Les violences policières, le droit, la justice.

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Yaroslav
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par Yaroslav »

jeandu53 a écrit : 18 mars 2026 11:02Oui, il représentait un danger pour les autres, de part son comportement dangereux au volant de son bolide.

Or la légitime défense est admise quand on tue quelqu'un qui menaçait de tuer quelqu'un d'autre.
Tu te doutes bien que ce raisonnement est extrêmement tiré par les cheveux.
Le fuyard ne menaçait personne, même s'il risquait de provoquer un accident de la route. Et le policier lui-même en sortant son arme pour tirer vers le véhicule risquait de blesser un innocent si on va par là. Bref, ça ne tient pas trop debout.
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par Mesoke »

jeandu53 a écrit : 18 mars 2026 11:35 Non, vous faites erreur. Il peut y avoir légitime défense si une autre personne est menacée :

Article 122-5 :
"N'est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui, sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte."
Quelle menace ? Il y avait des bouchon, au pire il aurait tapé une voiture à vitesse réduite.

Or dans le texte que tu cites toi-même il est bien écrit noir sur blanc "sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte". Mort par balle par rapport à tôle froissée --> disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par LOFOTEN »

Pas la peine de se poser des questions c'est clair ...pour les Mélenchonistes (y compris ceux du forum) la police tue .
Le devin Mélenchon a parlé !
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par Kelenner »

Yaroslav a écrit : 18 mars 2026 11:48
jeandu53 a écrit : 18 mars 2026 11:02Oui, il représentait un danger pour les autres, de part son comportement dangereux au volant de son bolide.

Or la légitime défense est admise quand on tue quelqu'un qui menaçait de tuer quelqu'un d'autre.
Tu te doutes bien que ce raisonnement est extrêmement tiré par les cheveux.
Le fuyard ne menaçait personne, même s'il risquait de provoquer un accident de la route. Et le policier lui-même en sortant son arme pour tirer vers le véhicule risquait de blesser un innocent si on va par là. Bref, ça ne tient pas trop debout.
C’est pour cette raison à mon avis que la justice n’a pas osé invoquer la légitime défense dans cette affaire : ça aurait été trop gros, on voit clairement sur les vidéos qu’il n’y avait aucun danger immédiat justifiant un tir mortel, c’était un simple délit de fuite -d’un jeune branleur potentiellement dangereux, sans conteste.

Mais, comme dans le même temps ils rechignent à inculper le flic d’une charge aussi lourde qu’un homicide volontaire, ils ont trouvé un compromis avec cette histoire de « violences volontaires « , même si ça ne correspond absolument pas aux faits. C’est plus que bancal, même si l’intention me semble compréhensible.
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par Fonck1 »

Mesoke a écrit : 18 mars 2026 11:58
jeandu53 a écrit : 18 mars 2026 11:35 Non, vous faites erreur. Il peut y avoir légitime défense si une autre personne est menacée :

Article 122-5 :
"N'est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui, sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte."
Quelle menace ? Il y avait des bouchon, au pire il aurait tapé une voiture à vitesse réduite.

Or dans le texte que tu cites toi-même il est bien écrit noir sur blanc "sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte". Mort par balle par rapport à tôle froissée --> disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte
il a roulé à forte vitesse avec sa Mercedes de 400 ch pour laquelle il n'avait pas le permis (et pour les même raisons devait passer au tribunal d'ailleurs), et a failli entrer en collision avec une cycliste, plusieurs piétons, et mis en danger la vie des fonctionnaires.

vraiment, il n'y aura plus de risque désormais - et c'est pas plus mal.
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par Mesoke »

LOFOTEN a écrit : 18 mars 2026 12:19 Pas la peine de se poser des questions c'est clair ...pour les Mélenchonistes (y compris ceux du forum) la police tue .
Le devin Mélenchon a parlé !
Comment tu interprètes le fait qu'un policier ait tué une personne autrement que par "la police tue" ?

Quel niveau de mauvaise foi tu peux atteindre pour réfuter cette affirmation quand la base même de cette affaire est la mort de quelqu'un tué par la police ?
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par jeandu53 »

Mesoke a écrit : 18 mars 2026 11:58
jeandu53 a écrit : 18 mars 2026 11:35 Non, vous faites erreur. Il peut y avoir légitime défense si une autre personne est menacée :

Article 122-5 :
"N'est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui, sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte."
Quelle menace ? Il y avait des bouchon, au pire il aurait tapé une voiture à vitesse réduite.

