
A l’issue d’une réunion à Matignon avec les représentants des boulangers et des fleuristes vendredi 17 avril, le Premier ministre a annoncé que les indépendants et artisans volontaires seront autorisés à travailler dès ce 1er mai.
Le dossier de la fête des travailleurs n’est finalement pas totalement enterré. «Une solution a été trouvée, les boulangers et fleuristes indépendants artisans pourront ouvrir ce 1er Mai», a déclaré le Premier ministre à l’issue d’un rendez-vous avec les représentants de ces secteurs dans la cour de l’hôtel de Matignon vendredi 17 avril. La loi ne pouvant pas être modifiée en deux semaines, il a précisé qu’«une instruction sera donnée à l’ensemble des services de l’Etat».
Concrètement, dès ce 1er mai, les boulangers et fleuristes devraient pouvoir faire tourner leurs boutiques à condition que leurs salariés soient volontaires pour travailler ce jour-là et payés double. «Aucune instruction ne sera donnée à l’inspection du travail qui est un corps de contrôle dont l’indépendance est garantie, souligne le ministère du Travail. Le gouvernement prendra néanmoins des mesures administratives exceptionnelles en 2026 […] Ainsi les artisans boulangers et fleuristes artisanaux pourront faire travailler leurs salariés volontaires sans craindre les conséquences d’une amende.» Pour l’année prochaine, le gouvernement promet un projet de loi qui sera présenté pour «cadrer» le travail lors de ce jour traditionnellement chômé.
Obsession de Gabriel Attal et gouvernement empêtré
Avec cette annonce, le locataire de Matignon clôture une semaine de polémiques enclenchée par Gabriel Attal, le chef de file des députés macronistes. Ce dernier avait repris à son compte une proposition de loi adoptée par des sénateurs centristes en juillet 2025 qui élargit les possibilités de mettre à l’ouvrage les salariés le 1er mai. Pour faire passer ce texte, les parlementaires du groupe Renaissance avaient stratégiquement voté une motion de rejet le vendredi 10 avril. Ce qui leur aurait permis une adoption par le biais d’une commission mixte paritaire (CMP, qui permet de trouver un compromis entre le Sénat et l’Assemblée) sans que les députés ne l’aient examiné.
De quoi provoquer la fureur de la gauche qui menaçait le gouvernement de censure. Lundi 13 avril, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a donc été contraint de calmer le jeu en annulant la convocation de cette CMP. Objectif : apaiser des syndicats vent debout contre ce projet qui prévoyait de modifier l’article L3133-6 du code du travail qui proscrit toute activité le 1er mai, sauf pour un nombre compté d’«établissements et services» essentiels. Un changement législatif qui aurait pu concerner 1,4 million de travailleurs selon les calculs du gouvernement et une liste de secteurs jugés trop large (les boulangeries, mais aussi la boucherie, fromagerie, poissonnerie et les cinémas…) par les syndicats. Un autre point inquiétait les représentants des travailleurs : le texte ne différenciait pas les grandes surfaces des commerces de proximité.
D’autres secteurs attendent des dérogations
En pleine explosion des prix du carburant, Sébastien Lecornu a finalement décidé de ne pas attiser la colère sociale, tout en trouvant une porte de sortie à la grogne des boulangers. «C’est un grand jour pour les boulangers, de savoir qu’ils vont pouvoir ouvrir avec leurs salariés en toute sécurité», s’est réjoui le président de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française Dominique Anract, à l’issue du déjeuner avec le Premier ministre. «Evidemment on attend quelque chose pour le reste des branches», a-t-il enchaîné. Ces dernières n’ont d’ailleurs pas tardé à se manifester. Dans un communiqué, les professions de la boucherie et de la poissonnerie qui n’avaient pas été conviées à Matignon ont exprimé «leur très profond regret et leur incompréhension totale à la suite de la décision du gouvernement de ne permettre qu’aux seuls boulangers et fleuristes d’ouvrir avec leurs salariés, leurs établissements le 1er mai, à l’exclusion de l’ensemble des autres commerces de bouche». Face à ces mécontentements, Sébastien Lecornu a ouvert la voie pour que des discussions s’ouvrent dans les autres secteurs : «Le principe des discussions de branche, c’est que le gouvernement n’y est pas […] Néanmoins si je m’engage à recevoir tout le monde au début du mois de juin c’est pour m’assurer que personne ne soit laissé de côté.» Restera à convaincre les syndicats. La CGT a déjà fait savoir qu’il n’était «pas question que ce nouveau projet de loi ouvre une brèche contre les droits des salariés». Sébastien Lecornu n’est pas au bout de ses peines.
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