Abolition de la PEINE DE MORT
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Le 9 octobre 1981, la loi sur l'abolition de la peine de mort était votée. De l'affaire Christian Ranucci («Le Pull-Over rouge») guillotiné à Marseille en 1976, à celle de Patrick Henry, épargné en 1977, la guillotine planait de son ombre glaçante sur tous les grands procès de l'époque.
Toulouse, mars 1980. Robert Badinter s'avance dans le prétoire. Il est là pour défendre Norbert Garceau, condamné à mort par le tribunal d'Albi en 1979 qui s'est pourvu en cassation. Robert Badinter est là, frêle silhouette, le regard perçant et l'air décidé. Drapé dans sa robe noire, il incarne un mouvement qui a pris de l'ampleur en France et qui se dresse face à l'ombre de la guillotine. Une ombre qui plane toujours sur les prétoires. Une ombre tranchante et sans pitié, terriblement menaçante et forcément mortelle lorsque la peine maximale est prononcée. La France tue des hommes au nom de sa justice et Robert Badinter n'en veut plus. Avec à ses côtés l'avocat toulousain Georges Catala (lire page 3), il va plaider dans une ambiance électrique. Lui, le ténor parisien, l'engagé à gauche qui milite pour l'abolition de la peine de mort se doute que, comme toujours, la partie sera difficile. Garceau a tué et l'avocat général requiert la mort. Badinter sauve la tête de Garceau en racontant aux jurés ce qu'est l'horreur d'une exécution. Une plaidoirie qui est un des piliers du discours qu'il fera un an plus tard à l'Assemblée nationale (lire ci-dessous).
Dans une France giscardienne, les affaires se succèdent et sont toujours passionnées. L'affaire Christian Ranucci, premier condamné à mort guillotiné sous le septennat Giscard en 1976. Gilles Perrault, dans son livre «Le Pull-over rouge» lancera, deux ans après la mort de Ranucci, une piste d'erreur judiciaire. Fournissant ainsi des arguments à ceux qui plaident pour l'abolition. Un an après Ranucci, Hamida Djandoubi est guillotiné dans la cour de la prison des Baumettes à Marseille. Il est aujourd'hui le dernier condamné à mort exécuté en France, mais on ne le sait pas encore. Parce que la peine est toujours prononcée, sentence qui tombe alors dans un silence de mort, figeant dans une glace macabre, l'accusé et ses défenseurs, mais aussi, souvent, toute la salle d'audience. Le dernier recours reste la grâce présidentielle. Et l'abolition, cheval de bataille de Robert Badinter.
Mitterrand en 1981
C'est l'élection de François Mitterrand président de la République qui va faire sortir la justice de long tunnel, 200 ans après la première démarche abolitionniste. Le 23 juin 1981, Robert Badinter est nommé garde des Sceaux. Et porte la réforme jusqu'au 9 octobre 1981 avec la loi sur l'abolition de la peine de mort. La cause n'était pas des plus populaires mais le ne tremblera pas.
L'ancien garde des Sceaux a remis mercredi à la bibliothèque du Sénat un exemplaire, corrigé de sa main, du discours qu'il a prononcé devant la Haute Assemblée il y a 35 ans exactement. Il a rappelé qu'au cours de l'année 80-81, la peine de mort avait été prononcée huit fois en France, «ce qui montre à quel point elle était enracinée» et que la cause de l'abolition n'était pas des plus populaire.
Et au Sénat comme à l'Assemblée nationale, des voix de droite sont venues soutenir ce projet et s'ajouter à celles de la gauche unie pour ce que les juristes aujourd'hui soulignent être une avancée majeure.
http://www.ladepeche.fr/article/2016/10 ... rance.html
Toulouse, mars 1980. Robert Badinter s'avance dans le prétoire. Il est là pour défendre Norbert Garceau, condamné à mort par le tribunal d'Albi en 1979 qui s'est pourvu en cassation. Robert Badinter est là, frêle silhouette, le regard perçant et l'air décidé. Drapé dans sa robe noire, il incarne un mouvement qui a pris de l'ampleur en France et qui se dresse face à l'ombre de la guillotine. Une ombre qui plane toujours sur les prétoires. Une ombre tranchante et sans pitié, terriblement menaçante et forcément mortelle lorsque la peine maximale est prononcée. La France tue des hommes au nom de sa justice et Robert Badinter n'en veut plus. Avec à ses côtés l'avocat toulousain Georges Catala (lire page 3), il va plaider dans une ambiance électrique. Lui, le ténor parisien, l'engagé à gauche qui milite pour l'abolition de la peine de mort se doute que, comme toujours, la partie sera difficile. Garceau a tué et l'avocat général requiert la mort. Badinter sauve la tête de Garceau en racontant aux jurés ce qu'est l'horreur d'une exécution. Une plaidoirie qui est un des piliers du discours qu'il fera un an plus tard à l'Assemblée nationale (lire ci-dessous).
Dans une France giscardienne, les affaires se succèdent et sont toujours passionnées. L'affaire Christian Ranucci, premier condamné à mort guillotiné sous le septennat Giscard en 1976. Gilles Perrault, dans son livre «Le Pull-over rouge» lancera, deux ans après la mort de Ranucci, une piste d'erreur judiciaire. Fournissant ainsi des arguments à ceux qui plaident pour l'abolition. Un an après Ranucci, Hamida Djandoubi est guillotiné dans la cour de la prison des Baumettes à Marseille. Il est aujourd'hui le dernier condamné à mort exécuté en France, mais on ne le sait pas encore. Parce que la peine est toujours prononcée, sentence qui tombe alors dans un silence de mort, figeant dans une glace macabre, l'accusé et ses défenseurs, mais aussi, souvent, toute la salle d'audience. Le dernier recours reste la grâce présidentielle. Et l'abolition, cheval de bataille de Robert Badinter.
Mitterrand en 1981
C'est l'élection de François Mitterrand président de la République qui va faire sortir la justice de long tunnel, 200 ans après la première démarche abolitionniste. Le 23 juin 1981, Robert Badinter est nommé garde des Sceaux. Et porte la réforme jusqu'au 9 octobre 1981 avec la loi sur l'abolition de la peine de mort. La cause n'était pas des plus populaires mais le ne tremblera pas.
L'ancien garde des Sceaux a remis mercredi à la bibliothèque du Sénat un exemplaire, corrigé de sa main, du discours qu'il a prononcé devant la Haute Assemblée il y a 35 ans exactement. Il a rappelé qu'au cours de l'année 80-81, la peine de mort avait été prononcée huit fois en France, «ce qui montre à quel point elle était enracinée» et que la cause de l'abolition n'était pas des plus populaire.
