Emmanuel Macron a révélé, ce mercredi sur le chantier naval d’Indret (Loire-Atlantique), le nom du «porte-avions de nouvelle génération», dont la mise en service est prévue pour 2038. Un enjeu national et international.
«France Libre». C’était le secret le mieux gardé de l’Elysée. Ce mercredi 18 mars, Emmanuel Macron, en déplacement avec la ministre des Armées, Catherine Vautrin, sur le site de Naval Group, situé à Indret (Loire-Atlantique), près de Nantes, a annoncé le nom choisi pour le «porte-avions de nouvelle génération», jusque-là connu sous son acronyme PA-NG (à ne pas prononcer «Pang» sous peine de passer pour un mousse mal dégrossi).
C’est donc le nom «France Libre» qui devrait prendre la suite du Charles-de-Gaulle, l’unique exemplaire actuel, commandé en 1986, mis en service en mai 2001. «C’est le rappel d’un nom qui conjugue passé présent et futur dans la dimension des valeurs qu’il porte. Il s’inscrit dans une filiation du porte-avions actuel : la France Libre est la fille de De Gaulle et cette continuité s’opère», réagit l’historien Guillaume Lasconjarias. Baptiser ainsi un tel bâtiment permet de ne pas créer de rupture, et devrait recevoir une large acceptation aussi bien politique que sociale. Il rappelle que la première France Libre fut aussi navale, avec les marins de Sein et les Forces navales françaises libres.»
La tradition de baptiser les bateaux remonte, au moins, à la marine grecque durant l’Antiquité, et n’a jamais été abandonnée. Tous les bâtiments militaires français ont un «nom de coque», sous forme de sigle – celui du porte-avions actuel est le R91, celui de son successeur, R92, sera tout aussi vite oublié. Car ce qui compte, c’est celui qui apparaît sur la coque, les écussons ou le ruban des bonnets des marins, et sur toute la «communication stratégique» de la marine française et de l’état-major des armées.
Car le porte-avions, alors que les enjeux navals reprennent une place majeure dans la compétition mondiale, est un des plus importants instruments de puissance de la République française. Avec sa propulsion nucléaire, qui lui assure autonomie et vitesse, ses 2 000 marins, ses pistes d’envol et d’atterrissage pour ses 20 Rafale qui peuvent emporter des armes nucléaires, ses hélicoptères et ses avions de guet, le porte-avions permet à la France d’intervenir sur n’importe quelle mer du globe. Le France Libre, son successeur, sera beaucoup plus massif (75000 tonnes contre 42000), plus grand (300 mètres contre 261), aura une troisième catapulte pour lancer les avions dans le ciel, et pourra en emporter plus (une quarantaine d’aéronefs contre une trentaine maxi aujourd’hui, dont des drones).
Visibilité internationale
La présence même d’un porte-avions sur un théâtre est un signal stratégique – lorsque les Etats-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, le 28 février, Emmanuel Macron a donné au Charles-de-Gaulle l’ordre de quitter la Baltique et de rejoindre la Méditerranée orientale pour démontrer que la France, une des rares nations européennes à en posséder un, comptait peser dans la situation.
Sa forte visibilité internationale, le savoir-faire technologique et militaire qu’il affiche (il est le seul bâtiment européen de surface à avoir une propulsion nucléaire), sa dimension politique, donnent au plus gros objet que possède l’armée française une forte dimension symbolique. Le nom se doit donc d’être à la hauteur. «Il fallait que son nom parle à l’international, car il représente la projection de la force française, souligne Guillaume Lasconjarias. L’erreur aurait été de choisir un nom au regard des sensibilités actuelles et de ne pas prendre en compte notre histoire militaire, politique, sociale et navale.»
Sur les messageries et les réseaux, les paris faisaient rage depuis plusieurs jours. C’est qu’il en va, comme pour le Stade de France lors de sa construction, d’un objet emblématique de la volonté française de puissance et de rayonnement. Dans les noms qui n’ont pas tenu la rampe, le Richelieu, créateur de la marine de guerre française, dont l’on fête les 400 ans cette année, était particulièrement cité, d’après le nom du cardinal (1585-1642) qui a fait entrer la France dans une logique de puissance maritime - c’était d’ailleurs le premier nom choisi pour le porte-avions actuel avant qu’il ne porte celui du général de Gaulle, héros de la France moderne. Mais il n’est pas très facile à prononcer pour des étrangers, et en 2038, lorsque le PA-NG sera mis à l’eau, l’anniversaire sera passé depuis longtemps.
Parité femmes-hommes
Celui de Colbert, d’après le ministre de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert, considéré comme l’un des artisans majeurs de la puissance économique et maritime française, a sans doute été écarté à cause de son rôle dans la création du Code noir, le texte qui organise l’esclavage dans les colonies françaises. Au moment où la parité femmes-hommes est une préoccupation majeure des autorités, notamment en termes de recrutement, le Jeanne-d’Arc avait ses adeptes. Il s’inscrivait dans la tradition de la formation des cadres navals (la «mission Jeanne-d’Arc» est la première grande traversée de tous les élèves de l’école navale). Jeanne est associée à la jeunesse, à la défense du territoire, au courage militaire, à la résilience. Mais le fait qu’elle ait été canonisée en 1920 par l’Eglise catholique était un frein certain.
La «France Libre» évite tous ces écueils, et fera sûrement l’unanimité.
Mis à jour à 17 heures avec le nom choisi et des réactions
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