Or dans le texte que tu cites toi-même il est bien écrit noir sur blanc "sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte". Mort par balle par rapport à tôle froissée --> disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte
Des courses-poursuites qui se soldent pas des accidents impliquant des tiers, il y en a déjà eu plein. Lire ceci, par exemple :

https://www.cnews.fr/france/2025-11-02/ ... s-un-refus

On sait que le petit ange roulait vite, qu'il avait grillé des feux... Il représentait donc un danger pour les passants.

Alors certes, on ne le saura jamais avec certitude... Mais on peut penser que le flic a sauvé des vies.
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par papibilou »

Mesoke a écrit : 18 mars 2026 11:22 Tu fais l'amalgame entre des cas isolés de violences policières avérées et une pseudo violence policière généralisée. C'est pas bien d'essayer de tricher pour influer sur une discussion en changeant son sens. Les violences policières existent, essayer de les nier en parlant d'un cas extrême comme l'Iran c'est tricher pour effacer une réalité sur laquelle il faut travailler pour améliorer la situation.
Non ce qui n'est pas bien est l'expression généralisatrice de "violences policières" comme si ça faisait partie de la nature de la police. Si vous avez 2 ou 3 boulangers qui dérapent vous allez parler de violences boulangères ?
Quelle personne sensée pourrait nier que certains membres de la police ou de la gendarmerie dérapent parfois ?
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par Fonck1 »

jeandu53 a écrit : 18 mars 2026 12:49
Mesoke a écrit : 18 mars 2026 11:58

Quelle menace ? Il y avait des bouchon, au pire il aurait tapé une voiture à vitesse réduite.

Or dans le texte que tu cites toi-même il est bien écrit noir sur blanc "sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte". Mort par balle par rapport à tôle froissée --> disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte
Des courses-poursuites qui se soldent pas des accidents impliquant des tiers, il y en a déjà eu plein. Lire ceci, par exemple :

https://www.cnews.fr/france/2025-11-02/ ... s-un-refus

On sait que le petit ange roulait vite, qu'il avait grillé des feux... Il représentait donc un danger pour les passants.

Alors certes, on ne le saura jamais avec certitude... Mais on peut penser que le flic a sauvé des vies.
faut changer de lectures, elles ne sont en rien mesurées ou véridiques.
Cnews c'est fake news à tous les étages.
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par UBUROI »

Un retour sur l'affaire Nahel, grâce à The Conversation, et
Mort de Nahel : cas emblématique d’une justice qui minore les violences policières ?
Publié: 24 mars 2026, 16:09 CET
Auteur
Olivier Cahn
Professeur de droit, Université Paris Nanterre



Le 5 mars 2026, la cour d’appel de Versailles a ordonné que le policier qui avait abattu le jeune Nahel Merzouk, le 27 juin 2023, lors d’un contrôle routier à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, soit jugé pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et non pour meurtre, comme préconisé par les magistrats instructeurs. Cette requalification pénale s’inscrit dans une logique judiciaire favorisant la défense des policiers, estime le professeur de droit Olivier Cahn. Quels mécanismes expliquent ce traitement, et comment y remédier ?

The Conversation : Comment analysez-vous la décision de la cour d’appel de Versailles ?

Olivier Cahn : Le point de vue de la police, affirmé et répété, est que, dans l’affaire Nahel, le policier s’est conformé aux dispositions de l’article L435-1 (du Code de la sécurité intérieure, ndlr) qui permet aux agents de la force publique, sous certaines conditions restrictives, de faire feu en cas de refus d’obtempérer. Ce qui implique, selon le point de vue policier, que la chambre de l’instruction aurait dû reconnaître à ce policier le bénéfice de l’autorisation de la loi et le mettre hors de cause.

La chambre de l’instruction a décidé de renvoyer ce policier devant une cour criminelle, et non une cour d’assises. Il devrait être poursuivi pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », et non pour « homicide volontaire », motif retenu par les juges d’instruction. L’homicide volontaire est puni de trente ans de réclusion, et les violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, seulement de quinze ans.

Or, j’observe que l’on a, de manière constante, une jurisprudence qui considère que l’intention homicide, donc ce qui caractérise le meurtre, peut être déduite des faits, et particulièrement du fait d’utiliser une arme à feu pour tirer sur une partie vitale du corps de l’individu. Le policier a toujours nié avoir voulu tirer au niveau du cœur de Nahel, mais il me semble qu’il appartenait à une cour d’assises d’en décider, plutôt qu’à la chambre de l’instruction. Cette interprétation peu habituelle de la législation relative au meurtre justifie peut-être la décision du parquet général de se pourvoir en cassation.