Et au Sénat comme à l'Assemblée nationale, des voix de droite sont venues soutenir ce projet et s'ajouter à celles de la gauche unie pour ce que les juristes aujourd'hui soulignent être une avancée majeure.
http://www.ladepeche.fr/article/2016/10 ... rance.html
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"Ceux qui luttent, ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu" (Berthold Brecht).
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"Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis. " André Gide
"Ceux qui luttent, ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu" (Berthold Brecht).
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"Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis. " André Gide
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oldeagle
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Je profite de quoi ? Je profite de rien du tout ! Les syndicats ne sont bons qu'à bloquer le pays et à contester pour conserver leur privilège.Profil-Expiré a écrit :oldeagle a écrit :
Je ne profite d'aucun privilège ne faisant parti d'aucun Syndicat !
Par ailleurs, ne faisant pas non plus partie de la maison Enedis, je ne bénéficie pas de leur privilège (retraite complémentaire).
Mais si tu profites de ce que les travailleurs ont gagné par la lutte avec les syndicats que tu le veuille ou non.
Et pour en revenir à l'abolition de la peine de mort, les syndicats ont toujours été à la pointe de ce combat, car trop d'entre eux ont laissé leur vie en luttant pour des gars comme toi.
Il faut évoluer. Le mone est au XXIème siècle, pas au temps des syndicats dont le compteur idéologique est resté bloqué au XIXèem siècle.
Je ne connais pas de syndicalistes condamné à mort. Par contre, je connais des monarchistes condamné à mort par un tyran comme Robespierre.
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
ROBERT BADINTER : "COMME LA TORTURE HIER, LA PEINE DE MORT EST VOUÉE À DISPARAÎTRE"
Propos recueillis par Nicolas Truong
C'est un document d'histoire, une part oubliée de notre mémoire, un témoignage sobre et saisissant que l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter a confié au Monde. Il s'agit du "procès-verbal" intime de la dernière exécution capitale en France. Le 9 septembre 1977, Hamida Djandoubi, manutentionnaire tunisien coupable du meurtre de sa compagne, Élisabeth Bousquet, est guillotiné à la prison des Baumettes de Marseille. Juste après l'exécution, la doyenne des juges d'instruction de la ville, Monique Mabelly (1924-2012), commise d'office pour y assister, consigne par écrit ce qu'elle a vu et ressenti.
En quel sens le témoignage de Mme Mabelly, juge d'instruction commise d'office pour assister à l'exécution d'Hamida Djandoubi, est-il un document historique de premier plan ?
Ce document a une grande valeur historique, car il a été écrit par une magistrate, témoin de la dernière exécution capitale en France. Son authenticité et sa qualité sont indiscutables. Cette juge, désignée pour assister à l'exécution d'un homme dont elle n'avait pas instruit l'affaire, a voulu conserver le souvenir précis de cette exécution. Elle a rédigé son témoignage comme un procès-verbal, de son arrivée à la prison des Baumettes à Marseille jusqu'à son départ. Elle a écrit sa propre déposition. C'est étonnant et émouvant de voir émerger un tel document, près de quarante ans plus tard. En 1977, la magistrate ne pouvait pas le savoir, mais elle venait d'assister à la dernière exécution capitale en France. Je ne suis pas un amateur de récits de supplices, mais je me suis dit qu'il fallait faire sortir ce document de l'ombre, pour que les jeunes générations mesurent ce qu'il se passait il y a quarante ans dans les prisons françaises.
Quel regard portez-vous sur la teneur de son récit ?
La force de ce document réside dans sa sobriété et sa précision. C'est un témoignage dépouillé qui laisse transparaître des émotions très maîtrisées. Il n'était pas destiné à être lu. La juge laisse filtrer ses sentiments de révolte, sans songer à l'effet qu'elle peut produire sur un lecteur. Après l'exécution, la juge est rentrée chez elle, a bu un café et écrit dans la foulée le récit de ce qu'elle avait vu sans même mentionner son existence à ses proches. Son fils, qui a retrouvé ce texte, me l'a remis en me donnant son accord pour qu'il soit publié.
Pourquoi n'a-t-elle pas refusé d'assister à cette exécution?
Un juge devait être présent à chaque exécution. Celui qui avait suivi l'affaire n'était pas disponible. Comme elle était la doyenne des juges d'instruction de Marseille, elle a été désignée par le président du tribunal pour y assister. Elle aurait sans doute pu refuser, mais, comme elle avait la conscience de ses devoirs, elle ne s'est pas dérobée.
La dernière exécution capitale a eu lieu en 1977, mais de nombreuses condamnations à mort ont été prononcées jusqu'en 1981...
Entre l'exécution d'Hamida Djandoubi et l'abolition de la peine de mort, le 9 octobre 1981, il y a eu de nouvelles condamnations à mort, mais plus aucune exécution. En effet, ces verdicts de mort ont tous été cassés par la chambre criminelle de la Cour de cassation. À l'époque, il n'y avait pas d'appel des arrêts de Cour d'assises. C'était donc le seul moyen de susciter un nouveau procès. J'ai été appelé à défendre ainsi, pendant cette période, cinq accusés qui avaient été condamnés à mort et dont la condamnation avait été cassée. Les cinq fois, la Cour d'assises de renvoi a refusé de prononcer à nouveau la peine de mort.
Jusqu'en 1980, la peine de mort semblait sur le déclin, le courant abolitionniste faisait de plus en plus d'adeptes auprès des magistrats. Pourtant, il y a eu une nouvelle vague de condamnations à mort, juste avant votre arrivée au Ministère de la Justice, en juin 1981. Pourquoi un tel regain ?
