Les premières comparutions immédiates, après les affrontements de la manifestation de mardi à Paris, ont eu lieu hier.
Une jeune fille qui semble à peine majeure, un étudiant en philo à Poitiers, un Parisien qui se destine à des études de droit, un employé communal stéphanois... Mais pas de membre de la mouvance anarcho-libertaire et encore moins de militant des black blocks. Les premières personnes qui ont été jugées hier en comparution immédiate à Paris, quarante-huit heures après leurs interpellations lors des violents affrontements en marge de la manifestation contre la loi Travail, n'ont pas le profil type de « casseurs ».
Tous les prévenus ont, pourtant, été interpellés en divers endroits de la manifestation (sauf devant l'hôpital Necker) pour violences volontaires sur les forces de l'ordre. Des jets de projectiles que tous contesteront les uns après les autres, à la barre.
Dans la salle d'audience réquisitionnée pour l'occasion, ils sont une poignée sur le banc pour une première « salve » de comparutions. La jeune fille qui plaide l'erreur sur la personne est relaxée. Loïc, un père de famille trentenaire venu du Havre pour la manifestation et qui porte encore un tee-shirt déchiré durant les bousculades, a été interpellé en « état d'ivresse ». Il demande le renvoi de son procès pour mieux préparer sa défense. Demande acceptée. C'est au tour de Quentin, un Poitevin étudiant en philosophie qui « manifestait pour la première fois à Paris » et qui a été arrêté au milieu d'un groupe d'une cinquantaine de manifestants pour jet de bitume en direction des policiers. Le jeune homme conteste. Mais l'équipement qu'il portait mardi (lunettes de plongée, masque à gaz, gants, protège-tibia...) ne plaide pas en sa faveur. « J'ai vu des images des précédentes manifs. C'était pour me protéger », tente l'étudiant, sans convaincre. « Si vous estimez que les manifestations sont dangereuses, ne venez pas ! » lui renvoie le procureur avant de demander... et d'obtenir une peine de six mois de prison avec sursis.
« Le proc a eu des consignes de fermeté », murmure dans la salle un des militants CGT venus soutenir Cédric, qui est jugé dans la foulée. Ce quadragénaire, employé communal à Saint-Etienne, adjoint au maire dans une commune voisine et délégué CGT, a été placé en garde à vue pour un tir tendu de fumigène. Le militant s'est rebellé lors de son interpellation. « Mais il faut replacer ce geste dans le contexte d'extrême tension. Les faits, en eux-mêmes, ne sont pas démontrés. Ils se sont produits juste à côté de l'endroit où un manifestant a été grièvement blessé par une grenade. Il y a eu des tas de vidéo de la scène. Nous en produirons qui montreront que ce manifestant n'a rien fait », indique son avocate avant de demander le renvoi du procès. Il se tiendra le 27 juillet. D'ici là, le militant sera placé sous contrôle judiciaire... mais pas en détention.
Les polémiques sur les chiffres opposent régulièrement policiers et organisateurs des manifs. Après les violents débordements de mardi, il en apparaît une divisant le même camp. Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, a évoqué les blessures de 28 membres des forces de l'ordre, quand le syndicat Unité-SGP police FO parle de plus de 100 et Alliance de près de 200. « Où étaient nos collègues blessés ? Etaient-ils, pour le préfet, en train de cueillir des pâquerettes ? » s'emporte Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint d'Alliance. Ces chiffres ne sont pas forcément antagonistes : Michel Cadot a expliqué qu'il comptabilisait les fonctionnaires conduits à l'hôpital. Une méthode contestée par les syndicats, pour qui il faut aussi prendre en compte les contusionnés.
Le Parisien