Source:Le Figaro.
Le gouvernement voulait absolument maintenir le déficit public sous les 3% l'an prochain mais les «gilets jaunes» sont passés par là . Pour tenter de calmer leur colère, Emmanuel Macron a dû faire plusieurs annonces dont une hausse de la rémunération des salariés payés au Smic, la suppression de la hausse de la CSG d'une partie des retraités et la défiscalisation des heures supplémentaires. Des mesures qui devraient coûter plus de 10 milliards d'euros aux finances publiques.
Dans le détail, l'annulation de la hausse de la CSG pour les retraités dont la pension est comprise entre 1200 et 2000 euros devrait coûter près de 2 milliards d'euros, selon Les Échos . Le coût de la défiscalisation des heures supplémentaires est estimé à 1,5 milliard d'euros tandis que leur désocialisation (exonération de charges sociales) doit coûter 2 milliards d'euros environ. Enfin, la revalorisation accélérée de la prime d'activité, qui devrait permettre l'augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, va coûter dans les 900 millions d'euros. À quoi il faut ajouter les 4 milliards de l'annulation des taxes sur les carburants et les 500 millions des premières annonces d'Édouard Philippe en novembre (super prime à la conversion, aide au remplacement de la chaudière…).
Cette facture va s'inscrire dans un contexte de ralentissement de la croissance. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a prévenu que le mouvement des «gilets jaunes» allait faire perdre 0,1 point de croissance à la France sur le dernier trimestre. Les Échos croient savoir que 4 milliards d'euros de recettes fiscales échapperont ainsi à l'État.
Le seuil des 3% dépassé:
«Tout cela complique une équation budgétaire déjà compliquée. Si ces mesures ne sont pas financées par une hausse des recettes et des économies supplémentaires, la prévision de déficit va assez vite grimper à 3,5%. Et avec une croissance annuelle que nous estimons à 1,3% l'an prochain, on pourrait aller jusqu'à 3,7%», confie au Figaro Emmanuel Jessua, directeur des études de l'institut d'études économiques Rexecode. Au-dessus, donc, de la barre fatidique des 3% surveillée par Bruxelles.
Sans donner de chiffre précis, le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, a confirmé sur RTL ce mardi matin que la France allait devoir «sans doute creuser le déficit» public mais de manière «strictement temporaire». L'augmentation sera en effet amplifiée par la transformation du CICE en baisses de charges pérenne. Cette mesure, inscrite dans le PLFSS 2019, va obliger l'État à verser l'an prochain aux entreprises à la fois 20 milliards au titre du CICE, qui est remboursé au titre des années précédentes, et 20 milliards supplémentaires immédiatement au titre des baisses de charges de l'année en cours. «C'est pour une année» et «l'année d'après, nous n'aurons pas cet effet d'accumulation des deux mesures et on retrouvera un rythme en-dessous des 3%», précise Richard ferrand. «La concomitance de la double dépense concernant le CICE est exceptionnelle donc cela ne jouera pas durablement sur le déficit», confirme-t-on du côté de Rexecode.
Les entreprises sur le qui-vive:
Dès hier, l'Élysée insistait également sur le «pur jeu d'écriture comptable» que constituait cette transformation. Sans elle, la prévision de déficit est de seulement 1,9%, «loin des 3%», ce qui laisse «un peu de marge». Malgré son effet amplificateur sur le déficit, la transformation du CICE l'an prochain n'est pas remise en cause, a tenu à signaler ce matin Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement. «Il n'y a pas de raison de reporter», selon lui.
Les entreprises pourraient toutefois être sollicitées autrement pour atténuer les effets des annonces d'hier sur le déficit. «On pourrait décider de mettre en place une contribution temporaire, comme une surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises. Cela a déjà été fait par le passé», rappelle Emmanuel Jessua. Le sujet devrait être sur la table lors des discussions qui se dérouleront à l'Élysée mercredi entre Emmanuel Macron et les grandes entreprises. «Les entreprises doivent prendre leur part à l'effort demandé», a prévenu Benjamin Griveaux. Le Medef, de son côté, a déjà fait savoir qu'il n'accepterait pas que les entreprises payent seules la facture des mesures annoncées pour calmer la colère des «gilets jaunes».
Le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, indique que la priorité doit être de réduire les dépenses publiques. Vrai mais compliqué, selon le directeur des études de Rexecode. «Si on veut éviter que le déficit aille très nettement au-delà des 3%, il faut aller plus loin dans l'effort structurel de baisse de la dépense. Mais dans le contexte actuel, cela va être difficile», note-t-il. En attendant, Bruxelles affirme suivre la situation «avec attention». «Nous sommes en contact constant avec les autorités françaises», a fait savoir le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici. Mais ce dernier a déjà laissé entendre qu'il n'était «pas question de retour à une procédure de déficit excessif» pour la France. «Il faudrait pour cela être au-dessus de 3% pendant deux ans, ou au-dessus de 3,5% pendant un an», rappelle-t-il.
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