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par icone » 21 juillet 2017 21:10
Je préférais quand la Grande était muette
Depuis quelques jours, les mots sifflent comme des balles : crise majeure, malaise, gâchis, faute grave...Rappel des faits : la plus haute autorité du pays qui tient sa légitimité du suffrage universel décide une suppression budgétaire de 850 millions. Un fonctionnaire manifeste publiquement son désaccord. Manquement au droit de réserve et au devoir de loyauté, conséquence le fonctionnaire démissionne. Qu'y a-t-il de plus normal considérant le poste dudit fonctionnaire et le retentissement médiatique de l'affaire ! Le militaire en question a fait preuve de divers manquements qui dans le quotidien de la fonction publique engendrent inévitablement des sanctions disciplinaires. Je passerai ici sous silence le langage fleuri utilisé par l'intéressé pour manifester son opposition à ce plan budgétaire, propos qui n'ont fait qu'aggraver sa situation. Rompez !
Et pourtant le landerneau politique et militaire s'offusque.
Le premier se saisit de l'affaire pour tenter de mettre en difficulté son adversaire politique ; rien de plus normal, c'est le jeu politicien. En s'exprimant le général De Villiers a lui-même acté sa fin. Je rappellerai ici l'adage socialiste qui ne peut que s'appliquer à un militaire de haut rang : « un Ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Par la passé, des généraux (Lagarde, Delaunay, Lacoste, Salvan, Cuche) ont appliqué strictement avant l'heure ce principe chevènementiste. Rompez !
Le second fait montre d'un corporatisme des plus normal toutefois avec des arguments fallacieux. Ainsi le général Bentégeat, ancien CEMA de J. Chirac déclarait : « on ne peut pas remettre en cause publiquement un chef militaire comme cela devant ses subordonnés ». Effectivement, il a tout à fait raison. L'article 15 de la constitution dispose que « le Président de la République est le chef des armées » et qu'à ce titre le général De Villiers a publiquement remis en cause son chef devant la France. Quelle aurait été la position d'un cacique de l'armée sur la manifestation outrancière d'un désaccord exprimé publiquement par tel capitaine ou tel colonel quant à la politique arrêtée ? Une sanction, un recadrage. Rompez !
Des réactions, encore des réactions. Que penser des écrits du général Desportes, ancien directeur de l'école de guerre, qui utilisent les mots « d'autoritarisme juvénile » pour qualifier la réaction du Président de la République ? Quoi ! Certains auraient quelques difficultés à reconnaître l'autorité du chef des armées et particulièrement en raison de son âge. Attention, il n'y a qu'un pas pour que certains regrettent d'avoir une femme comme Ministre. Décidément, l'armée est une bien vieille institution.
Néanmoins, je comprends la position des uns et des autres quant aux difficultés que pourraient créer cette baisse de budget, c'est la raison pour laquelle je me propose d'énumérer quelques pistes qui peuvent être source de marges financières pour le Ministère des Armées.
Tout d'abord, mettre fin à la pratique qui consiste à utiliser un Alphajet pour son usage personnel. Utiliser le train est beaucoup moins onéreux. Cette solution permettrait de faire entrer dans les caisses de l'opérateur ferroviaire des recettes supplémentaires même si ces dernières ne seraient pas conséquentes du fait des réductions avantageuses dont bénéficient les militaires auprès de la Sncf.
Sortir du placard les hiérarques qui, pour une raison ou une autre (la passion pour l'Alphajet en est une, n'est-ce pas général Reboul ?) ne sont pas en mesure de donner la plénitude de leurs compétences au service du Ministère, permettrait de disposer d'hommes et de femmes supplémentaires dont l'armée a cruellement besoin. L'objectif de disposer de forces supplémentaires pourrait être également atteint en ne confiant pas à des militaires affectés dans des casernes, des écoles, au sein du Ministère des tâches administratives. Quelles raisons justifient qu'un capitaine ait en charge un pôle budgétaire, qu'un sergent s'occupe du paiement des soldes alors que des personnels administratifs, moins rémunérés soit dit en passant, pourraient tout à fait s'en acquitter totalement. Un redéploiement de ces militaires administratifs pourrait s'avérer salvateur pour notre armée.
Et que dire des émoluments que perçoivent les militaires et qui ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu tels l'indemnité de sujétions pour service à l'étranger, son supplément ou encore l'indemnité pour charges militaires. Au titre de cette dernière, un général non logés gratuitement touche 5294,14€ par an tandis qu'un non officier non logé perçoit 1877,50€. Que de recettes fiscales qui échappent à l'Etat.
Ces quelques pistes ne permettraient pas d'économiser 850 millions d'euros mais constitueraient un bon début. A celles-ci pourraient s'ajouter la fin de la gratuité des repas (hors opérations extérieures) dont bénéficient de nombreux militaires, repas dont le coût de revient est particulièrement élevé (rapport cour des comptes 2015) comparativement à celui issu d'une externalisation auprès de prestataires privés.
J'entends déjà maugréer d'ici les militaires qui considèrent le bien fondé de ces différents dispositifs et avantages arguant qu'eux défendent la France. Mais le Ministère de l'éducation nationale, de la culture et bien d'autres ne défendent-ils pas la France en luttant contre l'obscurantisme et le repli sur soi, en éveillant les esprits, en armant les consciences, en donnant à chacun les moyens d'être libre, sans pour autant bénéficier de tels avantages. Si le statut militaire n'était pas si généreux, à juste titre sans doute, et si chaque militaire occupait un emploi de militaire alors peut-être serait-il possible de dégager des budgets qui seraient consacrés à la formation, aux recrutements, aux investissements.
Messieurs et Mesdames du Ministère des armées votre fonction est noble et vous pouvez en être fiers. Vous êtes les défenseurs des valeurs véhiculées par la France et l'Europe. Ne vous perdez pas dans des polémiques qui ne vous grandiraient pas.