À l'automne 1980, tout a basculé pour le pire. Le climat s'est durci et l'opinion publique était saisie de dénonciations incessantes de l'insécurité. La campagne était conduite par Alain Peyrefitte (1925-1999), Ministre de la Justice du président Giscard d'Estaing. Il voulait s'opposer à tout le courant humaniste de l'époque et à la gauche intellectuelle très inspirée par les travaux de Michel Foucault, ceux qu'il appelait "les laxistes". En un an, entre l'automne 1980 et l'été 1981, il y a eu neuf condamnations à mort : une véritable avalanche ! La peine de mort avait repris de la vigueur. À Paris, on a condamné Philippe Maurice, accusé de meurtre, alors que cela faisait dix-sept ans qu'aucune peine capitale n'y avait été prononcée. La Cour de cassation avait rejeté le pourvoi. Il ne restait plus que le recours en grâce. Nous avions demandé qu'une trêve des exécutions soit marquée pendant la campagne présidentielle, trêve que le président Giscard d'Estaing a d'ailleurs observée. Mais, après l'élection de François Mitterrand, il y a eu encore trois nouvelles condamnations à mort jusqu'en juin 1981. Les jurés étaient en faveur de la peine capitale, mais ils savaient que Mitterrand gracierait les condamnés, d'où cet emballement. Ainsi la peine de mort était devenue l'un des grands sujets de la bataille électorale de 1981. François Mitterrand a eu le courage de dire qu'il était abolitionniste. Le président Giscard d'Estaing déclarait qu'il fallait attendre que le sentiment d'insécurité s'apaise. Autant dire qu'on aurait encore la peine de mort aujourd'hui...
À cette époque, l'opinion publique n'était pas du tout favorable à l'abolition...
Le jour du débat sur l'abolition à l'Assemblée nationale, Le Figaro avait fait un sondage : 62 % des personnes interrogées se déclaraient en faveur de la peine de mort, 33 % contre. Pour les crimes "atroces", les opinions favorables atteignaient 73 %. Je savais qu'il fallait attendre une nouvelle génération pour que les esprits changent et que les Français mesurent qu'ils pouvaient vivre sans la guillotine, qui s'est révélée, comme dans tous les États abolitionnistes, inutile dans la lutte contre la criminalité. Il a fallu attendre vingt ans pour que soit commémorée l'abolition, et qu'elle soit considérée comme un honneur pour la gauche. Pour moi, c'est un grand privilège d'avoir servi cette cause en France et de l'avoir vue triompher de mon vivant.
Vous êtes aujourd'hui devenu une grande figure de l'abolitionnisme, non seulement en France, mais également à l'étranger. À quel moment la lutte contre la peine de mort est-elle devenue votre combat ?
L'affaire Buffet-Bontems de 1972 a été pour moi décisive. Jusque-là, j'étais un partisan de l'abolition. Après l'exécution de Bontems, je suis devenu un militant de l'abolition. J'avais défendu Bontems avec Philippe Lemaire dans la terrible affaire des otages de Clairvaux. J'avais prouvé devant la Cour d'assises de Troyes que, compte tenu de l'arme utilisée, Bontems ne pouvait pas avoir tué les otages. C'était donc Buffet. La Cour d'assises l'a reconnu dans son verdict. Mais Bontems a pourtant été condamné à mort en tant que complice de Buffet. J'avais toujours pensé que le président Pompidou marquerait son humanité en épargnant la vie de Bontems et sa fermeté en faisant exécuter Buffet, récidiviste d'assassinats et qui voulait être exécuté. Bontems n'avait jamais versé le sang, mais on l'a malgré tout guillotiné. En quittant la prison de la Santé, je me suis dit que je n'accepterais jamais cette justice qui tuait. J'ai décidé que je défendrais désormais tous ceux qui encourraient la peine de mort quoi qu'ils aient fait. Et j'ai tenu parole.
Vous n'avez jamais été tenté d'abandonner face à une opinion publique largement rétive, mais aussi devant le comportement de certains meurtriers récidivistes ?
Après l'affaire Norbert Garceau, au printemps 1980, j'ai dit à Élisabeth : "C'est simple, soit Mitterrand sera élu et la peine de mort abolie, soit Giscard d'Estaing gagnera et je claquerai du cœur à l'audience..." Garceau était un vétéran d'Indochine, condamné à vingt ans de prison pour le meurtre d'une femme qu'il courtisait et qu'il avait tenté de violer. Après avoir purgé sa peine, il avait été libéré. Puis il avait récidivé : même scénario, même crime. Garceau avait été condamné à mort par la Cour d'assises d'Albi. Le verdict avait été cassé. Garceau allait être rejugé à Toulouse. Il m'avait demandé de le défendre aux côtés de ses avocats. Une cause indéfendable, disaient mes collaborateurs. Je ne vous dis pas dans quel état était le public autour du palais de justice et dans la salle d'audience. C'était terrible, comme à Troyes dans l'affaire Patrick Henry. J'ai cru que je ne parviendrais jamais à convaincre les jurés de le laisser vivre encore. Pourtant, ils l'ont finalement épargné, un miracle. J'étais totalement épuisé.
Quelle était l'atmosphère de ces procès de la France giscardienne ?
L'impossibilité de faire appel de la décision des jurés donnait à ces procès une incroyable intensité dramatique. L'atmosphère dans laquelle était plongée la défense était inimaginable. Pour entrer au palais, les avocats devaient traverser la foule et, croyez-moi, les regards et les propos n'étaient pas tendres... La salle d'audience suintait le désir de mort. Une salle de Cour d'assises en province, c'est souvent petit. Vous plaidez à moins de trois mètres des jurés, des parents de la victime. Vous entendez l'accusé respirer derrière vous, pendant que la partie civile et l'avocat général demandent sa tête. Et que reste-t-il pour le sauver ? Des mots, votre plaidoirie. Il ne fallait jamais lire un texte, surtout ne jamais perdre le regard des jurés. Je savais que la qualité oratoire n'avait aucune importance, il fallait les convaincre que ce que je disais venait du plus profond de moi et que je leur parlais d'être humain à être humain. Il n'y avait plus de place pour l'éloquence. Je savais que, si je n'atteignais pas le cœur des jurés, mon client se retrouverait dans la cellule des condamnés à mort. Suivrait un recours en grâce et si le président le refusait, c'était l'exécution. Dans son témoignage, la magistrate ne se sent aucunement coupable, mais, quand vous êtes avocat et que vous accompagnez celui que vous avez défendu à la guillotine, vous êtes là parce que vous n'avez pas été capable de sauver cet homme qui vous avait confié sa vie. La justice le tue et vous n'avez pas pu l'empêcher. Lors de l'exécution de Buffet, je regardais les visages crispés, nous avions tous des gueules d'assassins.
À quel moment la peine de mort est-elle devenue une question de société débattue dans l'espace public ?
