La honte !...
Maisons, écoles et mosquées rasées... Comment l'armée israélienne créée un "no man's land" dans le sud du Liban
01/06/2026 05:54
Dans sa guerre contre le Hezbollah, Tsahal détruit méthodiquement des villes et villages libanais proches de la frontière.
Depuis le 1er mars, les combats ont repris à la frontière entre le Liban et Israël. L'Etat hébreu a répondu aux frappes du Hezbollah avec une intense campagne de bombardements et ne cesse d'avancer dans le sud du territoire libanais.
Derrière son passage, il ne reste que des tas de ruines. Grâce aux données collectées avec la société Masae Analytics, spécialisée dans l'analyse d'images satellite, franceinfo vous plonge dans cette terre brûlée qui se dessine au Sud-Liban.
Sur les hauteurs des collines verdoyantes du sud du Liban, à la frontière avec Israël, les villages ont laissé place aux ruines. Au sud de la "ligne jaune" qu'il a tracé, l'Etat hébreu espère vider la zone de près de 600 km2 de toute présence du Hezbollah, mais aussi de celle des populations locales. Dès le 22 mars, le ministre de la Défense Israël Katz a ordonné à l'armée "d'accélérer la destruction des maisons libanaises dans les villages de contact [à la frontière] afin de déjouer les menaces visant les localités israéliennes". Lorsqu'on se plonge dans les données, pas moins de 40 à 45% de la zone bâtie analysée (voir la méthodologie en fin d'article) apparaissent détruits au 29 avril, presque deux mois après la reprise des hostilités dans la foulée du déclenchement de la guerre entre l'Iran, les Etats-Unis et Israël, selon l'analyse produite par Masae Analytics pour franceinfo.
Des bombardements malgré le cessez-le-feu
Malgré la trêve conclue avec la milice chiite le 17 avril, reconduite pour 45 jours supplémentaires le 15 mai, les bombardements israéliens n'ont pas cessé. Les opérations terrestres ont même été étendues "au-delà de la ligne de défense avancée", a affirmé le porte-parole de l'armée israélienne le 26 mai.
Bombardements, dynamitages, démolitions à coups de pelleteuses et de bulldozers... L'Etat hébreu s'emploie ainsi à rayer de la carte les localités dont elle a pris le contrôle. A la date du 11 mai, "68 villages" étaient occupés par Israël, d'après le Premier ministre libanais Nawaf Salam.
Ces destructions pourraient constituer des crimes de guerre au regard du droit international, qui interdit de cibler des infrastructures civiles. Mais l'armée israélienne assure qu'elle vise uniquement des installations liées au Hezbollah.
Vues du ciel, de nombreuses localités occupées par Israël ne sont plus que des champs de ruines.
Habitations, commerces, cimetières, mosquées, écoles, mairies... Les photos prises depuis l'espace ne montrent que des tas de gravats.
Ainsi, à seulement deux kilomètres de la frontière, le cœur historique du petit village de Yaroun, son couvent et l'école de l'ordre des Sœurs du Saint-Sauveur ont purement et simplement disparu, comme l'a montré Libération. Les images satellite suivantes fournies par la société Planet Labs montrent que plusieurs communes au sud de la "ligne jaune" ont été complètement défigurées depuis le début de la guerre.
Les habitants de Bint Jbeil auraient du mal à reconnaître leur ville. Fortement touchée par les opérations israéliennes, la localité a accusé l'Etat hébreu de commettre à la fois un "écocide", un "urbicide" et un "domicide", en référence à la destruction de l'environnement, du tissu urbain et des habitations. Dans cette commune, 75% du bâti analysé a été détruit, selon Masae Analytics. A Khiam, 70%. Et les destructions ne s'arrêtent pas à la "ligne jaune". Des villages plus au nord, comme Baraachit ou Yater, continuent d'être bombardés. "Il y a une volonté de punir de manière collective les habitants du Sud-Liban et de créer une catastrophe humanitaire, économique et politique", estime le chercheur franco-libanais Ziad Majed, professeur à l'université américaine de Paris.
Une stratégie assumée par Tsahal
Une telle stratégie entraîne ainsi "l'impossibilité de retourner chez soi, puisque le chez soi n'existe plus", expose Daniel Meier, chercheur à Sciences Po Grenoble et spécialiste du Liban.
C'est aussi "toute possibilité de vie sociale" qui est brisée, car les démolitions n'épargnent ni les cimetières, ni les écoles, ni les édifices religieux... Autant de lieux de vie qui seront longs ou difficiles à reconstruire et dont il ne restera que des photos et des souvenirs.
Pour Ziad Majed, Israël vise ainsi à "marquer les esprits de plusieurs générations et montrer à quel point Israël est puissant, jusqu'à infliger un traumatisme collectif qui va se transmettre à travers le temps".
Côté israélien, la stratégie est clairement assumée. Sur les réseaux sociaux, l'armée israélienne partage régulièrement de nombreuses vidéos montrant les villages rasés par ses opérations de dynamitage. "
Le gouvernement israélien veut donner une impression de contrôle, montrer qu'il domine le front et qu'il est capable de faire mal à l'ennemi", avance Aurélie Daher, enseignante-chercheuse à l'université Paris-Dauphine et spécialiste du Hezbollah.
La même méthode qu'à Gaza
Cette campagne de destruction a comme un air de déjà -vu. Lors du précédent conflit entre le Hezbollah et l'Etat hébreu en 2024, l'armée israélienne avait employé les mêmes méthodes dans les villages frontaliers du Sud-Liban.
En 2025, l'ONG Amnesty International pointait déjà dans un rapport l'utilisation par les forces israéliennes "des explosifs posés manuellement et des bulldozers pour détruire des structures civiles, notamment des maisons, des mosquées, des cimetières, des routes, des parcs et des terrains de football".
De tels procédés ne sont pas sans rappeler ceux utilisés dans la bande de Gaza, en grande partie ravagée par l'armée israélienne.
L'enclave palestinienne, réduite à un amoncellement de gravats, fait ainsi figure "d'exemple", selon le ministre de la Défense Israêl Katz.
Comme l'a documenté Le Monde, la brigade Guivati, unité de l'armée israélienne impliquée dans la destruction de quartiers entiers dans la bande de Gaza, a également été déployée au Liban depuis début mars. C'est cette unité qui a partagé les images saisissantes de la ville de Bint Jbeil en ruines.
Benyamin Nétanyahou, le Premier ministre israélien, l'assume :
il entend créer des zones de sécurité "en profondeur dans le territoire ennemi", à Gaza, au Liban et en Syrie, pour "changer le visage du Moyen-Orient", comme il l'a affirmé le 29 mars. "Il y a un projet sécuritaire, de 'no man's land', qui est toujours le même", constate Daniel Meier. Pour Aurélie Daher, derrière ces trois terrains aux contextes différents, se dessine un fil conducteur : "
La méthode israélienne reste la même : soumettre par la force excessive."
Dans le sud du Liban, les combats et les destructions continuent. Le 25 mai, Benyamin Nétanyahou a même annoncé son intention d'"intensifier" l'offensive pour "écraser le Hezbollah".
https://www.franceinfo.fr/monde/proche- ... 31611.html

Dans cette zone, Israël rase de nombreuses habitations et bâtiments depuis le début de la guerre. Jusqu'à rayer de la carte des quartiers et des villages entiers.
Sur cette carte réalisée en collaboration avec Masae Analytics, les zones détruites entre début mars et le 29 avril apparaissent en rouge.