Dimanche 22 mai, plus de 6 millions d'électeurs vont élire celui qui succédera au président social-démocrate Heinz Fischer, arrivé au terme de ses deux mandats. La pression monte après un premier tour riche en surprises : les partis traditionnels ont été balayés et Norbert Hofer, le candidat du parti d'extrême droite, a viré en tête. Si vous n'avez rien suivi à ce scrutin, surveillé de près à Bruxelles comme par tous les pays membres de l'Union européenne, pas de panique : on vous résume tout.
Qui les Autrichiens vont-ils départager dimanche ?
Les électeurs auront le choix entre le populiste Norbert Hofer, 45 ans, et l'écologiste Alexander Van der Bellen, 72 ans. Les deux hommes ont créé la surprise en remportant le premier tour de la présidentielle, organisé le 24 avril. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le futur président autrichien ne sera ni conservateur, ni social-démocrate.
Norbert Hofer est sorti grand gagnant de cette première étape. Le candidat du Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite) a recueilli 35% des suffrages, soit le meilleur score du parti à une élection nationale. La carte ci-dessous, qui montre le parti arrivé en tête dans chaque canton, illustre l'ampleur de la vague bleue, la couleur du FPÖ :
Cet ingénieur, peu connu du public, est arrivé en tête dans huit des neuf Länder autrichiens - seul celui de Vienne lui a résisté. Il a devancé Alexander Van der Bellen, ex-patron des Verts (Die Grünen) et prof d'économie à la retraite, qui cumule 21,3% des voix.
Les partis traditionnels, eux, ont pris une sévère déculottée. Jamais le Parti social-démocrate (SPÖ) et le Parti populaire (ÖVP, chrétiens conservateurs) n'avaient été éliminés dès le premier tour. Rudolf Hundstorfer (SPÖ) et Andreas Khol (ÖVP) n'ont obtenu qu'un peu plus de 11% des voix chacun. Leurs partis, associés au sein d'une grande coalition depuis 2008, attiraient d'ordinaire huit électeurs sur dix lors de la présidentielle, souligne Le Monde.
D'habitude, ces compétences ne sont guère utilisées ; or, cela pourrait changer en cas d'accession au pouvoir du candidat d'extrême droite, Norbert Hofer. Pendant la campagne, il a menacé de dissoudre le Parlement si le gouvernement ne suivait pas sa ligne, notamment sur la question des migrants. L'Express précise qu'il souhaite aussi participer aux sommets européens, un rôle d'ordinaire dévolu au chancelier.
Comment expliquer le succès de Norbert Hofer ?
Plusieurs facteurs sont à l'origine de ce raz-de-marée en faveur du candidat d'extrême droite.
La crise des migrants :
Située sur la route des Balkans, l'Autriche constitue la dernière étape avant l'Allemagne pour des milliers de réfugiés. En 2015, le pays a enregistré 90 000 demandes d'asile, ce qui en fait l'une des premières terres d'accueil de l'Union européenne. Ces arrivées ont suscité le rejet d'une partie de l'électorat. La fermeture des frontières, fin 2015, n'a pas réussi à convaincre les Autrichiens. Le sujet a polarisé toute la campagne et Norbert Hofer a surfé dessus, alimentant la peur de ses concitoyens.
Le ralentissement économique:
A la crise des migrants s'ajoute aussi une crise économique dans ce pays prospère. Les indicateurs révèlent un ralentissement, assure La Tribune. En avril, le chômage a atteint 9,1%, son niveau le plus haut. Dans le même temps, la croissance s'est ralentie, le déficit s'est creusé et le moral des ménages est l'un des plus bas de la zone euro.
L'usure vis-Ã -vis de la classe politique:
Le pays traverse une grave crise politique. Pour le politologue Jean-Yves Camus, interviewé par Libération, les électeurs ont exprimé leur colère "envers un système politique bloqué" par les sociaux-démocrates et les conservateurs. "Après huit ans de coalition, les gens en ont marre", résume Gustav Gressel, chercheur au Conseil européen des relations internationales, interrogé par La Tribune de Genève.
Son profil l'a-t-il aidé ?
Oui. En s'opposant à l'Europe sur la question des migrants ou en voulant redonner la parole au peuple via des référendums, le discret vice-président du Parlement a réussi à rassembler. Tout au long de la campagne, il a pris soin d'afficher un visage affable, en évitant tout dérapage. L'homme "maîtrise son discours et (...) n'appartient pas à l'aile radicale" du parti, souligne Jean-Yves Camus.
Les électeurs ont aussi vu en lui un renouveau. Parmi les six candidats en lice, Norbert Hofer était le seul à afficher moins de 50 ans. Un sondage Public Opinion Strategies le confirme : 30% de ses électeurs disent avoir voté pour lui parce qu'il est "jeune et dynamique". Son profil lisse, loin de la surenchère xénophobe, a séduit.
Voici Norbert Hofer :


