Je ne vais pas bousculer les analyses sur la relation entre les crimes effroyables de Napoléon 1er et la guerre contre révolutionnaire en Espagne , où Hitler, Mussolini les banquiers de la City ont soutenu Franco, alors que Blum laissait tomber le camp "républicain (pour les mêmes raisons, au fond).
Ce n'est pas le sujet.
Je viens de regarder les cérémonies de commémoration.
Finalement, Black M n'aurait pas été pire.
Pour faire court (sur ce sujet, je serais intarissable)
Que célèbre-t-on?
La réconciliation, la promesse de ne jamais recommencer, la reconnaissance du massacre barbare de générations presque entières de jeunes gens?
Rien de tout cela.
Sinon aucun hymne national n'aurait du être joué: ils l'ont été.
Pas un militaire en tenue n'aurait du être présent et défiler martialement: ils l'ont fait.
Curieusement, pas de troupes allemandes.
C'est au son des mêmes hymnes, qui exaltent et arrêtent la pensée que les soldats sont partis, sous la menace des conseils de guerre.
Certains étaient nationalistes, c'est vrai et beaucoup sont morts pour repousser l'étranger hors du territoire national ou pour "reprendre" l'Alsace et la Lorraine.
Mais alors c'est une VICTOIRE qu'il fallait célébrer ( à Verdun, les Allemands ne sont pas passés).
Il y a donc là une grande ambiguïté.
Normal: tout ça est organisé par les héritiers politiques de ceux qui ont organisé la boucherie et qui louvoient entre les intérêts à (continuer de) défendre et les susceptibilités à ménager, quitte à OUBLIER les responsabilités historiques.
Des deux côtés, personne n'aurait accepté les résultats d'un référendum pour l'autodétermination de l'Alsace et la Lorraine...
Ensuite la pitoyable et décérébrante mise en scène de Volker Schlondorff.
Des jeunes "déferlent" des bois environnant miment un affrontement (sans arme) AU MILIEU DU CIMETIERE face à l'Ossuaire de Douaumont,
parmi les croix.
Un cimetière est-il un terrain de jeu?
Ont-ils compris ce qu'ils faisaient? J'en doute fort.
Au bout de quelques secondes arrive une allégorie de la mort (certes coiffée d'un haut de forme, mais il manquait le cigare) en échasse. Elle tend son doigt et les jeunes s'écroulent par dizaines mimant la mort (je rappelle que nous sommes dans un cimetière). Le tout accompagné de martiaux tambours du Bronx.
Arrive ou reste debout (je ne sais plus) un petit groupe dont on ne sait s'il représente les survivants ou la génération actuelle qui se met à crier je crois "Nous sommes là, Wir sind da" et....tout le monde se relève.
Sauf les vrais morts.
J'avais envie de vomir.
Obscénité, indécence, récupération.
Oubliés les pacifistes, l'appel de la SFIO pour la grève générale internationale, l'assassinat de Jaurès.
La mort avait un visage anonyme.
Elle n'avait pas celui de tous les politiciens, des banquiers, des industriels et des autocrates qui ont voulu la guerre.
Puis celui des généraux ambitieux, cruels et incompétents qui ont envoyé à la mort certaine des centaines de milliers de soldats dans des combats inutiles sans objectifs stratégiques.
Pas un mot sur les fraternisés de Noël 1914, ni sur les mutinés de 1917.
Ni sur cette lettre miraculeuse d'Anatole France:
Cher citoyen Cachin,
Je vous prie de signaler à vos lecteurs le récent livre de Michel Corday, les Hauts Fourneaux[1], qu'il importe de connaître. On y trouvera sur les origines de la conduite de la guerre des idées que vous partagerez et qu'on connaît encore trop mal en France ; on y verra notamment (ce dont nous avions déjà tous deux quelque soupçon) que la guerre mondiale fut essentiellement l’œuvre des hommes d'argent, que ce sont les hauts industriels des différents États de l'Europe qui, tout d'abord, la voulurent, la rendirent nécessaire, la firent, la prolongèrent. Ils en firent leur état, mirent en jeu leur fortune, en tirèrent d'immenses bénéfices et s'y livrèrent avec tant d'ardeur, qu'ils ruinèrent l'Europe, se ruinèrent eux-même et disloquèrent le monde.
