"Un scrutin décisif se joue au Brésil dimanche 4 octobre. Dans ce pays fortement polarisé, la gauche de l’actuel président Luiz Inácio Lula da Silva est aux coudes-à-coudes face à l’extrême droite de Flávio Bolsonaro, fils de l’ex-président Jair Bolsonaro. Deux visions du Brésil et de sa place à l’international s’opposent.

De notre correspondante à Rio de Janeiro,
"Le premier tour semble déjà joué d’avance. Les sondages varient sensiblement sur les chiffres, mais s’accordent sur un léger avantage de l’actuel président Lula au premier tour. Face à lui, Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite qui a gouverné le Brésil de 2019 à 2022. Condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État et inéligible jusqu’en 2060, Jair Bolsonaro a désigné en décembre 2025 son fils pour lui succéder.
Entre le père et le fils, les trajectoires sont certes différentes, mais les projets sont identiques. Répression violente de la criminalité, libéralisation de l’économie, agenda culturel conservateur, rapprochement avec les États-Unis…
Mércia Alves, chercheuse au Centre brésilien d’analyse et de planification (Cebrap), explique que la « Triade » conservatrice – formée par le dirigeant autoritaire salvadorien Nayib Bukele, l’Argentin Javier Milei et l’Américain Donald Trump - sert de boussole au candidat d’extrême droite. « Le bolsonarisme sélectionne des éléments de ces trois modèles pour tenter de les reproduire dans une réalité brésilienne : un État minimal dans la protection sociale et l’économie, maximal dans la coercition », résume la politologue.
Promesses sécuritaires vs. bilan social
Si Jair Bolsonaro pouvait jouir d’une image antisystème, ce n’est pas le cas de son fils. À 45 ans, ce sénateur est le fruit d’une longue carrière politique. Député régional de Rio de Janeiro pour quatre mandats, son expérience de la politique est plus conventionnelle, faite de négociations et de relations pragmatiques avec des secteurs du centre et de la droite.
Au cœur de plusieurs affaires de corruption et de blanchiment d’argent, ses liens avec la milice de Rio de Janeiro sont largement documentés. Des scandales qui ne semblent pourtant pas atteindre la base bolsonariste, qui privilégie le rejet de la gauche de Luiz Inacio Lula da Silva. « Sa campagne a oscillé entre le vendre comme un Bolsonaro plus modéré et retrouver une posture d’affrontement pour consolider l’électorat anti-Parti des Travailleurs de Lula », analyse Mércia Alves.
Pourtant, le bilan du gouvernement Lula n’est pas si catastrophique que son adversaire veut le faire croire. Le Fonds monétaire international (FMI) annonce ainsi une croissance de 2,4 % cette année pour le Brésil, portée par la consommation nationale, un marché du travail solide et de bonnes exportations. Le taux de morts violentes a chuté, malgré un sentiment d’insécurité généralisé encore très élevé parmi la population.
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Pressions américaines
"La campagne se déroule sous l'œil attentif de Washington. Donald Trump a déjà démontré à de nombreuses reprises son soutien au clan Bolsonaro. En 2025, alors que Jair Bolsonaro était jugé devant la Cour suprême pour tentative de coup d’État après sa défaite en 2022, le président américain a imposé des sanctions douanières au Brésil, ainsi qu’au juge Alexandre de Moraes, à la tête du procès. Car depuis 2022, Eduardo Bolsonaro, frère de Flavio et surnommé « 02 » par leur père, incarne un lobby en faveur de sa famille, directement basé au Texas."
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