Révélations sur les affaires chinoises de Dominique de Villepin

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Révélations sur les affaires chinoises de Dominique de Villepin

Message par Once »

"L’ancien Premier ministre français, qui pourrait se lancer dans la course à la présidentielle, a multiplié les activités en Chine depuis son départ de Matignon en 2007."

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"Il est souvent entre deux avions, de l’aveu même de ses proches. Mais ce soir du 28 mai 2024, Dominique de Villepin est à Nice, sous les dorures du salon Masséna de l’hôtel Negresco. L’ancien Premier ministre lève sa coupe de champagne et félicite les artistes qui se produisent sur scène. Les plus spectaculaires sont les danseuses traditionnelles de l'ethnie Dong dans leurs tenues chatoyantes, venues de la province montagneuse du Guizhou, dans le sud de la Chine.

Le lendemain, la capitale de la Côte d'Azur accueille la journée internationale du tourisme de montagne. Dominique de Villepin en assure l’ouverture. L’événement est organisé et financé par l’Alliance internationale du tourisme de montagne (IMTA), une association chinoise qui promeut un tourisme plus responsable, mais qui est aussi un instrument de "soft power" pour Pékin. Nous avons découvert que l'ancien Premier ministre en était le président depuis 2017.

À 72 ans, il n’est pourtant pas un passionné de montagne, reconnaît Serge Koenig, ancien vice-consul à Chengdu et expert auprès de l’association. "Le gouvernement chinois s'est concerté avec quelques ambassades, raconte cet alpiniste reconnu. Ils étaient à la recherche d'un homme politique charismatique, non chinois. Villepin incarne à mon sens parfaitement l'esprit de cette association. Tout ce qui touche au dialogue entre les peuples et les civilisations, c'est son fil conducteur."

Pour présider l'IMTA, l’ancien locataire de Matignon perçoit une "indemnité" dont il refuse de dévoiler le montant. Dans un long entretien qu’il a accordé à la cellule investigation de Radio France le 21 novembre 2025, il précise qu’elle est "infime par rapport à ce qu'[il] gagnerai[t] en faisant autre chose".

Un général lui ouvre les portes de la Chine

À l’instar de Jean-Pierre Raffarin, lui aussi ancien Premier ministre, Dominique de Villepin bénéficie d’une grande cote de popularité en Chine. "Il incarne l’héritage chiraquien, celui d’une France qui sait dire 'non', une France ouverte qui n’appartient à aucun clan, analyse Maurice Gourdault-Montagne, ancien conseiller diplomatique de Jacques Chirac et ambassadeur de France à Pékin de 2014 à 2017. C'est pour cette raison qu’il est accepté et respecté par les Chinois, qui lui proposent toutes sortes d'enceintes ou de scènes pour s'exprimer."

Dès son départ de Matignon en 2007, Dominique de Villepin met un pied en Chine. Il est introduit sur place par un général à la retraite. Christian Quesnot, ancien chef d’état-major particulier de François Mitterrand, est déjà bien implanté, notamment auprès de l’Asia Pacific CEO Association (APCEO), une influente organisation qui regroupe des chefs d’entreprises. "L’APCEO m’a demandé si je connaissais des politiques qui pouvaient faire des conférences, raconte le militaire. Je connaissais le père de Dominique de Villepin, je lui ai demandé si ça pouvait intéresser son fils." L’ancien Premier ministre, qui vient de prêter serment comme avocat, recherche alors de nouvelles activités.

94 000 euros réglés par les autorités chinoises

Il accepte un premier déplacement en décembre 2008, dans le Henan et dans le Sichuan. Au menu de ces deux conférences : un discours sur la crise financière qui secoue alors la planète. Selon nos informations, la somme de 900 000 yuans chinois lui est proposée pour ces interventions, soit l’équivalent, à l’époque, de 94 000 euros. Ce sont les autorités qui règlent la facture. "Les sommets […] sont pris en charge par les municipalités de Chengdu et de Zhengzhou", peut-on lire dans un document de l’APCEO auquel nous avons eu accès. "L'événement est sponsorisé par le gouvernement qui a des restrictions budgétaires pour l'organisation de conférences", est-il précisé.