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Je donne maintenant
Cette décision est-elle surprenante au regard des décisions judiciaires relatives aux violences policières ?

O. C. : Cette décision est emblématique du traitement pénal des violences policières en France. Il serait faux de dire que l’État protège les policiers et qu’ils sont systématiquement couverts. En revanche, ils bénéficient d’une grande mansuétude dans la répression, qui se manifeste souvent par une sous-qualification des faits, comme il ressort de la décision de la chambre de l’instruction dans l’affaire Nahel.

En principe, en droit pénal, on poursuit toujours sur le fondement de ce qu’on appelle la plus haute expression pénale, c’est-à-dire la qualification la plus sévère, charge éventuellement au tribunal de retenir une qualification plus clémente à l’issue des débats. Or, ce que l’on constate dans les affaires de violences policières, c’est plutôt une pratique inverse, c’est-à-dire que les poursuites sont diligentées sur le fondement de la plus basse expression pénale et que les procédures sont extraordinairement respectueuses des droits de la défense et de la présomption d’innocence. Les acquittements et les relaxes ne sont pas exceptionnels. S’agissant du quantum des peines – lorsqu’ils sont déclarés coupables –, celles prononcées sont souvent extrêmement faibles et souvent assorties d’une non-inscription au casier judiciaire, ce qui permet aux fonctionnaires de continuer à exercer leurs fonctions.

Malheureusement, ni le ministère de la justice ni le ministère de l’intérieur ne publient de données sur ces condamnations. Mais il serait intéressant – et peut-être édifiant – que des travaux statistiques soient menés, particulièrement si des comparaisons étaient opérées avec le taux de condamnation et le quantum des peines prononcées pour des infractions équivalentes contre les personnes qui ne sont pas dépositaires de l’autorité publique.

Quels sont les types de violences policières constatées en France ?

O. C. : Il faut d’abord relever que la police française n’est pas une police dont les pratiques ou méthodes sont particulièrement violentes. En revanche, d’une part, c’est une police qui se concentre essentiellement sur l’intervention – au point qu’un ancien ministre de l’intérieur a pu déclarer que police de proximité et police d’intervention se confondent – et, d’autre part, dans certains contextes (maintien de l’ordre ; refus d’obtempérer) ou à l’égard de certaines populations (jeunes hommes issus des quartiers populaires, « indésirables » dans certains espaces publics), la police recourt régulièrement à des pratiques discriminatoires ou des usages de la force discutables, en ce qu’ils ne se conforment pas aux exigences de neutralité, de nécessité et de proportionnalité, imposées par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (Pour des condamnations récentes des pratiques policières françaises, voir CEDH, 8 février 2024 ; CEDH, 27 février 2025 ; CEDH, 26 juin 2025). Au demeurant, cette dernière a condamné ces dernières années la France pour une pratique discriminatoire du contrôle d’identité ou pour des violations de la Convention européenne dans des procédures pénales diligentées à la suite d’usages (létaux) de la force, notamment, dans l’affaire de la mort d’un manifestant en 2014 à Sivens, dans le Tarn.

Ainsi, par exemple, s’agissant du refus d’obtempérer, après la loi de 2017, on a constaté une augmentation substantielle des tirs qui a culminé en 2022, avec 13 morts, y compris parfois des passagers des véhicules ciblés. L’opinion, la presse et le Parlement ont alors pris conscience du problème. Une commission d’enquête parlementaire a été constituée et l’un des rapporteurs a proposé de modifier l’article L435-1 du Code de la sécurité intérieure, qui autorise, sous conditions, à tirer sur les véhicules en cas de refus d’obtempérer. Rappelons que ce type d’usage des armes est pratiquement interdit au Royaume-Uni ou en Allemagne. Par ailleurs, et surtout, le ministère a réagi et modifié les instructions relatives à l’usage des armes. Immédiatement, le nombre de tirs et de morts ont notablement diminué – ce qui, outre que la police est un corps discipliné, confirme qu’il existait bien une défaillance institutionnelle dans les consignes données aux agents.

De même, le nombre de procédures diligentées, comme la condamnation infligée à la France par la Cour européenne à la suite d’une « nasse » illégale mise en œuvre à Lyon (Rhône), suggèrent que l’usage de la force ou de la contrainte en maintien de l’ordre est problématique. Or, quand des agriculteurs commettent des exactions d’un niveau comparable à celui des autres manifestants, le ministre de l’intérieur demande aux policiers de ne pas réagir – et ils se conforment à cette injonction. Dans les manifestations organisées par d’autres professions ou pour d’autres revendications, les autorités demandent, au contraire, aux policiers d’aller au contact et d’interpeller les fauteurs de troubles.

