Etonnant cafouillage de l’inspection d’académie dans l’Allier. A Commentry, l’annonce début novembre de la suppression de 190 des 240 emplois de la « Forge » a suscité la colère et la mobilisation de toute la population. Car pour les 6000 habitant·es de cette ancienne cité minière, fermer l’aciérie, fondée en 1862, c’est s’attaquer à un capital commun non seulement économique mais aussi humain inestimable.
Depuis des semaines, la ville prépare une soirée de soutien aux salarié·es, pour laquelle les élèves de CM1-CM2 répètent « Les Mains d’or » de Bernard Lavilliers. Une chanson hommage aux sidérurgistes, qui, peut-on lire dans l’édition du 6 février de L’Humanité, non seulement « fait écho à la situation des salariés de Commentry » mais dont le choix « est par ailleurs « validé » par l’éducation nationale car incluse dans une liste de textes susceptibles d’être étudiés et appris en classe tous les élèves de France ».
Mais, explique l’article, ce projet n’a pas eu l’heur de plaire à l’inspectrice de l’éducation nationale (IEN) de Montluçon, qui s’est « prononcée par téléphone contre le fait que les élèves de primaire chantent la chanson de Lavilliers », estimant que « le fait qu’une telle chanson apprise dans le cadre scolaire soit chantée à l’extérieur de l’établissement constituerait une ‘‘une atteinte à la laïcité’’». Maladresse de langage ? interprétation « personnelle » de la notion de laïcité ? Les syndicats enseignants du département (FSU, CGT éduc’action, CFDT, SE-UNSA, SUD) ont fait savoir à la DASEN leur étonnement dans une lettre de protestation.
Estimant « le projet en l’état, susceptible de porter atteinte au principe de neutralité du service public d’éducation », (glissant au passage du respect de la laïcité à celui de la neutralité), l’inspectrice d’académie a réitéré par écrit ses réserves. Si « la chanson « Les Mains d’Or » entre en résonance avec le contexte économique et social dans lequel vivent les élèves de Commentry » et peut, écrit-elle, «offrir un cadre pédagogique de compréhension de ce contexte ou encore un cadre d’expression artistique » néanmoins « cet apprentissage réalisé dans la classe n’implique pas l’adhésion aux projets extra-scolaires qui pourraient être proposés ». Dont acte ?
Finalement les enfants vont apprendre une chanson extraite de la production Disney La Belle et la Bête, validée elle aussi par l’éducation nationale, et en lien avec le conte, thème de l’année … Pas sûr qu’ils y gagnent au change, pédagogiquement et artistiquement.
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