Malgré ces contraintes de budget, les Chinois déroulent le tapis rouge à Villepin. "Il voyageait en première alors que moi, j’étais en business", sourit Christian Quesnot. L’ancien Premier ministre profite du séjour pour faire du tourisme. Il visite notamment la nurserie du centre de recherche sur les pandas géants, à Chengdu. Vêtu d’une blouse jetable, il pose pour les photographes, un animal de 43 kilos sur les genoux.

Au pays de la diplomatie des pandas, la séquence plaît. "Il voulait exister et se rendre précieux, sinon indispensable, auprès du gouvernement central, observe le général Quesnot, fin connaisseur des us et coutumes chinois. Si vous n’êtes pas bien avec le pouvoir central, vous ne faites pas d’affaires en Chine." Dominique de Villepin se voit proposer la présidence de l’APCEO. Ce qu’il accepte. "J’avais pressenti que cette région [la Chine] serait là où se jouerait l’avenir du monde, explique-t-il lors de l’entretien qu’il nous a accordé. Son importance justifiait qu'on ne se contente pas de quelques lectures dans les journaux mais qu’on essaye de rentrer dans le logiciel. L'intérêt d'une association comme APCEO est de rentrer dans la compréhension de l'intérieur de la Chine.

Foires et conférences

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Passionné par les cultures asiatiques, l'ex-Premier ministre sillonne dès 2010 les différentes provinces chinoises. Il se rend dans le nord-est du pays pour inaugurer la gravure d’un de ses poèmes traduit en chinois dans un jardin public. Il est aussi dans le Sanxi, à partager de l’alcool de riz avec le responsable régional du Parti communiste. Il est photographié, observant les singes, dans la réserve naturelle du parc national de Manghe.

Il donne surtout de nombreuses conférences, prononce des allocutions dans tout le pays. Nous en avons listé une cinquantaine. On le retrouve à la foire-expo d’Asie du nord-est à Changchun, au salon des logiciels à Nankin, à la foire commerciale et d'investissement de Chine centrale à Wuhan, au Forum de la paix, au Sommet mondial de l’internet, ou encore au salon nautique de Nansha Bay, dont il devient membre honoraire... "90% de ces événements sont bénévoles !", nous assure Dominique de Villepin. Au moins cinq agences proposent pourtant ses services comme "speaker" à l’international. Selon nos informations, l’une d’entre elles facture une intervention en Asie de l’ancien Premier ministre 85 000 euros, frais d’agence inclus.

Le flop de l’agence de notation

Des entreprises font aussi appel à ses services. En octobre 2013, il est approché pour diriger le conseil consultatif d’une nouvelle agence de notation, l’Universal credit rating group (UCRG), censée briser le monopole des trois mastodontes américains - Moody's, Fitch, Standard & Poor's - et émettre des notes souveraines plus favorables aux pays émergents. Sur le papier, le projet se veut international puisque l’UCRG est lancé par trois agences existantes : la chinoise Dagong, la russe Rusrating et l’américaine Egal-Jones. Il s’agit pourtant d’un projet "d’inspiration chinoise" estiment d’anciens experts de l’UCRG que nous avons interrogés.

Le lancement de cette nouvelle agence a lieu en grandes pompes un mois plus tard, au Ritz-Carlton de Hong-Kong. "Nous étions dans un hôtel cinq étoiles, se souvient l’économiste Norbert Gaillard, invité à l’événement. C'était fastueux, on voyait qu’il y avait de l'argent." Sur le guide de présentation, Dominique de Villepin est présenté comme "le plus noble dirigeant, poète et homme politique occidental". À la tribune ce jour-là, l’ancien Premier ministre soutient que le moment est venu de réformer le système international de notation de crédit. Et que la Chine est prête à relever le défi. "C'était un discours gaullien, très critique à l'égard des États-Unis, analyse Norbert Gaillard. C'était ce que voulaient les Chinois."

