Des pogroms purs et simples » : l’indignation de quatre anciens hauts gradés israéliens concernant les exactions des colons en Cisjordanie
Dans une lettre ouverte, des responsables sécuritaires à la retraite s’inquiètent de l’intensification des violences contre les Palestiniens et de l’inaction des autorités face à ce qu’ils qualifient de « phénomène quotidien, permanent et terrifiant ».
Par Luc Bronner (Jérusalem, correspondant)
Le 17 mars 2026
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Un système organisé
« Il ne s’agit pas ici de quelques émeutiers ou de “mauvaises herbes”. Ces actes de violence s’appuient sur un système organisé comportant plusieurs niveaux hiérarchiques institutionnels. Ce système a des objectifs clairs : vider de larges zones de toute présence palestinienne par le biais de menaces, d’atteintes graves à la vie et aux biens, ainsi que d’émeutes et de pogroms purs et simples », ajoutent les anciens militaires, reprenant les constats déjà formulés par des ONG et des organisations internationales.
Un rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, publié mardi, a ainsi dénoncé le nettoyage ethnique en cours en Cisjordanie avec le déplacement forcé de plus de 36 000 Palestiniens ces derniers mois.
Les quatre anciens officiers généraux insistent sur les résultats probants obtenus contre le « terrorisme palestinien, particulièrement le Hamas ». « A l’inverse, cela met en évidence l’échec total de ces mêmes agences face à la terreur juive et à la violence », dénoncent-ils. « Certains tentent de tirer parti de la situation régionale et du fait que les dirigeants, l’opinion publique et les médias se concentrent sur ce qui se passe en Iran, au Liban et en Israël, et accordent moins d’attention à ce qui se passe sur le terrain en Cisjordanie », souligne Itamar Yaar, ancien membre du conseil national de sécurité, directeur de Commandants pour la sécurité d’Israël.
« Une guerre dont nous n’avons pas besoin »
Le recours au terme de « terreur » leur est apparu comme une évidence pour qualifier l’action des colons. « Ils tentent de terroriser les Palestiniens sur le terrain et de les convaincre de partir en recourant à la force. C’est exactement cela, la terreur », insiste Itamar Yaar.
« Certains Israéliens pensent que les actes de terreur commis en Cisjordanie pourraient être bénéfiques pour Israël. Nous estimons qu’ils ont tort et qu’il faut y mettre un terme, car cela risque d’entraîner toute la région dans une guerre dont nous n’avons pas besoin », ajoute Matan Vilnai, qui fut officier général, député, ministre et ambassadeur.
La situation est extrêmement tendue en Cisjordanie. Dimanche, les forces de sécurité israéliennes ont tué quatre membres d’une même famille, deux adultes et deux enfants, âgés de 5 et 7 ans, au cours d’une opération spéciale dans la ville de Tamoun, près de Naplouse. Depuis le début de la guerre avec l’Iran, le 28 février, cinq Palestiniens ont été tués par des colons juifs.
« La violence et la terreur exercées par les colons radicalisent les Palestiniens, les poussant à prendre les armes et à rejoindre le Hamas et d’autres organisations terroristes », relèvent les signataires, qui s’alarment du rôle joué par des hommes politiques désireux « d’entraîner l’armée israélienne dans une guerre totale en Cisjordanie et d’aboutir à une situation similaire à celle de Gaza ».
Luc Bronner (Jérusalem, correspondant)