’Institut national des statistiques (Insee) et l’Institut national d’études démographiques (Ined).
Mais la chute est spectaculaire en un demi-siècle, car en 1962 encore, 85 % des Français se disaient catholiques. Autres signes de déclin : la pratique baisse (8 % des catholiques vont régulièrement à la messe), ainsi que la transmission (67 % seulement des enfants de catholiques le sont eux-mêmes). « Il y a un effondrement en cours », constate la sociologue des religions Danièle Hervieu-Léger. Un chiffre résume la crise : en 2023, seuls 88 prêtres catholiques doivent être ordonnés en France.
Le catholicisme souffre de la sécularisation de la société, puisque dans l’enquête TeO 51 % des Français se disent sans religion. L’islam, en légère progression (10 %), est la deuxième religion du pays. Les sociologues notent aussi une poussée des chrétiens évangéliques.
Dans ce contexte, « le Covid et la crise des abus (sexuels) ont accéléré le déclin », ajoute Mme Hervieu-Léger. Pour l’historien Denis Pelletier, à l’heure de la libération des moeurs, « les questions de genre et de vie sont devenues centrales, et l’Eglise ne l’a pas vu », ce qui explique que « quand la question des abus sexuels lui est tombée dessus, ils n’ont su que faire ».
> Qui sont les catholiques aujourd’hui ?
« Le catholicisme français a longtemps été très pluraliste », assure Denis Pelletier, même si « ceux qui restent, et qu’on voit, sont les plus conservateurs », comme lors de l’opposition au mariage pour tous.
Au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, la droite nationaliste (Marine Le Pen, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan) a totalisé 40 % du vote des catholiques, contre 7 % pour Valérie Pécresse et 29 % pour Emmanuel Macron, selon une enquête Ifop.
Danièle Hervieu-Léger note elle « le caractère de plus en plus urbain et bourgeois du catholicisme français », qui vacille dans les campagnes, alors que « la société rurale pouvait encore être décrite comme le lieu par excellence de l’emprise de l’Eglise dans les années 1950 ».
Pour autant « il reste un vrai catholicisme de gauche, ou centriste », même s’« il est devenu invisible », ajoute Denis Pelletier. Leur engagement peut passer par les mouvements écologistes ou altermondialistes : à la dernière présidentielle, 21 % des catholiques ont voté pour un candidat de gauche, Jean-Luc Mélenchon faisant même 19 % chez les pratiquants réguliers.
Mais la désaffection des jeunes se fait sentir sur le terrain. À l’église de la Belle-de-Mai de Marseille, le prêtre béninois Daniel Barrigah dénombre une quinzaine d’adolescents fréquentant la messe : « Ce n’est pas beaucoup, mais c’est déjà bien », assure-t-il. « Il faudrait que nous essayions de trouver les thématiques qui portent les jeunes aujourd’hui ».
> Quel avenir ?
L’Eglise de France a traversé des crises à répétition, et « en 1905 déjà , dans la presse, on avait l’impression que le catholicisme allait disparaître ! » rappelle Denis Pelletier, qui le voit « continuer à jouer un rôle, comme réserve de sens dans la société ».
Ses difficultés s’inscrivent aussi dans un contexte plus large, pas un pays n’ayant échappé aux scandales d’abus sexuels. Consciente de la nécessité de ramener la confiance, l’Eglise a lancé plusieurs chantiers de transparence et de réparation.
Une large étude dans les diocèses avait révélé l’an dernier l’aspiration des fidèles à « d’authentiques contre-pouvoirs », certains demandant plus de place aux laïcs et aux femmes, d’autres une remise en question du célibat des prêtres.
« Il extrêmement difficile de dire quel avenir va émerger des tentatives qui surgissent un peu partout », affirme Danièle Hervieu-Léger. Mais selon elle une situation où le catholicisme est la deuxième religion du pays « peut arriver »."
https://www.lavoixdunord.fr/1374616/art ... fondrement
Au lieu de s'attaquer aux musulmans, l'extrême-droite devrait plutôt ramener les brebis françaises dans le chemin du catholicisme.
"La valeur ne dépend pas de la religion, mais de l'amour qui nous fait considérer l'autre comme un frère ou une sœur"
Sœur Emmanuelle
"Notre vraie nationalité est l'Humanité" Herbert Georges Wells