Mais les clients ne suivent pas. L’UCRG est soupçonné d’être sous la coupe de Pékin et de manquer d’impartialité. Malgré ses moyens et ses ambitions, elle cesse ses activités en 2018 sans jamais avoir émis la moindre note souveraine. "Le concept n'était pas clair, comme la question de la gouvernance, juge aujourd’hui Thomas Missong, fondateur de l’Association européenne des agences de notation de crédit. Personne ne voulait rentrer dans une potentielle domination chinoise. Il aurait fallu clarifier les choses."

8 à 10% de son chiffre d’affaires

Deux ans plus tard, alors qu’il s’apprête à abandonner sa robe d’avocat pour monter son cabinet de conseil, Dominique de Villepin est sollicité par le plus grand fonds d’investissement chinois, Minsheng. Cette structure privée a été initiée par la puissante Fédération chinoise de l’industrie et du commerce, elle-même rattachée au Parti communiste. D’autres anciens leaders européens ont conseillé Minsheng à l’époque, comme l’ex-président de la Commission européenne, l’Italien Romano Prodi. "J’étais présent à une réunion mais je ne suis pas allé plus loin", tient à préciser ce dernier.

Questionné sur ses fonctions au sein de ce fonds, Dominique de Villepin minimise son rôle. "Je ne travaillais pas pour Minsheng, je faisais partie de leur conseil consultatif. Il réunit des personnalités pour réfléchir à ce que pourraient être les développements du monde. Ce n’est pas un comité exécutif ni un conseil d'administration", répond-il.

À en croire l'ancien Premier ministre, cette fonction n'était pas très lucrative. "On recevait une allocation dont je ne dis pas qu’elle est 'symbolique', parce que je ne méprise pas ce genre de choses, mais qui ne constitue pas un montant substantiel", assure-t-il. Quelques années plus tard, en 2021, il intègre le conseil consultatif d’un autre fonds chinois, Cedarlake, spécialisé dans la levée de capitaux. Plus globalement, Dominique de Villepin affirme que ses activités en Chine ne représentent que 8 à 10 % de son chiffre d'affaires. "Si vous voulez faire fortune, ce n'est pas en Chine que vous allez, fait-il remarquer. J'aurais pu faire la même chose aux États-Unis pour un montant trois à quatre fois supérieur."

Une stratégie d’influence chinoise

Pourquoi un pays comme la Chine vient-il chercher un ancien dirigeant français sur des sujets aussi variés que le tourisme de montagne ou la notation financière ? "Solliciter des personnalités du monde politique, culturel, artistique ou universitaire fait partie intégrante des stratégies d’influence chinoises, répond Paul Charon, directeur du département influence et renseignement de l’Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (Irsem). "La Chine recherche une forme de légitimation de sa posture sur la scène internationale : elle entend démontrer qu’elle est reconnue dans son rôle de grande puissance, voire de future première puissance mondiale. Que ce discours soit porté par un ancien Premier ministre ou un ancien président étranger lui confère un tout autre poids", poursuit le chercheur, co-auteur d’un rapport sur les opérations d’influence chinoises(Nouvelle fenêtre). Selon lui, Pékin peut se montrer généreux avec ceux qui reprennent son narratif. "Les personnes qui relaient ce discours peuvent être récompensées par des postes dans des conseils consultatifs d’entreprises chinoises, par des conférences lucratives ou par des invitations à des événements prestigieux", observe-t-il.

