2023. Ils touchent en moyenne 900 euros net de moins que les autres fonctionnaires de catégorie A.
Et en plus ils risquent leur peau!
https://www.lemonde.fr/societe/article/ ... _3224.html
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Delphine a 55 ans, dont vingt-trois passés au sein de l’éducation nationale. D’abord contractuelle durant une dizaine d’années après sa reconversion, elle est devenue enseignante titulaire en lycée professionnel en 2014. Son salaire actuel : 2 350 euros net par mois, primes comprises. « Pour avoir plus, il faudrait que je fasse des heures supplémentaires, mais je ne peux pas », explique cette mère célibataire qui habite un logement social, a remisé la voiture au garage depuis la récente flambée des prix des carburants et ne part pas en vacances.
« J’ai un bac + 5, je suis cadre A de la fonction publique, mais je ne suis pas du tout rémunérée à la hauteur de ce statut », dénonce Delphine, qui n’a pas souhaité donner son nom. Mardi 29 septembre, jour de mobilisation dans la fonction publique, elle assurera ses cours car elle ne « peu[t] pas se permettre de perdre une journée de salaire ». Mais elle « soutient à 100 % » l’appel à la grève lancé par l’intersyndicale de la fonction publique pour revendiquer, notamment, des hausses de rémunération.
Ce mot d’ordre répond à l’absence de mesures salariales en faveur des fonctionnaires dans le projet de budget pour 2027, lequel prévoit de geler le point d’indice de la fonction publique pour la quatrième année d’affilée. Le sujet rencontre un écho particulier parmi les 850 000 enseignants, confrontés à un décrochage salarial considérable depuis les années 1980, qu’aucune mesure n’a permis d’enrayer.
Un quart de satisfaits
Le salaire médian des enseignants titulaires à temps complet s’élève désormais à 2 770 euros net par mois pour les professeurs des écoles, à 3 080 euros pour les professeurs de collège et lycée détenteurs du Capes. Ces chiffres tiennent compte du vieillissement de la population enseignante, âgée en moyenne de 45 ans, des heures supplémentaires qu’elle effectue en nombre croissant, ainsi que des dernières augmentations dont elle a bénéficié en 2023. Mais, preuve que l’enjeu reste entier, ils ne changent rien au déclassement des professeurs français.
Les enseignants français sont toujours moins payés que leurs homologues dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à tous les niveaux de la carrière ; moins que les actifs ayant fait plus de trois ans d’études ; moins que les autres fonctionnaires de catégorie A, rémunérés en moyenne 900 euros net de plus par mois. En tenant compte de l’inflation, les enseignants ont aussi perdu en pouvoir d’achat par rapport à ceux qui occupaient la même fonction au début des années 1990.
Lire l’analyse | Article réservé à nos abonnés Les enseignants possèdent un niveau de vie inférieur aux autres cadres de la fonction publique
Ce quadruple décrochage pèse lourd au sein de la profession. Seuls 27 % des professeurs de collège et 22 % des professeurs des écoles se disent satisfaits de leur rémunération, contre presque 40 % dans l’OCDE. La hausse des salaires est la priorité des enseignants interrogés dans les enquêtes ministérielles comme syndicales.
L’érosion singulière du pouvoir d’achat des enseignants a commencé en 1983, lorsque le gouvernement a sous-indexé le point d’indice de la fonction publique par rapport à l’inflation. Elle s’est accélérée avec le gel du point d’indice, décidé par Nicolas Sarkozy en 2010 et reconduit depuis, exception faite des années 2016, 2017, 2022 et 2023.
Pour des raisons à la fois budgétaires et politiques, les gouvernements successifs ont privilégié les progressions plus individualisées, par voie de primes ou d’heures supplémentaires. Si ces mesures ont en partie compensé la chute du pouvoir d’achat pour de nombreux corps de fonctionnaires, c’est moins le cas pour les enseignants, qui ne bénéficient que de peu de primes. Elles ne pèsent pas plus de 15 % de leur rémunération, deux fois moins que les autres cadres A. Et les gouvernements, soucieux des coûts qu’engendre la moindre hausse de salaire pour des agents qui représentent un tiers de la fonction publique d’Etat, ont été les uns après les autres réticents à les accroître massivement.
Même la gauche, au pouvoir entre 2012 et 2017, n’a pas engagé de rattrapage. « J’étais dans une situation paradoxale, rappelle Vincent Peillon, ministre de l’éducation de 2012 à 2014. J’avais beaucoup d’argent, mais il était destiné à la création de 60 000 postes pour compenser les suppressions du mandat de Nicolas Sarkozy, pas à l’augmentation des salaires. »
Il a fallu attendre 2020, et plus particulièrement 2023, sous la présidence d’Emmanuel Macron, pour que soit décidée la hausse de salaire la plus substantielle depuis la dernière revalorisation de 1990. Le ministère a fait le choix d’une politique de primes dégressives avec l’ancienneté, qui a principalement revalorisé le salaire des débutants : les titulaires commencent désormais à environ 2 100 euros net, contre moins de 1 700 euros en 2020.
« Remonter un escalator qui descend »
Mais ces mesures, qui ont conduit à une hausse moyenne de 11 % entre 2022 et 2024, ont été pratiquement sans effet sur la dévalorisation salariale des professeurs compte tenu de l’inflation rampante depuis 2022. « Le gel du point d’indice est une redoutable machine à faire baisser le salaire, résume Bernard Schwengler, auteur de Salaires des enseignants. La chute (L’Harmattan, 2021). Pour les enseignants, l’inflation a ainsi annihilé toutes les augmentations ponctuelles depuis trente ans. » Selon le comparateur de pouvoir d’achat de l’Insee, 2 100 euros en 2025 équivalent, par exemple, à 1 800 euros en 2020.