Depuis les manifestations de 2016 (contre la loi « Travail », ndlr), des pratiques de maintien de l’ordre offensives ont été déployées – des brigades anti-ciminalité (BAC) ou des unités spécialement créées comme les brigade de répression de l'action violente motorisée (BRAV-M), soit des policiers qui sont spécialisés dans l’interpellation plutôt que dans le maintien de l’ordre, sont engagées et agissent avec peu de discernement, comme l’établit le nombre conséquent d’interpellations qui ne donnent pas lieu à des poursuites. Il est aussi fait un usage souvent juridiquement discutable des armes, qu’il s’agisse de grenades ou de lanceurs de balles de défense (LBD), au risque d’un recours excessif à la force, comme en témoigne le nombre important de blessures et de mutilations infligées aux manifestants.

Certes, ces pratiques ne sont pas nécessairement illégales, mais elles s’accompagnent trop souvent de comportements peu conformes aux exigences du code de déontologie, voire d’infractions, comme l’ont montré certaines images captées à Sainte-Soline ou un procès récemment tenu à Bobigny (Seine-Saint-Denis) contre des agents de la BRAV-M, qui ont tenu des propos inadmissibles à des personnes qu’ils venaient d’interpeller.

Le temps où l’État montrait sa force pour ne pas avoir à l’utiliser est révolu. Et que dire de la mise à la disposition des préfets des procureurs, lorsque ces magistrats sont « invités » à mettre les réquisitions de contrôle d’identité, que la loi leur réserve, au service des dispositifs de maintien de l’ordre, voire à faire preuve de parcimonie dans l’exercice de leur mission de garants de la liberté des personnes interpellées.

Rappelons que la doctrine française se fondait auparavant sur le maintien à distance des manifestants, pour éviter les affrontements avec les forces de l’ordre, et la tolérance à l’égard de certaines formes d’exactions contre les biens. Cette approche s’était cristallisée après la mort de Malik Oussekine, tué par des policiers à l’occasion d’une manifestation contre le projet de loi Devaquet. L’argument selon lequel le changement de doctrine des forces de l’ordre serait la conséquence d’une évolution des pratiques violentes des manifestants est un argument d’autorité, que ne confirment pas les travaux des sociologues (Voir Olivier Fillieule et Fabien Jobard, Politiques du désordre. La police des manifestations en France, Seuil, 2020, ndlr). Désormais, la perte de compétence est telle que la France n’est plus un modèle de maintien de l’ordre pour ses partenaires européens.

Enfin, le maintien de l’ordre dans les quartiers défavorisés ne va pas sans poser question. Outre que l’application du qualificatif de « violences urbaines » permet de ne jamais s’interroger sur la cause des émeutes, le ministère a décidé d’engager des forces spécialisées dans la lutte contre le grand banditisme – RAID, BRI – dans des opérations de maintien de l’ordre. Surtout, il avait défini une doctrine tellement brutale – le schéma national des violences urbaines – qu’il a préféré le rapporter à un simple guide opérationnel, sans effet normatif, lorsqu’il a eu à en répondre devant le Conseil d’État, en septembre 2025.

L’influence de l’institution policière sur les gouvernements permet-elle d'expliquer ce type de comportements ?

O. C. : Cela contribue certainement à les expliquer. Depuis les manifestations de 2016 contre la réforme du Code du travail, et plus encore lors du mouvement des gilets jaunes (2018-2019, ndlr), les policiers sont parvenus à convaincre les gouvernements que leur maintien en fonction dépendrait du soutien de la police. Surtout, depuis 2017, les ministres de l’intérieur qui se sont succédé étaient – selon moi – soit incompétents, soit soucieux d’apparaître comme le « premier flic de France » pour servir leur ambition. Finalement, c’est aujourd’hui Laurent Nuñez, un membre du sérail policier, qui assume la fonction. S’est ainsi renforcée la conviction parmi les représentants des syndicats de police que les ministres passent et qu’eux demeurent. Surtout, par pusillanimité ou cynisme, les ministres de l’intérieur n’assument plus parfaitement leur mission politique de préserver l’équilibre entre la satisfaction des revendications policières et la préservation de l’équilibre essentiel en démocratie entre pouvoirs donnés à la force publique et protection des droits fondamentaux des citoyens.

