C'est désormais avéré. Les djihadistes du groupe Etat islamique ont utilisé du gaz moutarde l'été dernier en Irak lors de combats contre les forces kurdes, a déclaré lundi un diplomate en citant les conclusions d'une enquête menée par l'OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques).
En octobre dernier, les autorités du Kurdistan autonome irakien avaient accusé l'EI d'avoir tiré en août des obus de mortier contenant du gaz moutarde sur des positions de combattants kurdes. La trentaine de peshmergas exposés à ces tirs au sud-ouest d'Erbil avaient subi des analyses de sang. Une source au sein de l'OIAC a confirmé que les tests en laboratoire s'étaient révélés positifs au gaz moutarde, après que les combattants kurdes furent tombés malades sur le champ de bataille en août dernier.L'OIAC n'identifiera pas les utilisateurs de l'agent chimique. «Le rôle de l'OIAC n'est pas d'établir les responsabilités, c'est une organisation technique et pas politique», rapelle un diplomate.
Une arme chimique assez facile à synthétiser
Comment les djihadistes se sont procuré le gaz? Trois options sont sur la table. La première: ils ont récupéré des stocks irakiens. «Peu probable», selon une source proche de l'OIAC, car l'intégralité des stocks a été détruite par les experts au début des années 1990. Deuxième option: une saisie de stocks en Syrie.
Ces derniers sont censés avoir été détruits en 2013 après l'entrée de la Syrie dans l'OIAC, mais il pourrait exister des «sites non-déclarés», dont auraient pu s'emparer les djihadistes. Troisième hypthèse: les djihadistes ont pu fabriquer eux-même l'agent chimique. Dimanche dernier, le directeur de la CIA John Brennan a lui annoncé sur la chaine CBS qu'il croyait en cette hypothèse: «La CIA pense que l'EI a la capacité de fabriquer des petites quantités de chlorine et de gaz moutarde», a-t-il déclaré. «Tout à fait crédible» pour le spécialiste des armes chimiques Olivier Lepick.
«Le gaz moutarde est assez facile à synthétiser, contrairement au sarin, et peut être fabriqué sans expertise technique extrêmement pointue», explique l'expert. Cet agent toxique s'attaque aux voies respiratoires, et à l'ensemble des muqueuses, provoquant des brûlures de peau, voire des nécroses de la chair. A forte de dose dans les poumons, il est bien entendu mortel.
»