Après l'échec de Briand et de Jaurès en 1907 lors du grand débat sur l'abolition, le problème de la peine de mort s'est véritablement posé dans la France des années 1970. Avant, du temps du général de Gaulle, il n'en était pas question. C'était un ancien officier, passé par l'école de guerre de Saint-Cyr, combattant de la guerre de 1914. De tels hommes n'avaient pas de doutes philosophiques sur la peine de mort. Tout le monde n'est pas Victor Hugo. En matière de droit commun, le général de Gaulle n'était pas particulièrement répressif, mais ce n'était pas non plus un disciple d'Albert Camus !
Les choses ont changé depuis 1981, en France et dans le monde entier. Les pays abolitionnistes sont majoritaires aux Nations unies. Quels sont les pays et les régions du monde qui renâclent le plus à abolir la peine de mort ?
L'histoire n'est pas finie, il reste encore à parvenir à l'abolition universelle. Mais jamais nous n'aurions cru que ça irait si vite, si loin. Aujourd'hui, la peine de mort a disparu du continent européen et de la plus grande partie du continent américain, excepté quelques îles des Caraïbes et des États du sud des États-Unis, notamment le Texas. Le nombre d'exécutions, depuis George W. Bush, a diminué de moitié, et, dans les dernières années, six États, dont New York et l'Illinois, ont aboli la peine de mort. L'abolition totale ne saurait tarder. Les derniers noyaux durs sont en Asie : la Chine, l'Indonésie, le Vietnam, même l'Inde et le Japon qui ont repris les exécutions. Et les États islamistes du Moyen et Proche- Orient : Iran, Irak, Pakistan, Arabie saoudite, et les Émirats du golfe. Quand l'abolition a été votée, la France était le 35e pays abolitionniste. Aujourd'hui, on dénombre une centaine d'États abolitionnistes en droit et près de 50 abolitionnistes de fait. L'abolition est largement majoritaire aux Nations unies alors que c'était l'inverse il y a moins de trente ans. Le mouvement vers l'abolition universelle s'accélère, et il n'y a pas de retour en arrière, sauf cas rarissime.
Le plus significatif n'est-il pas que l'abolition fasse l'objet de conventions internationales, notamment européennes?
Dans le Conseil de l'Europe, les 6e et 13e protocoles à la Convention européenne des droits de l'homme interdisent aux États qui les ont ratifiés de recourir à la peine de mort. La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui a aujourd'hui valeur normative, stipule que "nul ne sera condamné à mort ou exécuté". Le deuxième protocole au Pacte sur les droits civils et politiques des Nations unies interdit également tout recours à la peine de mort. La France a ratifié tous ces traités et depuis 2007, grâce au président Chirac, continuateur du président Mitterrand, l'abolition est inscrite dans la Constitution. Aujourd'hui, la France est parmi les États leaders dans la campagne internationale pour l'abolition universelle.
L'abolition de la peine de mort peut-elle être menacée par la montée du national-populisme, en France et en Europe ?
La peine de mort est morte en France comme dans toutes les démocraties européennes. Le discours lepéniste qui appelle à son rétablissement pousse la démagogie jusqu'au cynisme. Il joue avec les passions. Mais Marine Le Pen, comme son père Jean-Marie, étant avocat, sait qu'il faudrait une révision constitutionnelle pour rétablir la peine de mort. Pour qu'une telle révision soit envisageable, il faudrait que chaque Chambre se prononce en sa faveur. Et à supposer qu'on obtienne ensuite cette révision constitutionnelle par référendum, encore faudrait-il que la France quitte l'Union européenne et dénonce ses engagements internationaux. C'est inimaginable pour une démocratie européenne qui se proclame la patrie des droits de l'homme. Aujourd'hui, vous n'avez pas une juridiction pénale internationale qui pratique la peine de mort, pas une ! Tous les statuts l'ont écartée, y compris le traité de Rome de 1998 qui a créé la Cour pénale internationale pour juger les auteurs de crimes contre l'humanité, de génocides, de gazages. Comme la torture hier, la peine de mort est vouée à disparaître. Et ce sera une victoire pour l'humanité.
Lu sur : le Monde
Propos recueillis par Nicolas Truong
C'est un document d'histoire, une part oubliée de notre mémoire, un témoignage sobre et saisissant que l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter a confié au Monde. Il s'agit du "procès-verbal" intime de la dernière exécution capitale en France. Le 9 septembre 1977, Hamida Djandoubi, manutentionnaire tunisien coupable du meurtre de sa compagne, Élisabeth Bousquet, est guillotiné à la prison des Baumettes de Marseille. Juste après l'exécution, la doyenne des juges d'instruction de la ville, Monique Mabelly (1924-2012), commise d'office pour y assister, consigne par écrit ce qu'elle a vu et ressenti.
En quel sens le témoignage de Mme Mabelly, juge d'instruction commise d'office pour assister à l'exécution d'Hamida Djandoubi, est-il un document historique de premier plan ?
Ce document a une grande valeur historique, car il a été écrit par une magistrate, témoin de la dernière exécution capitale en France. Son authenticité et sa qualité sont indiscutables. Cette juge, désignée pour assister à l'exécution d'un homme dont elle n'avait pas instruit l'affaire, a voulu conserver le souvenir précis de cette exécution. Elle a rédigé son témoignage comme un procès-verbal, de son arrivée à la prison des Baumettes à Marseille jusqu'à son départ. Elle a écrit sa propre déposition. C'est étonnant et émouvant de voir émerger un tel document, près de quarante ans plus tard. En 1977, la magistrate ne pouvait pas le savoir, mais elle venait d'assister à la dernière exécution capitale en France. Je ne suis pas un amateur de récits de supplices, mais je me suis dit qu'il fallait faire sortir ce document de l'ombre, pour que les jeunes générations mesurent ce qu'il se passait il y a quarante ans dans les prisons françaises.
Quel regard portez-vous sur la teneur de son récit ?
La force de ce document réside dans sa sobriété et sa précision. C'est un témoignage dépouillé qui laisse transparaître des émotions très maîtrisées. Il n'était pas destiné à être lu. La juge laisse filtrer ses sentiments de révolte, sans songer à l'effet qu'elle peut produire sur un lecteur. Après l'exécution, la juge est rentrée chez elle, a bu un café et écrit dans la foulée le récit de ce qu'elle avait vu sans même mentionner son existence à ses proches. Son fils, qui a retrouvé ce texte, me l'a remis en me donnant son accord pour qu'il soit publié.
Pourquoi n'a-t-elle pas refusé d'assister à cette exécution?
Un juge devait être présent à chaque exécution. Celui qui avait suivi l'affaire n'était pas disponible. Comme elle était la doyenne des juges d'instruction de Marseille, elle a été désignée par le président du tribunal pour y assister. Elle aurait sans doute pu refuser, mais, comme elle avait la conscience de ses devoirs, elle ne s'est pas dérobée.
