En vingt ans, Marine Le Pen et le RN se sont toujours contredits sur l’interdiction du port du voile
24/07/2026 16:33
À dix mois de la présidentielle, le Rassemblement national remet l’interdiction du voile sur la table, en réfléchissant à l’idée d’un référendum après 2027.
Vous avez peut-être l’impression que l’interdiction du port du voile en France a toujours été le dada de l’extrême droite française.
Et bien non.
Sous Marine Le Pen, et même avant qu’elle ne prenne les rênes du RN, le discours du parti sur le sujet est fait de reniements et de rétropédalages,
comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article.
Remontons à 2004, lors des débats sur la loi interdisant les signes religieux ostentatoires à l’école.
Dans la plus pure tradition de l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen est loin d’être un défenseur de la laïcité.
Alors le port du voile à l’école, ce n’est pas sa priorité, son cheval de bataille, c’est «
l’immigration massive ».
Son bras droit Bruno Gollnisch ira même jusqu’à dire qu’il est «
pour la liberté vestimentaire ».
Marine Le Pen a bien été contre la loi de 2004
De son côté, Marine Le Pen se positionne contre la loi de Jacques Chirac : «
On peut parfaitement être contre le voile comme nous le sommes et contre la loi parce que c’est un aveu de faiblesse du gouvernement, explique-t-elle à la télévision le 24 janvier 2004. Ce qu’il faut c’est de l’autorité, l’État n’en a pas et pourtant ce n’est pas en votant une loi supplémentaire qui ne sera pas appliquée qu’il en aura ».
Pourtant, aujourd’hui, et depuis qu’elle est aux commandes, Marine Le Pen ne voit vraiment pas pourquoi une interdiction du port du voile généralisé à l’ensemble de l’espace public ne serait pas appliquée. Et ses cadres non plus. «
Une amende pour le voile ? » lui demande sur M6 un journaliste le 29 mars 2017. «
Oui, comme quand vous ne mettez pas votre ceinture en voiture ou que vous ne mettez pas votre clignotant »,
assène-t-elle, sans hésitation.
Même comparaison hasardeuse du porte-parole du RN Sébastien Chenu, le 20 juillet 2026 : «
On l’a bien fait avec les masques et les gens l’ont fait ».
Le tournant de septembre 2012
Avec le temps, Marine Le Pen impose sa vision de la laïcité. Une fois présidente du Front national, c’est en septembre 2012 qu’elle provoque un tollé et imprime sa marque :
oui, elle veut interdire le voile islamique et la kippa dans les rues.
Et là, pour le coup, pendant des années, elle ne dévie pas de sa ligne, notamment pendant la présidentielle de 2017.
La loi de 2004 devient une base qu’elle souhaite élargir.
Tout ça est limpide, encore à la veille du 1er tour de la présidentielle de 2022, sans jamais que le parti n’interroge la faisabilité et la constitutionnalité de la mesure : "
Demain le voile sera interdit. Par conséquent, si on porte le voile, on n’est pas arrêté dans la rue, on aura une contravention", martèle-t-elle à nouveau le 7 avril 2022.
Mais c’est dans l’entre-deux-tours de la présidentielle que les certitudes s’effondrent.
Le 16 avril 2022, Marine Le Pen en déplacement à Pertuis dans le Vaucluse est interpellée par une femme âgée portant le voile, et sa position s’adoucit soudainement. «
C’est une question complexe et je ne suis pas obtus (sic) », lâche-t-elle à la presse le lendemain.
Et à partir de là, le RN s’embourbe. «
C’est une affaire compliquée, ce sera une affaire parlementaire… », se perd Louis Aliot sur France Inter. «
Le Parlement se saisira de la question pour que la grand-mère de 70 ans avec son petit voile ne soit pas concernée », explique Sébastien Chenu sur BFMTV devant des journalistes médusés.
Signe du recul, lors de la campagne des élections législatives en 2024 de Jordan Bardella, président du RN et candidat à Matignon, l’interdiction du port du voile est absente du programme du RN. Et Jordan Bardella continue d’afficher son scepticisme : «
L’application est compliquée, je pense qu’il faut y aller étape par étape », admet-il sur RMC le 19 mars 2025.
Aujourd’hui, à dix mois de la présidentielle, le RN avance désormais l’idée de soumettre l’interdiction à référendum après 2027, et donne ainsi le sentiment d’être prêt à faire un énième renoncement sur le sujet.
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 93218.html