Source:Le Figaro.
«Je crois qu'entre nos deux pays, il y a le cœur, l'amitié, l'amour... Tout ce qui nous permet d'aller au-delà des malentendus, pour l'Europe et pour nous». C'est par ces mots qu'Emmanuel Macron a terminé hier soir le grand numéro de charme auquel il s'est livré lors de l'entretien en tête à tête avec le présentateur vedette de Che Tempo Che Fa, Fabio Fazio. Regardée par 3 à 4 millions de téléspectateurs, cette émission culturelle et populaire diffusée sur la première chaine généraliste italienne, Rai 1, mêle personnalités et thèmes les plus divers, de la politique à la culture. Une occasion pour le président français d'ouvrir un dialogue direct avec les Italiens, de livrer sa vision de l'histoire et des grands enjeux politiques du moment tout en leur révélant une partie de sa construction intime.
Interrogé d'entrée de jeu sur son rapport personnel à l'Italie, Emmanuel Macron a fait quelques confidences sur ses premiers voyages en Italie: évoquant Rome, La Toscane et Naples, il a montré son goût pour l'Italie dans sa diversité. Et laissé entrevoir comment ses lectures de grands auteurs italiens avaient nourri sa formation intellectuelle. D'ailleurs a-t-il dit, «c'est à travers l'Italie que de nombreux Français découvrent l'histoire et comprennent notre civilisation ».
Commentant les incidents diplomatiques qui ont conduit au rappel de l'ambassadeur de France, il a évoqué des «péripéties sans gravité». Ajoutant: «Nous devons à nos peuples d'aller de l'avant». Car «il n'y a pas d'aventure européenne, s'il n'y a pas d'amitié entre nos deux pays.» Ainsi, c'est le 2 mai prochain que le président Serge Matarella fera sa visite d'État en France, à Amboise le Clos Lucé, à l'occasion des 500 ans de la mort de Leonard de Vinci. Une visite durant laquelle les deux présidents entendent parler de l'Europe ensemble à la jeunesse.
«L'Europe est responsable, car elle a fait preuve d'un manque de solidarité à l'égard de l'Italie»
(Emmanuel Macron)
Car l'heure est grave: l'Europe vit aujourd'hui une des plus fortes crises qui la menace dans son unité. «On a cru, dit-il, que la chute du mur de Berlin annonçait la fin de l'histoire et du tragique. Or, avec les flux migratoires, des tensions sont réapparues de façon très violente. Et cela, l'Europe n'a pas su l'entendre. Elle est responsable, car elle a fait preuve d'un manque de solidarité à l'égard de l'Italie. Mais la réponse ne peut être celle des nationalismes et de la simplification: aucun pays, ni l'Italie ni la France, ne pourra résoudre ses problèmes en se repliant sur soi, mais seulement avec les autres. Nous réglerons nos problèmes en coopérant, avec une stratégie commune.»
Aussi propose-t-il aux Italiens de «refaire l'histoire ensemble»: «Il faut réinventer le rêve européen, dit-il, comme ce fut le cas à la Renaissance . Face aux peurs qui traversent nos pays, la seule solution est de repenser notre souveraineté, notre relation avec l'Afrique pour ne pas laisser la jeunesse africaine aux mains des trafiquants qui exploitent les faiblesses de l'Europe. Nous avons besoin d'une Europe plus forte, souveraine sur le plan de la défense et de la politique, pour parler aux Américains comme aux Chinois. Mais aussi plus unie, tout en respectant l'identité des peuples. Le retour des haines de l'autre, racisme et antisémitisme en tête, est, dit-il, le symptôme du malaise de notre civilisation.» Ainsi, tout en reconnaissant les peurs qui ont poussé les Italiens vers le nationalisme, il choisit aujourd'hui de leur tendre la main pour réinventer ensemble l'avenir de l'Europe.
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