Soupçonné d’espionnage, l’homme d’affaires était détenu depuis 2023. Son sort aurait été au centre des récentes négociations à l’UE pour enlever, à la demande de la France, l’oligarque Alicher Ousmanov des personnes sanctionnées pour leur soutien à la Russie dans la guerre contre l’Ukraine.
L’Azerbaïdjan a gracié mercredi Martin Ryan, un Français emprisonné dans ce pays du Caucase depuis fin 2023, une décision intervenant quelques heures après la levée des sanctions européennes visant l’oligarque russe Alicher Ousmanov que demandait la France, qui a salué «un geste humanitaire». «Cette décision est le fruit d’un dialogue patient et exigeant avec les autorités azerbaïdjanaises», a déclaré le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. La France a affirmé qu’il s’agissait «d’un geste humanitaire», selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.
Selon un décret du président azerbaïdjanais Ilham Aliev publié mercredi, Martin Ryan, soupçonné d’espionnage, figure dans une liste de 20 personnes graciées et est le seul ressortissant français à en bénéficier. Aliev a notamment pris en compte «leurs personnalités, état de santé, et situation familiale», selon le décret publié sur son site internet.
Selon un diplomate à Bruxelles, Paris, évoquant des «raisons de sécurité nationale» sans donner plus de précision, a fait pression auprès des pays membres de l’UE pour lever les sanctions visant Alicher Ousmanov dans le cadre d’un accord de libération de prisonniers impliquant des citoyens français détenus en Azerbaïdjan. La France n’a jamais confirmé de telles tractations, mais réclame depuis des mois la libération de Martin Ryan. Suivant la brèche ouverte par la France, le Luxembourg a également demandé et obtenu l’annulation des sanctions visant un autre oligarque, le Russo-Israélien Mikhaïl Fridman, qui réclamait du Grand-Duché, devant la justice, 15 milliards d’euros de réparations à la suite des sanctions de l’UE.
La levée des sanctions ces deux milliardaires, réputés proches du Kremlin et accusés de soutenir l’effort de guerre russe contre l’Ukraine, a suscité de vives protestations à Kyiv. «Au moment où la Russie mène des attaques brutales contre notre population, […] envoyer des signaux sur la levée des sanctions contre des oligarques russes est une démarche autodestructrice», a tonné le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Installé à Bakou depuis plusieurs années, Martin Ryan, homme d’affaires, avait été arrêté le 4 décembre 2023, soupçonné d’«espionnage» au profit des services secrets français. Il a été condamné à 10 ans de prison pour ce motif en mars 2026.
Selon l’accusation, Martin Ryan aurait collecté des informations concernant les relations de l’Azerbaïdjan avec la Turquie, l’Iran et le Pakistan, concernant des entreprises liées à la Russie et à la Chine et sur des questions stratégiques régionales liées au Karabakh. Le ministère français des Affaires étrangères a toujours rejeté «catégoriquement» ces accusations, qualifiant cette détention d’«arbitraire».
Quatre autres ressortissants étrangers libérés
Son procès avait débuté en janvier 2025 à Bakou mais ce n’est que plus d’un an plus tard, le 16 mars dernier, qu’il avait été condamné. Un coaccusé azerbaïdjanais, Azad Mamedli, avait, lui, écopé de 12 ans de prison pour «haute trahison».
Selon le décret présidentiel azerbaïdjanais publié mercredi, outre Martin Ryan, quatre autres ressortissants étrangers figurent parmi les personnes libérées : un Russe, un Pakistanais et deux Turcs.
Un autre citoyen français est emprisonné en Azerbaïdjan, l’homme d’affaires Anass Derraz. Il a été condamné à 12 ans de prison en novembre 2025 à Bakou dans une affaire où il est accusé d’avoir accepté un pot-de-vin d’un oligarque russe.
Les relations bilatérales entre la France et l’Azerbaïdjan se sont fortement dégradées après la reprise par Bakou, en septembre 2023, du contrôle du territoire du Karabakh, alors à majorité arménienne, ce qui a provoqué le déplacement de plus de 100 000 habitants.
Bakou reprochait le soutien de Paris à l’Arménie. Les autorités françaises ont accusé en retour l’Azerbaïdjan d’une ingérence concernant ses territoires d’outre-mer, ce que Bakou nie.
En mai, le président français Emmanuel Macron avait discuté par téléphone avec Ilham Aliev des moyens de «développer» la relation entre leurs deux pays au sortir de ces vives tensions.
Mise à jour à 10 h 39 avec plus de contexte.
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Martyn Ryan au tribunal de Bakou le 6 janvier 2024. (AFP)