Écoutez Corday, sur le sujet qu'il traite avec toute la force de sa conviction et toute la puissance de son talent. " Ces hommes-là, ils ressemblent à leurs hauts fourneaux, à ces tours féodales dressées face à face le long des frontières, et dont il faut sans cesse, le jour, la nuit, emplir les entrailles dévorantes de minerai, de charbon, afin que ruisselle au bas la coulée du métal. Eux aussi, leur insatiable appétit exige qu'on jette au feu, sans relâche, dans la paix, dans la guerre, et toutes les richesses du sol, et tous les fruits du travail, et les hommes, oui, les hommes mêmes, par troupeaux, par armées, tous précipités pêle-mêle dans la fournaise béante, afin que s'amasse à leurs pieds les lingots, encore plus de lingots, toujours plus de lingots...Oui, voilà bien leur emblème, leurs armes parlantes, à leur image. Ce sont eux les vrais hauts fourneaux.
Ainsi, ceux qui moururent dans cette guerre ne surent pas pourquoi ils mourraient. Il en est de même dans toutes les guerres. Mais non pas au même degré. Ceux qui tombèrent à Jemmapes ne se trompaient pas à ce point sur la cause à laquelle ils se dévouaient.
Cette fois, l'ignorance des victimes est tragique.On croit mourir pour la patrie; on meurt pour des industriels.
Ces maîtres de l'heure possédaient les trois choses nécessaires aux grandes entreprises modernes: des usines, des banques, des journaux.
Michel Corday nous montre comment ils usèrent de ces trois machines à broyer le monde. Il me donna, notamment, l'explication d'un phénomène qui m'avait surpris non par lui-même, mais par son excessive intensité, et dont l'histoire ne m'avait pas fourni un semblable exemple: c'est comment la haine d'un peuple, de tout un peuple, s'étendit en France avec une violence inouïe et hors de toute proportion avec les haines soulevées dans ce même pays par les guerre de la Révolution et de l'Empire.
Je ne parle pas des guerres de l'ancien régime qui ne faisaient pas haïr aux Français les peuples ennemis. Ce fut cette fois, chez nous, une haine qui ne s’éteignit pas avec la paix, nous fit oublier nos propres intérêts et perdre tout sens des réalités, sans même que nous sentions cette passion qui nous possédait, sinon parfois pour la trouver trop faible.
Michel Corday montre très bien que cette haine a été forgée par les grands journaux, qui restent coupables, encore à cette heure, d'un état d'esprit qui conduit la France, avec l'Europe entière, à sa ruine totale."L'esprit de vengeance et de haine, dit Michel Corday, est entretenu par les journaux. Et cette orthodoxie farouche ne tolère pas la dissidence ni même la tiédeur. Hors d'elle, innocente en a souffert mort et passion.
Haïr un peuple, mais c'est haïr les contraires, le bien et le mal, la beauté et la laideur.
Quelle étrange manie!
Je ne sais pas trop si nous commençons à en guérir. Je l'espère. Il le faut.
Le livre de Michel Corday vient à temps pour nous inspirer des idées salutaires.
Puisse-t-il être entendu! L'Europe n'est pas faite d’États isolés, indépendants les uns des autres. Elle forme un tout harmonieux. En détruire une partie, c'est offenser les autres.
Notre salut c'est d'être bons Européens.
Hors de là, toute est ruine et misère.
Salut et Fraternité
Anatole FRANCE
Rien à voir bien sûr avec l'Europe du fric d'aujourd'hui.
Colonisation: tête de pont de la barbarie dans une civilisation d'où, à n'importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation. Aimé Césaire "Discours sur le colonialisme"