Cépajuste a écrit : 08 mars 2025 22:21
Les pays européens ont signé et ratifié le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Ils ne peuvent pas en principe se doter de l'arme nucléaire, sauf à sortir du traité.
La France elle-même est signataire du TNP, ce qui lui impose des restrictions. Elle peut améliorer et moderniser son arsenal, mais sa doctrine repose
1) Bon à rappeler quand même : l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord sont dotés de l'arme nucléaire dans les faits mais pas en droit international. Donc, ces 4 pays possèdent l'arme nucléaire mais ne sont soumis à aucune obligation juridique particulière. Bon à rappeler aussi : la Corée du Nord avait signé le TNP pour engager une procédure de retrait en 2003. Comme quoi un pays doté peut signer le TNP et- pour "x" raisons- s'en dégager ensuite.
2) Sans remettre en question la capacité dissuasive de la possession de l'arme nucléaire (et Dieu sait que les Ukrainiens en savent quelque chose en ce moment !), un pays est-il forcément "sanctuarisé" pour autant ?
La réponse est non. Un pays nucléarisé n'est pas à l'abri d' attaques terroristes "primaires" par exemple (11 septembre 2001 aux Etats-Unis, novembre 2015 à Paris etc etc) toutes extrêmement difficiles à prévoir même si la plupart sont neutralisées.
Mais il pourrait y avoir pire et faisant encore plus de mal : il faut parler là d'attaques " secondaires" non revendiquées mais "sponsorisées" par des états ennemis. Des attaques pouvant faire très mal.
- cyberattaque de plus en plus en fréquentes contre entreprises, hôpitaux etc ça, c'est déjà une réalité concrète sur le terrain : une des formes nouvelles de guerre = la guerre hybride.
Mais dans des moments plus "chauds" et "tendus", il serait bon de prévoir encore pire :
- actions de saboteurs étrangers infiltrés opérant sur le territoire national en hybridation avec certains milieux mafieux ou d'ultra-droite (voire d'ultra gauche)
- attaques de drones visant des installations sensibles (militaires - port de Toulon- ou civiles - Fos sur Mer) depuis l'autre côté de la Méditerranée : depuis la Libye, par exemple. Les drones iraniens Shahed 136 peuvent atteindre des cibles à 2500 km, la rade de Toulon est à moins de 1300 kms des côtes libyennes. Et là , la France se trouve clairement très démunie face à ce risque : son bouclier de défense anti-aérienne est très insuffisant. Se croyant sanctuarisée par sa dissuasion nucléaire, elle a été mise à l'écart de l'initiative allemande de défense anti-aérienne mis en place en 2022 (au moment de l'attaque russe en Ukraine) et qui réunit aujourd'hui 17 états de l'UE... non nucléarisées, eux, mais très réalistes. (Projet European Sky Shield Initiative = ESSI) Projet qui empoisonne d'ailleurs la relation franco-allemande en matière de défense, même si c'est un autre sujet.
Les Allemands ont bien pris en compte que Berlin ne se trouvait qu'Ã 500 km de l'enclave russe de Kaliningrad !
Conclusion : même si la possession de l'arme nucléaire demeure hautement dissuasive elle ne sanctuarise pas pour autant l'intégrité et la sécurité d'un territoire national en fonction des nouvelles formes de guerre.
Et la France serait bien trop naïve de se croire à l'abri d'attaques réelles et concrètes sur son propre sol au prétexte qu'elle est dotée de l'arme "absolue".