Les propos attribués au président du parti, Jordan Bardella, remettent en lumière les ambiguïtés passées de l’extrême droite française dans son rapport aux Juifs et à l’Etat d’Israël.
Publié le 07/10/2026 à 18h23
Les révélations de Mediapart sur l’antisémitisme des propos attribués à Jordan Bardella viennent à la fois percuter le narratif du Rassemblement national sur sa nature et rappeler que sionisme et antisémitisme ont toujours cohabité au sein du parti.
La question est souvent plus délicate qu’il n’y paraît. Parmi les ex-collaborateurs de l’extrême droite française les plus antisémites, certains soutinrent Israël lors de la guerre des Six jours en 1967. Ce fut le cas de Xavier Vallat, ancien commissaire aux questions juives. Ce fut aussi le choix de Lucien Rebatet, dont le dernier article dans le journal francophone de la Waffen-SS s’achevait pourtant par «Mort aux juifs ! Heil Hitler !» Leur antisémitisme s’alliait volontiers à l’idée que les Juifs migrent hors de France pour contenir les Arabes et le communisme au bénéfice de l’Occident. Cette représentation était éloignée de celle de Hitler, qui, dans Mein Kampf, récusait l’option sioniste en estimant qu’un Etat juif serait «au point de vue territorial, sans aucune frontière».
Propos antisémite cryptique
Jean-Marie Le Pen lui-même a largement oscillé entre les diverses positions. Dans les années 50, il allie soutien à la cause israélienne et saillies antisémites. L’appui à la puissance extérieure n’est donc pas une rupture avec les préjugés antisémites. Ceux-ci sont encore très ordinaires dans la société française : en 1966, 50 % des sondés affirment qu’ils ne voteraient pas pour un candidat juif à la présidence de la République. Le Pen demeure longtemps sur cet alliage.
Le numéro 2 du Front national dans les années 70, François Duprat, par ailleurs à l’origine de la création du FN, est l’un des porte-voix d’un nouvel axe. Il assemble antisémitisme, antisionisme et négationnisme. Il considère que l’immigration est produite par «le sionisme» cherchant à détruire les peuples et cadres nationaux. Le sionisme serait l’alliance entre «l’entité sioniste» et «la juiverie internationale», chaque Juif étant solidaire d’Israël. L’extermination des Juifs d’Europe serait un mythe permettant à Israël de réaliser «le génocide» des Palestiniens, et au sionisme international de détruire les Occidentaux. C’est cette vision qui explique le célèbre slogan du GUD, dont l’actualité a rappelé que son ancien chef, Frédéric Chatillon, a été l’un des mentors du jeune Bardella : «A Paris comme à Gaza, Intifada.» En fait, les Français seraient dans la même situation coloniale que les Palestiniens. Les fameuses vidéos d’Alain Soral consommées par tant d’internautes ne sont souvent que du Duprat pour les néophytes – la gloire de Soral étant à son maximum en 2016, quand son site aurait réalisé plusieurs millions de vues par mois.
Le Pen, lui, n’accordait guère d’importance à ces sujets. Quand il est reçu par le Congrès juif mondial en 1987, il leur raconte comment, soldat en 1956 dans l’expédition de Suez, il avait poussé ses hommes à la désertion pour aller combattre aux côtés de Tsahal. Il réclame la fermeture du bureau parisien de l’Organisation de libération de la Palestine. Des émissaires du FN sont envoyés en Israël afin d’essayer d’obtenir une rencontre entre Ariel Sharon et le futur candidat à l’élection présidentielle de 1988. C’est le scandale du «détail» qui le fait changer. Convaincu d’être victime d’une cabale de lobbies «sionistes»,il se persuade même que si Jacques Chirac refuse de s’allier avec lui, c’est car il serait secrètement Juif. Il cherche à arranger les choses lors de sa campagne présidentielle de 2002, toute en «dédiabolisation» et devant amener au 21 avril, présentant ainsi Israël tel un «Etat sacré pour la civilisation occidentale».
Néanmoins, dans le second tome de ses mémoires, il glisse à ce sujet l’un des propos les plus antisémites de sa carrière, mais assez cryptique pour ne pas être relevé : «Je dois avouer que je me sens plus proche aujourd’hui de Duprat que je ne l’étais à l’époque. L’histoire du Front national, notamment depuis le détail, m’a rapproché de soucis et d’analyses qui alors lui étaient propres.» Autrement dit, il existerait bien un lobby sioniste usant de l’extermination pour assurer son projet mondialiste et la puissance d’Israël.
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