La dernière exécution capitale a eu lieu en 1977, mais de nombreuses condamnations à mort ont été prononcées jusqu'en 1981...
Entre l'exécution d'Hamida Djandoubi et l'abolition de la peine de mort, le 9 octobre 1981, il y a eu de nouvelles condamnations à mort, mais plus aucune exécution. En effet, ces verdicts de mort ont tous été cassés par la chambre criminelle de la Cour de cassation. À l'époque, il n'y avait pas d'appel des arrêts de Cour d'assises. C'était donc le seul moyen de susciter un nouveau procès. J'ai été appelé à défendre ainsi, pendant cette période, cinq accusés qui avaient été condamnés à mort et dont la condamnation avait été cassée. Les cinq fois, la Cour d'assises de renvoi a refusé de prononcer à nouveau la peine de mort.
Jusqu'en 1980, la peine de mort semblait sur le déclin, le courant abolitionniste faisait de plus en plus d'adeptes auprès des magistrats. Pourtant, il y a eu une nouvelle vague de condamnations à mort, juste avant votre arrivée au Ministère de la Justice, en juin 1981. Pourquoi un tel regain ?
À l'automne 1980, tout a basculé pour le pire. Le climat s'est durci et l'opinion publique était saisie de dénonciations incessantes de l'insécurité. La campagne était conduite par Alain Peyrefitte (1925-1999), Ministre de la Justice du président Giscard d'Estaing. Il voulait s'opposer à tout le courant humaniste de l'époque et à la gauche intellectuelle très inspirée par les travaux de Michel Foucault, ceux qu'il appelait "les laxistes". En un an, entre l'automne 1980 et l'été 1981, il y a eu neuf condamnations à mort : une véritable avalanche ! La peine de mort avait repris de la vigueur. À Paris, on a condamné Philippe Maurice, accusé de meurtre, alors que cela faisait dix-sept ans qu'aucune peine capitale n'y avait été prononcée. La Cour de cassation avait rejeté le pourvoi. Il ne restait plus que le recours en grâce. Nous avions demandé qu'une trêve des exécutions soit marquée pendant la campagne présidentielle, trêve que le président Giscard d'Estaing a d'ailleurs observée. Mais, après l'élection de François Mitterrand, il y a eu encore trois nouvelles condamnations à mort jusqu'en juin 1981. Les jurés étaient en faveur de la peine capitale, mais ils savaient que Mitterrand gracierait les condamnés, d'où cet emballement. Ainsi la peine de mort était devenue l'un des grands sujets de la bataille électorale de 1981. François Mitterrand a eu le courage de dire qu'il était abolitionniste. Le président Giscard d'Estaing déclarait qu'il fallait attendre que le sentiment d'insécurité s'apaise. Autant dire qu'on aurait encore la peine de mort aujourd'hui...
À cette époque, l'opinion publique n'était pas du tout favorable à l'abolition...
Le jour du débat sur l'abolition à l'Assemblée nationale, Le Figaro avait fait un sondage : 62 % des personnes interrogées se déclaraient en faveur de la peine de mort, 33 % contre. Pour les crimes "atroces", les opinions favorables atteignaient 73 %. Je savais qu'il fallait attendre une nouvelle génération pour que les esprits changent et que les Français mesurent qu'ils pouvaient vivre sans la guillotine, qui s'est révélée, comme dans tous les États abolitionnistes, inutile dans la lutte contre la criminalité. Il a fallu attendre vingt ans pour que soit commémorée l'abolition, et qu'elle soit considérée comme un honneur pour la gauche. Pour moi, c'est un grand privilège d'avoir servi cette cause en France et de l'avoir vue triompher de mon vivant.
Vous êtes aujourd'hui devenu une grande figure de l'abolitionnisme, non seulement en France, mais également à l'étranger. À quel moment la lutte contre la peine de mort est-elle devenue votre combat ?
L'affaire Buffet-Bontems de 1972 a été pour moi décisive. Jusque-là, j'étais un partisan de l'abolition. Après l'exécution de Bontems, je suis devenu un militant de l'abolition. J'avais défendu Bontems avec Philippe Lemaire dans la terrible affaire des otages de Clairvaux. J'avais prouvé devant la Cour d'assises de Troyes que, compte tenu de l'arme utilisée, Bontems ne pouvait pas avoir tué les otages. C'était donc Buffet. La Cour d'assises l'a reconnu dans son verdict. Mais Bontems a pourtant été condamné à mort en tant que complice de Buffet. J'avais toujours pensé que le président Pompidou marquerait son humanité en épargnant la vie de Bontems et sa fermeté en faisant exécuter Buffet, récidiviste d'assassinats et qui voulait être exécuté. Bontems n'avait jamais versé le sang, mais on l'a malgré tout guillotiné. En quittant la prison de la Santé, je me suis dit que je n'accepterais jamais cette justice qui tuait. J'ai décidé que je défendrais désormais tous ceux qui encourraient la peine de mort quoi qu'ils aient fait. Et j'ai tenu parole.
Vous n'avez jamais été tenté d'abandonner face à une opinion publique largement rétive, mais aussi devant le comportement de certains meurtriers récidivistes ?
Après l'affaire Norbert Garceau, au printemps 1980, j'ai dit à Élisabeth : "C'est simple, soit Mitterrand sera élu et la peine de mort abolie, soit Giscard d'Estaing gagnera et je claquerai du cœur à l'audience..." Garceau était un vétéran d'Indochine, condamné à vingt ans de prison pour le meurtre d'une femme qu'il courtisait et qu'il avait tenté de violer. Après avoir purgé sa peine, il avait été libéré. Puis il avait récidivé : même scénario, même crime. Garceau avait été condamné à mort par la Cour d'assises d'Albi. Le verdict avait été cassé. Garceau allait être rejugé à Toulouse. Il m'avait demandé de le défendre aux côtés de ses avocats. Une cause indéfendable, disaient mes collaborateurs. Je ne vous dis pas dans quel état était le public autour du palais de justice et dans la salle d'audience. C'était terrible, comme à Troyes dans l'affaire Patrick Henry. J'ai cru que je ne parviendrais jamais à convaincre les jurés de le laisser vivre encore. Pourtant, ils l'ont finalement épargné, un miracle. J'étais totalement épuisé.
Quelle était l'atmosphère de ces procès de la France giscardienne ?
