Alors qu’il se voyait à Matignon à l’été 2024, le président du RN a proposé à son ami animateur de prendre la présidence du gendarme de l’audiovisuel, selon des informations de « Mediapart ». Cyril Hanouna assure aujourd’hui que l’offre n’était pas sérieuse.
4 mai 2026 à 16h03
Les intentions de l’extrême droite en faveur des médias des milliardaires se font sans cesse plus précises. Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, qui a fait part de son projet de privatisation de l’audiovisuel public mercredi 29 avril, dans la foulée de l’annonce de la publication du rapport Alloncle, a aussi proposé à l’animateur Cyril Hanouna, dont il est proche, de prendre la présidence de l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), selon des informations de Mediapart.
Cette offre de service improbable à la tête du gendarme de l’audiovisuel français a été formulée à l’été 2024, après la dissolution de l’Assemblée nationale prononcée par Emmanuel Macron. Arrivé en tête lors des européennes de juin (31,37 %), Jordan Bardella est alors poussé par des sondages flatteurs et les médias de Vincent Bolloré, dont l’enthousiasme a fini par irradier un grand nombre de rédactions nationales.
Aux yeux de beaucoup, une victoire de l’extrême droite au second tour des législatives anticipées, le 7 juillet 2024, est actée. Le président du RN se prend à rêver à Matignon et aux décisions qu’il pourrait mettre en œuvre à la tête d’un gouvernement d’extrême droite.
Avec son ami Cyril Hanouna – les deux hommes ont aussi festoyé ensemble dans la villa de l’animateur à Saint-Tropez, le 12 juillet 2024, comme l’avait révélé Mediapart –, Jordan Bardella évoque les débats en cours autour de l’audiovisuel et des interventions de l’Arcom contre les chaînes du groupe de Vincent Bolloré.
Outre ses multiples réprimandes contre l’émission « Touche pas à mon poste » (« TPMP ») de Cyril Hanouna sur C8 – qui valent à la chaîne de nombreuses sanctions financières et provoquent des colères régulières de l’animateur –, l’autorité administrative indépendante, alors présidée par Roch-Olivier Maistre (dont le mandat doit cesser quelques mois plus tard, en décembre 2024), émet aussi des critiques quant au rôle de deux autres vaisseaux du conglomérat d’extrême droite, CNews et Europe 1.
« C’est une vanne, c’est sûr ! »
Le 27 juin 2024, à quelques jours du premier tour des législatives anticipées, l’Arcom adresse une mise en demeure publique à la rédaction d’Europe 1, pointant le manque de « mesure » et d’« honnêteté » de l’émission « On marche sur la tête », programme spécialement mis sur pied par Cyril Hanouna pendant la durée de la campagne.
L’autorité de contrôle pointe notamment un « traitement de l’actualité électorale […] largement univoque », soulignant qu’entre le 17 et 26 juin, seize invité·es sur vingt-neuf de l’émission quotidienne « représentaient ou soutenaient les partis relevant du bloc extrême droite ». Le lendemain de la mise en demeure, l’animateur star des médias Bolloré fait part de sa colère. « Il y a un acharnement contre ma personne au niveau de l’Arcom, c’est extrêmement grave », dénonce-t-il sur Europe 1.
Le présentateur fait également part de sa colère à son entourage, y compris à Jordan Bardella, avec lequel il échange très régulièrement par message, prenant de moins en moins de précautions pour se cacher de cette relation. Le 12 juin, trois jours après la dissolution, Cyril Hanouna avait été jusqu’à proposer en direct à la zemmouriste Sarah Knafo d’arrondir les angles avec le chef de file du RN, laissant directement un message à ce dernier sur son répondeur (ce qui lui vaudra, là aussi, d’être sanctionné par l’Arcom pour ce rôle « d’entremetteur »).
https://www.mediapart.fr/journal/france ... e-victoire

Jordan Bardella et Cyril Hanouna. © Photo illustration Sébastien Calvet / Mediapart avec Raphaël Lafargue / Abaca