Ainsi, les policiers décident largement de la doctrine qu’ils appliquent et la satisfaction de leurs exigences tient lieu de politique publique. La prudence de Roger Frey, ancien ministre de l’intérieur du général de Gaulle, qui estimait que le rôle du ministre était de savoir refuser les demandes incessantes des policiers n’est plus d’actualité. Ainsi, les revendications se succèdent et les gouvernements font chaque fois plus de concessions – comme l’illustre aujourd’hui la demande de créer au profit des policiers une « présomption de légitime défense » – idée qui n’a longtemps été soutenue que par l’extrême droite, et qui semble à présent suffisamment raisonnable au ministre de l’intérieur pour qu’il la soutienne. Cette mesure est révélatrice : elle n’empêcherait pas les poursuites et condamnations, puisque la présomption pourrait être renversée. Mais elle empêcherait généralement le placement en garde à vue des policiers, au moins le temps que se calme l’intérêt médiatique – ce qui est, juridiquement, une justification douteuse.

Dans quelle mesure la situation des magistrats explique-t-elle ce traitement des violences policières ?

O. C. : Le problème se situe au niveau du parquet qui, dans l’exercice de ses missions, est dépendant de la police. Ainsi, les policiers peuvent « sanctionner » un procureur qu’ils estiment mal disposé à leur égard en le plaçant dans une situation où le magistrat ne parviendra plus à satisfaire aux exigences de rendement dans le traitement des affaires pénales imposées par le ministère de la justice.

Il en résulte une « inversion hiérarchique ». Dans un État de droit, la police est un organe subordonné, elle exécute les ordres. Mais en pratique, l’autorité exercée par les procureurs est conditionnée à une sorte de servitude volontaire des policiers.

S’y ajoute un problème humain : le parquet travaille quotidiennement avec les policiers. Des sympathies et de la confiance se créent. Cela ne facilite pas le traitement impartial de cas de suspicion de violences policières par les magistrats.

Quelles sont vos préconisations ?

O. C. : Il me semble qu’il faudrait renforcer considérablement les effectifs et les moyens de l’Inspection générale de la police nationale. L’IGPN c’est une centaine d’enquêteurs pour 150 000 policiers. Par conséquent, elle n’intervient que dans environ 10 % des enquêtes et, souvent, pour des faits considérés comme prioritaires (la corruption, par exemple), au détriment des affaires d’usage illicite de la force. Ces dernières sont ainsi traitées principalement par des cellules de déontologie départementales, et ce sont des collègues directs de l’agent qui vont enquêter, sous l’autorité du procureur qui travaille tous les jours avec les policiers mis en cause. Cela pose des problèmes d’indépendance et d’impartialité évidents. On peut aussi imaginer que la tutelle sur l’IGPN soit exercée par le ministère de la justice, et non plus par le ministère de l’intérieur.

Une autre réforme pourrait être la délocalisation systématique des affaires. Les procureurs qui travaillent avec les policiers ne doivent pas être chargés du contrôle et de la supervision des enquêtes.

Il faudrait aussi un travail d’éducation, et certainement l’autorité d’un ministre, pour changer la culture policière et faire admettre aux agents que si l’un d’entre eux commet une infraction, il devient un délinquant et doit être traité comme tel.

Enfin, il faudrait que certaines politiques de sécurité soient repensées de manière à restaurer le sens de l’activité des policiers. Cela permettrait de mettre un terme à cet accord (tacite ?) aux termes duquel les agents acceptent de faire le « sale boulot » qu’on leur impose en échange d’un soutien indéfectible de l’institution en cas de « bavure ».

Propos recueillis par David Bornstein.
Soyez mieux éclairés! https://theconversation.com/mort-de-nah ... 0violences
'Ubu XIV régna de 800 av.jt à l'an 2035, date présumée de la fin du monde, sur le peuple des Provocs en lutte contre les envahisseurs Bollogoths, peuplade barbare d'extrême droite convertie au cathodicisme intégral par Vincent de Ker Meinkampf.
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Re: Les violences policières, le droit, la justice.

Message par Mesoke »

papibilou a écrit : 18 mars 2026 19:17 Non ce qui n'est pas bien est l'expression généralisatrice de "violences policières" comme si ça faisait partie de la nature de la police. Si vous avez 2 ou 3 boulangers qui dérapent vous allez parler de violences boulangères ?
Quelle personne sensée pourrait nier que certains membres de la police ou de la gendarmerie dérapent parfois ?
Ici on parle de violences policières pour dénigrer la police en général ? Il ne me semble pas. Les violences policières ce sont les violences commises par la police, elles existent même si elles semblent hyper rares par rapport au nombre d'interventions de la police. On parle de violences policières, pas de violences policières généralisées ou institutionnalisées.

Nier ceci c'est nier les cas réels de violences policières, qui existent réellement dans le monde réel même si ce ne sont que des cas isolés.
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