L'impossibilité de faire appel de la décision des jurés donnait à ces procès une incroyable intensité dramatique. L'atmosphère dans laquelle était plongée la défense était inimaginable. Pour entrer au palais, les avocats devaient traverser la foule et, croyez-moi, les regards et les propos n'étaient pas tendres... La salle d'audience suintait le désir de mort. Une salle de Cour d'assises en province, c'est souvent petit. Vous plaidez à moins de trois mètres des jurés, des parents de la victime. Vous entendez l'accusé respirer derrière vous, pendant que la partie civile et l'avocat général demandent sa tête. Et que reste-t-il pour le sauver ? Des mots, votre plaidoirie. Il ne fallait jamais lire un texte, surtout ne jamais perdre le regard des jurés. Je savais que la qualité oratoire n'avait aucune importance, il fallait les convaincre que ce que je disais venait du plus profond de moi et que je leur parlais d'être humain à être humain. Il n'y avait plus de place pour l'éloquence. Je savais que, si je n'atteignais pas le cœur des jurés, mon client se retrouverait dans la cellule des condamnés à mort. Suivrait un recours en grâce et si le président le refusait, c'était l'exécution. Dans son témoignage, la magistrate ne se sent aucunement coupable, mais, quand vous êtes avocat et que vous accompagnez celui que vous avez défendu à la guillotine, vous êtes là parce que vous n'avez pas été capable de sauver cet homme qui vous avait confié sa vie. La justice le tue et vous n'avez pas pu l'empêcher. Lors de l'exécution de Buffet, je regardais les visages crispés, nous avions tous des gueules d'assassins.
À quel moment la peine de mort est-elle devenue une question de société débattue dans l'espace public ?
Après l'échec de Briand et de Jaurès en 1907 lors du grand débat sur l'abolition, le problème de la peine de mort s'est véritablement posé dans la France des années 1970. Avant, du temps du général de Gaulle, il n'en était pas question. C'était un ancien officier, passé par l'école de guerre de Saint-Cyr, combattant de la guerre de 1914. De tels hommes n'avaient pas de doutes philosophiques sur la peine de mort. Tout le monde n'est pas Victor Hugo. En matière de droit commun, le général de Gaulle n'était pas particulièrement répressif, mais ce n'était pas non plus un disciple d'Albert Camus !
Les choses ont changé depuis 1981, en France et dans le monde entier. Les pays abolitionnistes sont majoritaires aux Nations unies. Quels sont les pays et les régions du monde qui renâclent le plus à abolir la peine de mort ?
L'histoire n'est pas finie, il reste encore à parvenir à l'abolition universelle. Mais jamais nous n'aurions cru que ça irait si vite, si loin. Aujourd'hui, la peine de mort a disparu du continent européen et de la plus grande partie du continent américain, excepté quelques îles des Caraïbes et des États du sud des États-Unis, notamment le Texas. Le nombre d'exécutions, depuis George W. Bush, a diminué de moitié, et, dans les dernières années, six États, dont New York et l'Illinois, ont aboli la peine de mort. L'abolition totale ne saurait tarder. Les derniers noyaux durs sont en Asie : la Chine, l'Indonésie, le Vietnam, même l'Inde et le Japon qui ont repris les exécutions. Et les États islamistes du Moyen et Proche- Orient : Iran, Irak, Pakistan, Arabie saoudite, et les Émirats du golfe. Quand l'abolition a été votée, la France était le 35e pays abolitionniste. Aujourd'hui, on dénombre une centaine d'États abolitionnistes en droit et près de 50 abolitionnistes de fait. L'abolition est largement majoritaire aux Nations unies alors que c'était l'inverse il y a moins de trente ans. Le mouvement vers l'abolition universelle s'accélère, et il n'y a pas de retour en arrière, sauf cas rarissime.
Le plus significatif n'est-il pas que l'abolition fasse l'objet de conventions internationales, notamment européennes?
Dans le Conseil de l'Europe, les 6e et 13e protocoles à la Convention européenne des droits de l'homme interdisent aux États qui les ont ratifiés de recourir à la peine de mort. La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui a aujourd'hui valeur normative, stipule que "nul ne sera condamné à mort ou exécuté". Le deuxième protocole au Pacte sur les droits civils et politiques des Nations unies interdit également tout recours à la peine de mort. La France a ratifié tous ces traités et depuis 2007, grâce au président Chirac, continuateur du président Mitterrand, l'abolition est inscrite dans la Constitution. Aujourd'hui, la France est parmi les États leaders dans la campagne internationale pour l'abolition universelle.
L'abolition de la peine de mort peut-elle être menacée par la montée du national-populisme, en France et en Europe ?
La peine de mort est morte en France comme dans toutes les démocraties européennes. Le discours lepéniste qui appelle à son rétablissement pousse la démagogie jusqu'au cynisme. Il joue avec les passions. Mais Marine Le Pen, comme son père Jean-Marie, étant avocat, sait qu'il faudrait une révision constitutionnelle pour rétablir la peine de mort. Pour qu'une telle révision soit envisageable, il faudrait que chaque Chambre se prononce en sa faveur. Et à supposer qu'on obtienne ensuite cette révision constitutionnelle par référendum, encore faudrait-il que la France quitte l'Union européenne et dénonce ses engagements internationaux. C'est inimaginable pour une démocratie européenne qui se proclame la patrie des droits de l'homme. Aujourd'hui, vous n'avez pas une juridiction pénale internationale qui pratique la peine de mort, pas une ! Tous les statuts l'ont écartée, y compris le traité de Rome de 1998 qui a créé la Cour pénale internationale pour juger les auteurs de crimes contre l'humanité, de génocides, de gazages. Comme la torture hier, la peine de mort est vouée à disparaître. Et ce sera une victoire pour l'humanité.
Lu sur : le Monde
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Récit de l’examen du projet de loi au Sénat par Robert Badinter (Extraits de " L’abolition ")
Le France Le France a... " J’avais refusé de recourir à la procédure d’urgence. Il aurait été paradoxal de l’invoquer, s’agissant d’un débat qui durait depuis deux siècles. Mais, si le Sénat rejetait le texte ou l’amendait, il faudrait recourir à la navette et, faute d’accord entre les deux Assemblées, imposer, en dernière lecture, la volonté de la majorité des députés. Cette éventualité me déplaisait, car elle donnerait à l’abolition le caractère d’une loi votée à l’arraché.
