Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, et c’est nouveau, il y a désormais une veine satirique de gauche, florissante. Elle est née, génération spontanée, après les municipales et la bascule au RN de douze villes et villages supplémentaires, et se déploie sur Facebook. A Drocourt, Lady Gazette s’inspire des Chroniques de Bridgerton, commençant invariablement ses posts par «très chers amis lecteurs» ; à Harnes, le Canard des Claquots, plus de 30 numéros depuis mars, ou Harnes Libre prennent plaisir à brocarder le projet de futur toboggan à la piscine, à 600 000 euros ; La chronique billysienne, à Billy-Montigny, s’affiche comme «journal de résistance». Et Lulu Castagnette, basée à Hénin-Beaumont, trouve de l’inspiration dans tout le bassin minier. Toutes ces pages utilisent pour leurs illustrations et caricatures l’IA générative. «Ils retournent les armes du RN contre lui», s’amuse Octave Nitkowski. Aujourd’hui avocat spécialisé dans le droit de la presse, il a été un précurseur quand il avait quinze ans, avec un blog politique à Hénin-Beaumont pendant les législatives de 2012.
Ces plumes sont toutes anonymes, à la grande indignation du Rassemblement national, se défendent d’être les faux-nez d’un parti politique, et se présentent comme citoyennes. Quatre communes visées, Billy-Montigny, Drocourt, Harnes et Hénin-Beaumont, ont publié un communiqué commun, condamnant ces comptes, à la suite d’un article sur le sujet dans la presse régionale. «La Voix du Nord a consacré une page à la gloire de personnes anonymes particulièrement lâches se réfugiant derrière leurs écrans pour déverser leur haine et leur fiel.» A la joie des chroniqueurs visés, qui y ont trouvé nouvelle matière à moudre : «Il n’est pas donné à tout le monde de transformer quelques pages Facebook locales en sujet d’inquiétude intercommunale», remarque Lady Gazette. Elle en remercie les maires signataires. Son anonymat ? Elle badine : «Pour que chacun puisse s’imaginer qui elle est… pendant que d’autres évitent encore de s’interroger sur ce qu’elle écrit.»
«Je l’ai vécu comme une trahison»
Octave Nitkowski n’est pas surpris de ce choix, une protection, face aux attaques verbales qu’utilise le RN. Inès Taourit, tête de l’opposition à Hénin-Beaumont est traitée de menteuse, caricaturée avec un nez de Pinocchio ; Marine Tondelier, qui l’a précédée à ce poste, a déposé plainte contre Steeve Briois, pour l’avoir traitée de «taliban hystérique». Octave Nitkowski analyse : «Cela ne donne pas envie de s’investir en politique. Ces pages existent parce qu’il n’y a pas d’opposition politique forte. Je ne suis pas sûr qu’elles vont remobiliser les électeurs, mais elles démontrent la conception du RN de la liberté de la presse.»
Pour les deux satiristes qui ont accepté de nous répondre, les raisons sont les mêmes : le choc de la victoire du RN dans leur ville. «Comment cette terre, qui a combattu le fascisme, reconnue pour ses luttes syndicales, peut-elle tomber dans les mains du RN ? Je l’ai vécu comme une trahison», explique la plume de la chronique billysienne. Saturnin du Canard des claquots approuve : «Je ne supporte pas que la ville que j’aime et qui m’a vu naître soit passée à l’extrême droite alors qu’elle est la patrie de grands noms de la résistance. Il y a toujours eu, à Harnes, le souci de la solidarité.» Tous les deux affirment vérifier leurs informations. Saturnin Claquot donne sa recette : «De l’humour, du sarcasme, de l’ironie, parfois quelques piques… mais rien d’autre.» A la Chronique billysienne, on se réjouit de cette effervescence satirique : «C’est la reprise en main du débat démocratique par les citoyens.»
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Alexandre Dupalais, candidat RN, avec Jordan Bardella sur une affiche électorale pour les municipales à Lyon, en mars 2026. (Romain Doucelin /Hans Lucas. AFP)

