Publié le 6 oct. 2026 à 17:52Mis à jour le 6 oct. 2026 à 20:17
En promettant le retour du déficit public sous les 3 % en dix-huit mois à compter de son arrivée à l'Elysée, Marine Le Pen a voulu rassurer les marchés. Pourtant, la « trajectoire de rétablissement radicale » des finances publiques, promise par la candidate du RN à la présidentielle lors d'une conférence de presse ce mardi, paraît à de multiples égards irréaliste.
Sur le papier, le RN défend un redressement rapide, qui ramènerait le déficit public de 5,4 % du PIB cette année à 3,7 % dès 2027, puis 2,8 % en 2028, avant de le stabiliser autour de 2,2 ou 2,3 % entre 2030 et 2032. Si l'on exclut la progression des intérêts de la dette, le parti promet même de dégager un excédent dès 2028, ce qui ferait aussitôt refluer le ratio de dette publique. Celle-ci descendrait à 111,2 % du PIB en 2032, espère le RN. Preuve de son sérieux affiché, le parti veut doter la France d'une « règle d'or », imposant notamment un déficit public obligatoirement inférieur au niveau stabilisant la dette.
Rebond improbable de la croissance malgré les coupes
Sur le papier, le plan du RN repose sur un ensemble de mesures devant aboutir à un gain budgétaire net de 136 milliards d'euros d'ici à la fin 2031 - principalement des coupes dans les dépenses -, qui serait accompagné d'un rebond de la croissance. Mais l'équation, qui veut donner les apparences du sérieux, paraît bien fragile.
Côté macroéconomique, alors que le président du RN, Jordan Bardella, a taclé les « hypothèses hors sol » de l'actuel gouvernement, qui vise une croissance de 1 % l'an prochain, le RN table sur une croissance quasi-identique, à 0,9 % du PIB en 2027. Ensuite, le RN attend un doublement de ce taux, à 1,7 % ou 1,8 % entre 2028 et 2030. « Les effets récessifs de nos baisses des dépenses sont quasiment inexistants », a affirmé le chef de file budgétaire du RN à l'Assemblée, Jean-Philippe Tanguy.
« Ecran de fumée » budgétaire
« Le RN prévoit environ 100 milliards d'euros d'ajustement structurel sur 2027 et 2028. Avec un tel choc, les prévisions de croissance affichées ne sont absolument pas crédibles », tranche Mathieu Plane, économiste à l'Institut français de l'économie (IFE).
« Ce n'est pas sérieux. On ne peut pas faire comme si un choc budgétaire aussi massif pouvait n'avoir aucun impact sur l'activité », confirme l'économiste en charge de la France chez Rexecode, Anthony Morlet-Lavidalie. « Baisser le déficit de 5,4 % à 2,8 % en deux ans en relançant la croissance, c'est fort, il fallait juste y penser », ironise une figure des finances publiques.