(…) Au sein de la docte Commission des lois du Sénat, les affrontements se succédaient. (…) En bref, à la veille du débat au Sénat, tout n’était que confusion, hormis la conviction générale que le texte serait rejeté. Comment ? Sous quelle forme ? " A quelle sauce la peine de mort sera-t-elle mangée au Sénat " interrogeait Libération.
(…) A la reprise des débats, le mercredi matin, la partie se joua. (…) Chacun savait que si l’amendement d’Edgar Faure [maintien de la peine de mort uniquement pour les crimes les plus odieux] était rejeté, la voie était ouverte à l’abolition. Le moment était décisif. Le groupe socialiste demanda un scrutin public. L’effervescence régnait dans les couloirs et la salle des pas perdus tandis que le scrutin se déroulait à la tribune.
Enfin, le président de séance, Robert Laucournet, donna le résultat : l’amendement était rejeté par 172 voix contre 115. Les applaudissements éclatèrent, y compris dans les travées de droite. L’article premier – La peine de mort est abolie – fut adopté aussitôt par un scrutin public à la majorité de 160 voix contre 126. Les applaudissements reprirent de plus belle. Dès lors, la partie était jouée. Tous les amendements déposés par les adversaires de l’abolition furent retirés. C’est par un simple vote à main levée que la loi fut définitivement adoptée. Il n’y aurait pas de navette, pas de seconde lecture.
Je regardai l’horloge : il était douze heures et cinquante minutes, ce 30 septembre 1981. Le vœu de Victor Hugo – " l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort " - était réalisé. La victoire était complète. "
Robert Badinter
Le France Le France a... " J’avais refusé de recourir à la procédure d’urgence. Il aurait été paradoxal de l’invoquer, s’agissant d’un débat qui durait depuis deux siècles. Mais, si le Sénat rejetait le texte ou l’amendait, il faudrait recourir à la navette et, faute d’accord entre les deux Assemblées, imposer, en dernière lecture, la volonté de la majorité des députés. Cette éventualité me déplaisait, car elle donnerait à l’abolition le caractère d’une loi votée à l’arraché.
(…) Au sein de la docte Commission des lois du Sénat, les affrontements se succédaient. (…) En bref, à la veille du débat au Sénat, tout n’était que confusion, hormis la conviction générale que le texte serait rejeté. Comment ? Sous quelle forme ? " A quelle sauce la peine de mort sera-t-elle mangée au Sénat " interrogeait Libération.
(…) A la reprise des débats, le mercredi matin, la partie se joua. (…) Chacun savait que si l’amendement d’Edgar Faure [maintien de la peine de mort uniquement pour les crimes les plus odieux] était rejeté, la voie était ouverte à l’abolition. Le moment était décisif. Le groupe socialiste demanda un scrutin public. L’effervescence régnait dans les couloirs et la salle des pas perdus tandis que le scrutin se déroulait à la tribune.
Enfin, le président de séance, Robert Laucournet, donna le résultat : l’amendement était rejeté par 172 voix contre 115. Les applaudissements éclatèrent, y compris dans les travées de droite. L’article premier – La peine de mort est abolie – fut adopté aussitôt par un scrutin public à la majorité de 160 voix contre 126. Les applaudissements reprirent de plus belle. Dès lors, la partie était jouée. Tous les amendements déposés par les adversaires de l’abolition furent retirés. C’est par un simple vote à main levée que la loi fut définitivement adoptée. Il n’y aurait pas de navette, pas de seconde lecture.
Je regardai l’horloge : il était douze heures et cinquante minutes, ce 30 septembre 1981. Le vœu de Victor Hugo – " l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort " - était réalisé. La victoire était complète. "
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voileux
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
sI ,si on a ds nouvelles, il prend le même avocat que Fillon .....Sarkosy attendra, suivant médiapart les révélations en Octobrele chimple a écrit :Pas faux car un lascar coute plus cher qu'un petit retraité ...oldeagle a écrit :
Perso, je voterai pour en raison des éléments que j'ai évoqué plus haut. Non seulement guillotiner un assassin, un terroriste, un violeur ou un trafiquant ferait de la place dans les prisons, mais ce serait bon aussi pour le pouvoir d'achat des français qui n'auraient plus à entretenir ces nuisibles.![]()
2500 euros par mois !
60 milles lascars à 2500 euros , ça fait une somme ....*
Mais bon , ils sont pas tous à passer à la guillotine .....
Au fait , vous avez des nouvelles en ce qui concerne l'incarcération de Cahusac ???
sur le financement de sa campagne par Kadhafi va faire mal...
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Extraits d'interview recueillis par Joël Carassio pour "Le Progrès" publié le 18/09/2011
Quel est votre souvenir le plus marquant du combat que vous avez mené contre la peine de mort, comme avocat puis comme ministre de la Justice ?
Mon pire souvenir, c’est cette nuit de novembre 1972, à la prison de la Santé où Philippe Lemaire et moi avons accompagné à la guillotine Roger Bontemps, que nous avions défendu.
La cour d’assises de Troyes avait reconnu qu’il n’avait pas tué l’infirmière et le gardien que Claude Buffet et lui avaient pris en otage à la centrale de Clairvaux. Bontemps n’en avait pas moins été condamné à mort comme complice de Buffet.
J’ai donc vu la Justice mettre à mort, en France, un homme qui n’avait jamais versé le sang.
Cette nuit-là, j’ai décidé que toute ma vie, je combattrai la justice qui tue, en France d’abord et dans le monde.
Le meilleur souvenir… Cet instant où, debout à la tribune de l’Assemblée nationale, j’ai vu l’hémicycle plein, et j’ai mesuré que l’heure de l’abolition était arrivée en France. http://lpdm.pagesperso-orange.fr/C5.html
Quel est votre souvenir le plus marquant du combat que vous avez mené contre la peine de mort, comme avocat puis comme ministre de la Justice ?
Mon pire souvenir, c’est cette nuit de novembre 1972, à la prison de la Santé où Philippe Lemaire et moi avons accompagné à la guillotine Roger Bontemps, que nous avions défendu.
La cour d’assises de Troyes avait reconnu qu’il n’avait pas tué l’infirmière et le gardien que Claude Buffet et lui avaient pris en otage à la centrale de Clairvaux. Bontemps n’en avait pas moins été condamné à mort comme complice de Buffet.
J’ai donc vu la Justice mettre à mort, en France, un homme qui n’avait jamais versé le sang.
Cette nuit-là, j’ai décidé que toute ma vie, je combattrai la justice qui tue, en France d’abord et dans le monde.
