Cette bande de quelques kilomètres entre les deux pays fait l’objet d’un acharnement destructeur de l’armée israélienne qui, au mépris de toutes les règles du droit international, s’adonne à un effacement organisé de la population et de son patrimoine, comme le retrace l’enquête publiée par «Libération».
Certains ministres israéliens l’avaient évoqué dès le début de la guerre contre le Liban déclenchée en mars par des tirs du Hezbollah sur Israël : le sud du Liban, où se trouvent de nombreux bastions du mouvement armé pro-iranien, allait subir un anéantissement semblable à celui infligé par l’armée israélienne à Gaza. Beaucoup ne les avaient pas cru ou n’avaient pas voulu les croire. Pas au Liban ! Pas sous les yeux de la communauté internationale, déjà impuissante à stopper l’inexorable tragédie de Gaza ! Eh bien si, le plan était prêt et il est en train d’être appliqué, consciencieusement, méthodiquement, pendant que le monde entier a le regard braqué sur le détroit d’Ormuz. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, l’a d’ailleurs confirmé officiellement fin avril : «Le sud du Liban est désormais traité comme Gaza.»
Il suffit de se remémorer les images de l’enclave palestinienne réduite à l’état de ruines et de poussières pour imaginer ce que l’armée israélienne est en train de commettre au Sud-Liban en violation totale, une fois de plus, mais qui s’en soucie, des règles du droit international. Près de 200 000 civils ont été chassés et leurs maisons, leurs terres, leur mémoire détruites. Une grande partie du patrimoine historique du Liban est en train d’être effacée, des sanctuaires rasés, des lieux de culte chrétiens et musulmans explosés, des universités, des écoles, des bibliothèques publiques rayées de la carte. Comme s’il s’agissait d’effacer toute mémoire, toute vie dans une bande d’environ 8 kilomètres de profondeur – au moins – le long de la frontière entre Israël et le Liban.
Certes, le Hezbollah reste une menace pour Israël, et accessoirement pour les Libanais. Mais faut-il pour cela punir toute une population et la couper de ses racines ? Tuer des secouristes ou des journalistes qui pourraient en témoigner ? Risquer le retour de la guerre civile au Liban ? Il est bien plus facile de frapper et de détruire que de négocier la paix. Sur le coup, la menace du Hezbollah peut sembler affaiblie. Mais ce que préparent les dirigeants israéliens sur le long terme, ce n’est pas la sécurité comme ils le prétendent, mais une guerre sans fin.

Après des bombardements israéliens sur le village de Khiam, dans le sud du Liban, près de la frontière avec l'Etat hébreu, le 16 mars 2026. (AFP)
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