Salauds de juges rouges !...
Pour avoir voulu emmener ses étudiants à Calais travailler sur les migrants, l’enseignante en classe préparatoire a subi un déferlement de haine en ligne en novembre 2022. Ce mardi 9 juin, plusieurs responsables d’extrême droite poursuivis en diffamation ont été relaxés.
Les manières de prendre la lumière sont multiples. Des anonymes se retrouvent parfois sous les projecteurs sans rien demander à personne. Des moments de basculement. Ça peut être joyeux. Sophie Djigo, elle, a connu le pire. La philosophe et enseignante en classe préparatoire dans le Nord a subi un cyberharcèlement XXL, en novembre 2022, après avoir proposé un «projet pédagogique autour de l’exil et des migrations» à Calais. Les élèves devaient être initiés à l’ethnographie dans le cadre d’un projet consacré aux frontières. La sortie a été annulée face à l’ouragan.
La fachosphère a fait fuiter ses coordonnées personnelles. Des commentaires racistes, sexistes et des menaces sont tombés comme des grêlons.
Un cauchemar :
arrêt de travail, protection policière, famille en panique. Un quotidien chamboulé. Elle a été mutée dans la foulée dans un autre lycée de la région.
Ses étudiants ont été victimes de la situation par ricochets. Ils étaient «complètement sonnés», se souvient l’enseignante. Ils lui ont témoigné de la sympathie et du soutien, mais que pouvaient-ils faire de plus face à la vague ? Comment l’enseignante pouvait-elle se relever ? Plus de trois années ont défilé. Posée dans une brasserie, à Roubaix, Sophie Djigo, 43 ans, sirote un café allongé. Son dernier livre publié, La solidarité n’est pas un crime (Ed Textuel), est près de sa main gauche. Elle est toujours philosophe et enseignante en classe préparatoire. Elle attend une décision de justice. Elle a gagné une première fois cette année – cinq personnes ont été condamnées à des peines de cinq à huit mois de prison avec sursis pour cyberharcèlement –, mais la suite est plus symbolique à ses yeux. Elle a poursuivi en diffamation neuf personnalités qui ont dénoncé publiquement son projet scolaire en l’accusant de livrer de la «propagande» pour le «grand remplacement».
Ils ont été jugés en mars.
Parmi eux, Eric Zemmour, des cadres du Rassemblement national des Hauts-de-France, dont le député Alexandre Dufosset, le sénateur Joshua Hochart, et des responsables du site Riposte laïque.
Ils ont été relaxés par le tribunal ce mardi 9 juin. Sophie Djigo élargit la focale pour dessiner une réponse qui dépasse sa «petite» personne. «Nous avons traversé des moments difficiles avec ma famille. Je ne peux pas oublier les fêtes de Noël sous protection policière», dit-elle. «
’Jespérais leur condamnation mais j’ai perdu, constate-t-elle encore, amère, ce mardi. L’extrême droite a donc le droit d’accuser des enseignants d’endoctriner leurs étudiants et de les exposer à la violence.»
La philosophe ne tombe pas du ciel.
Les mots «danger» et «extrême droite» ont toujours été associés comme des jumeaux dans son esprit. Le changement est ailleurs. «La menace est intellectuelle depuis des années mais elle est devenue plus concrète. Je frissonne à chaque fois que je vois des attaques et des crimes racistes.» Le même sentiment à chaque drame : elle aurait pu en être «la cible» alors qu’elle n’a rien «fait de mal».
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