En 2023, le collectif Nos services publics avait mesuré ces pertes à l’échelle de la carrière d’un enseignant. Interrogé par Le Monde, il a actualisé ses résultats : un professeur certifié ayant dix ans d’expérience gagne 9 % de moins (220 euros) en 2026 que si le point d’indice avait suivi l’inflation ; à dix-huit ans d’ancienneté, c’est 20 % de moins (500 euros). Pour un agrégé en poste depuis vingt-sept ans, dont le salaire est plus élevé, les pertes approchent les 25 % (820 euros). Et dans les trois cas, le montant du salaire a eu beau augmenter avec l’ancienneté et les mesures salariales, le pouvoir d’achat des enseignants n’a que peu varié depuis leurs premières années dans le métier. Leur progression de carrière s’est résumée, selon la formule du collectif, à « remonter un escalator qui descend ».
« Ce que le gouvernement a appelé une “revalorisation” en 2023 n’a été qu’une neutralisation ponctuelle de l’inflation de 2022 et 2023, explique Mehdi Djebbari, haut fonctionnaire et auteur de l’étude de Nos services publics. Le décrochage historique n’a pas du tout été rattrapé et, depuis, le pouvoir d’achat des enseignants a continué à se dégrader, exception faite des toutes premières années d’exercice. »
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Parce qu’elle a ciblé les débuts de carrière, la politique menée depuis 2020 a, en outre, généré un nouvel écueil : la compression de la grille salariale. Un enseignant débute désormais à 2 100 euros net mensuels, mais il lui faut dix ans avant d’atteindre 2 300 euros, et vingt pour dépasser les 2 500. « Les milieux de carrière restent un angle mort des politiques salariales des dernières années : les écarts atteignent 15 % à 20 % par rapport à la moyenne des autres pays », expose Eric Charbonnier, expert à l’OCDE.
« Nous avons fait au maximum de ce qui nous était permis en termes budgétaires en 2023, mais nous étions bien conscients que cela accentuait la question des milieux de carrière et de la progressivité de la rémunération », reconnaît Pap Ndiaye, ministre à l’époque des dernières mesures d’augmentation salariale.
« Valorisation sociale du travail »
En l’état, les heures supplémentaires sont devenues le seul vecteur d’amélioration du pouvoir d’achat des enseignants. Leur nombre atteint des records, au prix d’un alourdissement de la charge de travail que dénoncent tous les syndicats. Une situation qui fait par ailleurs le lit d’inégalités entre les hommes et les femmes – les premiers font davantage de travail supplémentaire – et entre les professeurs du second degré et ceux des écoles primaires, où les heures supplémentaires sont presque inexistantes. C’est ce qui explique en grande partie l’écart de salaire moyen de 300 euros entre les premiers et les seconds, alors même que, exception faite des agrégés, leur grille de rémunération est la même.
Ces écueils sont également ceux du « pacte enseignant », qui rémunère depuis 2023 les professeurs effectuant des missions supplémentaires et qu’Emmanuel Macron avait présenté comme un versant « conditionnel » de la revalorisation de 2023. Les inspections générales des finances et des affaires sociales ont établi, dans un rapport de juillet, que le pacte « ne constitue pas, en tant que tel, un instrument de revalorisation de l’ensemble du corps enseignant », puisqu’il ne concerne qu’une minorité de professeurs.
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Même s’il n’est pas le seul déterminant en la matière, le niveau de salaire des enseignants mine la capacité de l’éducation nationale à recruter et donc à assurer la qualité et la continuité du service public en tout point du territoire. Pierre Périer, sociologue et professeur à l’université Rennes-II, a mené deux enquêtes sur l’attractivité du métier, en 2016 et en 2025. « En 2016, les étudiants abordaient beaucoup moins la question de la rémunération qu’aujourd’hui », constate-t-il. En 2025, le salaire trop faible et la lente évolution de carrière sont mentionnés par les étudiants comme le premier facteur du manque d’attractivité. « C’est le marqueur du déclassement matériel et symbolique des enseignants, et de la valeur que lui accordent les pouvoirs publics », analyse le chercheur.
L’enjeu de la rémunération est aussi celui de la reconnaissance, les professionnels ayant de plus en plus de mal à envisager toute leur carrière au sein de l’éducation nationale. « Les enseignants ont longtemps été moins bien payés que d’autres professions équivalentes, mais il y avait une forme de compensation par la valorisation sociale du travail et la souplesse dans l’organisation du temps, retrace Géraldine Farges, professeure en sciences de l’éducation à l’université Bourgogne-Europe. Aujourd’hui, le salaire a baissé tandis que les conditions d’exercice se sont durcies, le métier s’est complexifié et le travail s’est intensifié. Les salaires sont devenus le cristallisateur de toutes les insatisfactions. »
La revalorisation sans contrepartie est désormais la première revendication de toutes les organisations syndicales de la profession. Parmi les candidats à la présidentielle, l’enjeu semble incontournable : tous proposent des augmentations de salaire, parfois accompagnées de nouvelles obligations. Les pertes accumulées sont telles que Mehdi Djebbari, de Nos services publics, estime cependant qu’« en dessous d’une hausse de 20 %, on ne pourra pas parler de revalorisation de la profession ».
Un p'tit sujet pour exciter
-les "anti-foncs" primaires qui n'ont pas réussi les concours d'entrée
- Et ces parents qui ont démissionné mais accusent les enseignants de tous les maux de la société.

