Sans réfléchir
Il n’y a pas que l’amour qui rend aveugle. L’obsession aussi. Obnubilé par LFI, Retailleau voit la main de Jean-Luc Mélenchon absolument partout et dégaine cette carte par réflexe presque pavlovien, même quand ça n’a pas lieu d’être. Comme lundi quand le candidat LR à la présidentielle, en réaction à l’ado de 14 ans qui a tiré sur le principal d’un collège et une enseignante à Aubagne, a balancé sur X : «Cet acte d’une violence inouïe s’inscrit dans un climat de violence et d’impunité que LFI contribue à entretenir par ses discours incessants contre nos institutions, nos figures d’autorité et nos forces de l’ordre.»
Sauf que Retailleau aurait peut-être mieux fait de tourner sept fois son pouce dans sa poche avant de tweeter aussi compulsivement. Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé mardi se saisir de l’enquête. L’auteur présumé pourrait adhérer, selon le Pnat, à la mouvance True Crime Community, glorifiant les tueries de masse et associée au masculinisme et à l’ultradroite. Le père de l’ado, ancien militaire, est lui aussi en garde à vue. «Supprime», lui a intimé le député insoumis Ugo Bernalicis, avant d’ajouter : «Ne serait-ce pas plutôt l’idéologie de droite réactionnaire et d’extrême droite que vous représentez qui seraient en cause ?» D’où l’intérêt d’attendre les faits avant de se jeter comme un mort de faim sur un fait divers.
On s’en fout du fou
Cette monomanie de Retailleau pour LFI, désignée comme son principal adversaire dans ce début de campagne compliquée pour lui (grand démocrate, il propose même d’interdire le mouvement), fait doucement rire chez les insoumis. Le jugeant pas assez haut dans les sondages, les mélenchonistes préfèrent le traiter par l’ignorance. «Retailleau s’égosille dans son coin mais pour l’instant on a décidé de ne pas lui accorder d’importance», a déclaré Mélenchon à la presse samedi, à la veille de son meeting XXL à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), comme le rapporte l’AFP. «Faut qu’il aille jouer au Puy du Fou, c’est sa place», a-t-il ajouté en qualifiant même le sénateur vendéen de «chouan», en référence aux habitants de l’Ouest restés fidèles à la royauté après la Révolution de 1789.
Rebelle et lion font rébellion
Mais le boss de LR n’est évidemment pas le seul à être envoûté par la personne mélenchonienne. Sébastien Lecornu voit lui aussi l’insoumis partout, notamment dans la mobilisation lycéenne. Le Premier ministre a même envisagé de porter plainte contre le candidat à la présidentielle pour «incitation à la rébellion», écrit le Canard enchaîné ce mercredi. En cause, les propos de Mélenchon place de la République fin septembre, appelant les parents et militants insoumis à se mobiliser et protéger les lycéens «face à la sauvagerie policière». Le gouvernement s’est finalement ravisé et a opté pour une moins controversée plainte en diffamation.
Prochaine récolte
Le Premier ministre devra sans doute faire preuve d’un peu plus d’imagination car face aux autres crises, la carte «c’est la faute à LFI» risque de ne pas suffire. L’occupant de Matignon le sait mieux que quiconque. Lui craint particulièrement la mobilisation des agriculteurs. «Vous allez voir le bordel dans la rue, a-t-il dit devant des journalistes, rapporte encore le Canard. Ça va commencer en novembre. 20 000 à 30 000 exploitations s’interrogent sur leur avenir. Pour l’instant, je n’ai aucune pression politique, pas même une question d’actualité. Je suis en avance d’une phase. Mais, vous verrez, le maintien de l’ordre, ce sera dur.» Alors qu’avec les autres mouvements contestataires, ça va, c’est simple.
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Bruno Retailleau, à Montpellier le 30 septembre. (David Richard/Libération)

