L'intimidation n'a pas marché
Fidèle à son habitude, le leader populiste avait aussi recouru à l'intimidation pour mettre au pas les élus de son camp, sans succès cette fois. Il a fondu publiquement sur un dissident, Chip Roy : « Les personnes faibles et inefficaces comme Chip doivent être démises », « j'espère que des rivaux talentueux se préparent dans le grand Etat du Texas pour le défaire aux primaires », a-t-il vitupéré sur sa plateforme sociale.
Le crime de ce représentant républicain du Texas ? Droit dans ses bottes, il refusait de suspendre le plafond de la dette des Etats-Unis pour deux ans. Donald Trump lui-même a fait ajouter cette disposition dans le texte présenté jeudi, car il ne veut pas de mélodrame budgétaire sous sa présidence. Mi-2025, le Congrès devra en effet renégocier à la hausse le droit des Etats-Unis à s'endetter pour éviter un défaut de paiement. Comme la majorité républicaine à la Chambre est très courte, cela présage de marchandages désagréables - un signe de faiblesse à ses yeux.
Jeudi soir, le président élu ne s'est pas appesanti sur la trahison de certains républicains. Il a mis cet échec sur le dos de 197 démocrates qui ont voté contre, et qui « voulaient un shutdown », selon lui. Pour rappel, les Etats-Unis ont connu le plus long « shutdown » de leur histoire sous Donald Trump, en 2018.
« La proposition Musk-Johnson »
Le leader minoritaire de la Chambre a aussi été montré du doigt : « Honte à Hakeem Jeffries pour avoir rejeté une loi de dépenses juste et simple, dont les Etats dévastés par les ouragans avaient désespérément besoin », a accusé Elon Musk sur X.
« La proposition Musk-Johnson n'est pas sérieuse, elle prête à rire. Les républicains extrêmes Maga nous emmènent vers la fermeture du gouvernement », a pour sa part déclaré Hakeem Jeffries dans les couloirs du Congrès, juste avant le vote. Sa mention d'Elon Musk fait écho aux propos d'autres parlementaires choqués de voir l'ami du président s'immiscer dans le processus budgétaire sans avoir été élu.
La semaine avait pourtant bien commencé au Capitole. Le Speaker Mike Johnson, courtisan zélé de Donald Trump, pensait passer sans encombre un énorme texte budgétaire, truffé de concessions réciproques entre démocrates et républicains. Les exigences de Donald Trump sur le plafond de dette semblent l'avoir pris par surprise. Elon Musk, qui sera bientôt en mission spéciale pour sabrer dans les dépenses fédérales, a été le premier à appeler à « tuer le texte ».
Mike Johnson, soudain en danger de ne pas être réélu Speaker le 3 janvier, est quasiment reparti d'une feuille blanche. Cornaqué par le vice-président élu JD Vance et par l'omniprésent Elon Musk, il a ajouté le plafond de dette, conservé les 100 milliards de dollars de secours pour les victimes des ouragans (que réclamaient les républicains), et ôté à peu près tout ce que demandaient les démocrates. La deuxième mouture est tombée de 1.500 à 116 pages. Les députés n'auront guère le temps d'en lire plus avant l'heure fatidique du « shutdown ».