Félicitations à Xi Jinping

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On constate d'ailleurs que Dominique de Villepin n’est jamais avare de compliments à l’égard du pouvoir chinois. Régulièrement, il adresse des messages de félicitations au président Xi Jinping. Comme en 2017, à la suite de sa réélection à la tête du PCC. "Le 19e congrès du Parti communiste chinois a été un moment important pour la Chine et pour le monde, déclare-t-il alors à la chaîne de télévision chinoise CGTN. Nous avons besoin d'une Chine forte […]. La Chine est de retour, et elle est de retour pour de bon".

Pourtant, c’est lors de ce congrès que Xi Jinping a confirmé son virage autoritaire. Le chef d’État chinois fait inscrire sa pensée dans la constitution du parti, comme l’avait fait avant lui un certain Mao Zedong. Interrogé sur les propos qu’il a tenus à l’époque, Dominique de Villepin explique qu’il "connai[t] bien le président Xi Jinping" et que cela fait partie des usages de féliciter les dirigeants étrangers après leur élection."

https://www.franceinfo.fr/enquetes-fran ... 56172.html

Edit : autre enquête : "Chine, Arabie saoudite ou Russie… Les secrets bien gardés de Dominique de Villepin sur ses activités à l'étranger "

https://www.franceinfo.fr/enquetes-fran ... 56232.html
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Kabé
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Re: Révélations sur les affaires chinoises de Dominique de Villepin

Message par Kabé »

Et merde... Si j'avais su que je pouvais demander 94 000 € par conférence aux Chinois... Je les ai donné gratuitement. :icon_hmm:
(tous frais payés, quand-même, et c'étaient des beaux voyages)
Mais bon, je n'ai sans doute pas une même valeur de marché que De Villepin.

Sinon, est-ce qu'il a quelque chose de mal qu'il soit payé pour ses conférence et qu'il fasse du business avec les Chinois ? Je ne vois pas vraiment le problème, s'il devait y en être...
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Re: Révélations sur les affaires chinoises de Dominique de Villepin

Message par Once »

Kabé a écrit : 04 décembre 2025 12:55 Et merde... Si j'avais su que je pouvais demander 94 000 € par conférence aux Chinois... Je les ai donné gratuitement. :icon_hmm:
(tous frais payés, quand-même, et c'étaient des beaux voyages)
Mais bon, je n'ai sans doute pas une même valeur de marché que De Villepin.

Sinon, est-ce qu'il a quelque chose de mal qu'il soit payé pour ses conférence et qu'il fasse du business avec les Chinois ? Je ne vois pas vraiment le problème, s'il devait y en être...
Conflits d'intérêts possibles.

Et puis qui sert-il le plus au juste : lui ou son pays ? La Chine ou son pays ? La question est complexe, certes, mais ne jamais oublier ceci dans ce genre d'échanges : qui se sert le plus de l'autre ? La réponse me paraît évidente tant la puissance de la France est ridicule par rapport à celle de la Chine.

Ce serait une Europe UNIE ET INDIVISIBLE qui jouerait à ce petit jeu face à la Chine : là les choses seraient tout à fait différentes en matière d'équilibre des forces (ne serait ce que sur le seul plan commercial)

Edit : c'est purement anecdotique, mais j'observe sur la photo 2 un échange de regards qui peut laisser à penser qu'il est peut être bon de joindre l'utile à l'agréable dans le cadre de ce genre "d'échanges culturels".
papibilou
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Re: Révélations sur les affaires chinoises de Dominique de Villepin

Message par papibilou »

Once a écrit : 04 décembre 2025 07:28
Dès son départ de Matignon en 2007, Dominique de Villepin met un pied en Chine.
Vous vouliez faire une contrepèterie ? :ange:
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Agnostirex
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Re: Révélations sur les affaires chinoises de Dominique de Villepin

Message par Agnostirex »

Je ne pense pas qu'il soit un habitué de la plateforme chinoise Shein pour les produits à bas coût...
"Qui cherche la vérité doit-être prêt à l'inattendu" Héraclite d'Ephèse.
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