Le meilleur souvenir… Cet instant où, debout à la tribune de l’Assemblée nationale, j’ai vu l’hémicycle plein, et j’ai mesuré que l’heure de l’abolition était arrivée en France. http://lpdm.pagesperso-orange.fr/C5.html
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Curieusement il est assez commun de voir qu'une assez grande partie des Croyants est d'accord avec la peine de mort...Perso j'ai toujours trouvé cela paradoxal.....Georges61 a écrit : Les supporters de la droite de Wauquiez, les anciens fans de Sarko et de Fillon, le catho pratiquant (surtout quand il y avait les caméra TV) sont en grande partie pour la peine de mort.
Comment est-ce possible de glorifier "la Vie" et de "supporter" la Mort(peine) dans un second temps?
Aux mains de l'Etat,la force s'appelle Droit....Aux mains de l'individu,elle se nomme le crime....
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Pourtant dieu exhorte le pardon, c'est d’ailleurs le fondement même de la religion catholique..Crapulax a écrit :Curieusement il est assez commun de voir qu'une assez grande partie des Croyants est d'accord avec la peine de mort...Perso j'ai toujours trouvé cela paradoxal.....Georges61 a écrit : Les supporters de la droite de Wauquiez, les anciens fans de Sarko et de Fillon, le catho pratiquant (surtout quand il y avait les caméra TV) sont en grande partie pour la peine de mort.
Comment est-ce possible de glorifier "la Vie" et de "supporter" la Mort(peine) dans un second temps?
Lion a écrit :
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Exactement Lion,il me semble que dans la Bible jésus tend l'autre joue...Lion blanc a écrit :Pourtant dieu exhorte le pardon, c'est d’ailleurs le fondement même de la religion catholique..Crapulax a écrit :
Curieusement il est assez commun de voir qu'une assez grande partie des Croyants est d'accord avec la peine de mort...Perso j'ai toujours trouvé cela paradoxal.....
Comment est-ce possible de glorifier "la Vie" et de "supporter" la Mort(peine) dans un second temps?
Dans le Coran je crois qu'il est notifié que Dieu pardonne à ceux qui avouent.
Dans la Torah je ne sais pas par contre...Tout ce que j'avais vu c'est que cette question de "principe" de mise à mort "volontaire" avait perturbé les Israeliens entre eux lors du jugement d'Eichmann.
Donc je ne comprends pas comment les Croyants peuvent adhérer ne serait-ce qu'au principe de violences...Physique ou mentale...
Aux mains de l'Etat,la force s'appelle Droit....Aux mains de l'individu,elle se nomme le crime....
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Même que Jésus a dit cette phrase surprenante : Au royaume de Dieu, il y aura plus de place pour un repenti que pour 10 justes..
Mais je ne voudrais pas faire la messe ce matin..
Mais je ne voudrais pas faire la messe ce matin..
Lion a écrit :
Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Tu ne sais même pas qu'il y a deux justices ?Crapulax a écrit :Curieusement il est assez commun de voir qu'une assez grande partie des Croyants est d'accord avec la peine de mort...Perso j'ai toujours trouvé cela paradoxal.....Georges61 a écrit : Les supporters de la droite de Wauquiez, les anciens fans de Sarko et de Fillon, le catho pratiquant (surtout quand il y avait les caméra TV) sont en grande partie pour la peine de mort.
Comment est-ce possible de glorifier "la Vie" et de "supporter" la Mort(peine) dans un second temps?
La justice des hommes et celle de Dieu.
T' as été élevé où ? On ne t'a donc rien appris ?
En politique, ce qu'il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre c'est ce qui se passe sous nos yeux.
Alexis de Tocqueville
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
C'est pour cela, Lion, que tu peux encore te repentir, et tu auras une place au royaume de Dieu, ...Lion blanc a écrit : Même que Jésus a dit cette phrase surprenante : Au royaume de Dieu, il y aura plus de place pour un repenti que pour 10 justes..
Mais je ne voudrais pas faire la messe ce matin..
En politique, ce qu'il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre c'est ce qui se passe sous nos yeux.
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Bah oui, c'est un peu à géométrie variable, c'est quand ça nous arrange. C'est d'ailleurs assez pratique.Victor a écrit :Tu ne sais même pas qu'il y a deux justices ?Crapulax a écrit :
Curieusement il est assez commun de voir qu'une assez grande partie des Croyants est d'accord avec la peine de mort...Perso j'ai toujours trouvé cela paradoxal.....
Comment est-ce possible de glorifier "la Vie" et de "supporter" la Mort(peine) dans un second temps?
La justice des hommes et celle de Dieu.
T' as été élevé où ? On ne t'a donc rien appris ?
Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Le pardon n'exclut pas la justice.Lion blanc a écrit :Pourtant dieu exhorte le pardon, c'est d’ailleurs le fondement même de la religion catholique..Crapulax a écrit :
Curieusement il est assez commun de voir qu'une assez grande partie des Croyants est d'accord avec la peine de mort...Perso j'ai toujours trouvé cela paradoxal.....
Comment est-ce possible de glorifier "la Vie" et de "supporter" la Mort(peine) dans un second temps?
La victime peut pardonner, mais la justice ne représente pas la victime mais la société.
En politique, ce qu'il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre c'est ce qui se passe sous nos yeux.
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Re: Abolition de la PEINE DE MORT
Ce sont deux choses fondamentalement différentes.Stounk a écrit :Bah oui, c'est un peu à géométrie variable, c'est quand ça nous arrange. C'est d'ailleurs assez pratique.Victor a écrit :
Tu ne sais même pas qu'il y a deux justices ?
La justice des hommes et celle de Dieu.
T' as été élevé où ? On ne t'a donc rien appris ?
"Rendez à César ce qui appartient à César", "Mon royaume n'est pas de ce monde".
Le temporel et le spirituel, si tu préfères.
Ce distinguo est la base de notre civilisation chrétienne. Et certainement à la base de notre concept de laïcité.
Dans l'Occident chrétien, le pouvoir a été réparti entre autorités temporelles et spirituelles :
à l'Église était reconnu un pouvoir spirituel exercé sur les âmes, concernant le salut à travers la définition et le maintien du dogme (tradition, conciles...) dans le cadre de la religion ;
aux souverains et aux pouvoirs civils était reconnu le pouvoir temporel, restreint aux affaires humaines et à l'ordre social, et exercé sur les corps et sur les biens.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Temporel_et_spirituel
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