Source:Le Figaro.
Forts de leur manifestation plutôt réussie du samedi 30 mars qui a rassemblé quelque 36.000 enseignants et de leur grève du 19 mars qui avait été bien suivie (un quart des professeurs des écoles selon le ministère, 40% selon les syndicats), les enseignants de maternelle et de primaire tentent de mobiliser massivement jeudi contre les réformes éducatives de Jean-Michel Blanquer. La mobilisation devrait être particulièrement suivie à Paris où Jérôme Lambert, le responsable du syndicat Snuipp-FSU, annonce 70% de grévistes et un tiers d'écoles complètement fermées. «Du jamais vu depuis les grandes grèves de 2003 contre les retraites!», assure ce dernier.
À l'école maternelle Bienfaisance à Paris (VIIIe), la directrice a écrit aux parents pour leur expliquer les raisons de la grève: si les directeurs d'école disparaissent, «quel suivi pour les élèves? Quel interlocuteur pour les parents au quotidien?», interroge-t-elle par exemple. Ailleurs la mobilisation s'annonce plus faible mais importante, autour de 25% de grévistes selon la responsable nationale du Snuipp-FSU, Francette Popineau.
Avec d'importantes disparités selon les régions: «Certains préfèrent organiser des kermesses, des nuits des écoles, des actions locales plutôt que de s'engager dans une grève», explique la syndicaliste qui estime toutefois que la mobilisation de ces derniers jours s'apparente à celle menée contre la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon en 2013.
Crainte de disparition des directeurs d'école:
C'est le projet de loi «sur l'école de la confiance» qui suscite la défiance. Voté par l'Assemblée nationale, il doit encore passer début mai devant le Sénat et les syndicats aimeraient le voir retoqué ou même abrogé. En cause, plusieurs dispositions, notamment la création «d'établissements publics des savoirs fondamentaux», dont l'objectif sera de rassembler en une seule entité un collège et une ou plusieurs écoles du même secteur.
Ces établissements «sont dirigés par un chef d'établissement qui exerce simultanément les compétences attribuées au directeur d'école», assisté d'adjoints «dont un au moins est chargé» du premier degré, précise l'article 6 du texte. Les syndicats et enseignants y voient la mise sous tutelle des écoles et la disparition des directeurs d'école, lien indispensable entre les familles, les élus et l'école.
Le vote de l'instruction obligatoire à trois ans fait également grincer des dents, en obligeant les municipalités à financer la mesure pour les maternelles privées. «Cette loi ne répond pas aux attentes des enseignants. Nous ne nous sentons pas entendus. Elle ne résout rien les inégalités sociales et scolaires. Elle ne propose pas de renforcer la formation continue des enseignants alors que certains de nos collègues n'ont eu aucune formation depuis plus de vingt ans. On nous demande d'inclure les enfants handicapés sans aucun moyen, sans enseignants spécialisés», énumère-t-elle.
Plus généralement, ce sont les conditions de salaire et de travail des enseignants, déjà décriées ces derniers mois par un groupe Facebook informel, les stylos rouges, qui agacent. «À côté de cela, la suppression possible de postes de directeurs d'école semble à côté de la plaque et nie notre spécificité d'organisation», estime Francette Popineau. Le fait que le directeur d'école, n'ait pas de pouvoir hiérarchique sur les enseignants, notamment. Jusqu'alors les enseignants du primaire «n'étaient pas négatifs à l'égard de Jean-Michel Blanquer. Le dédoublement des élèves par classe en CP et en CE1 en zones défavorisées est plutôt apprécié. Mais cette loi exaspère», renchérit Jérôme Lambert.
Blanquer tente de déminer:
Conscient de cette montée du mécontentement enseignant, Jean-Michel Blanquer ne cesse de multiplier les gestes d'apaisement. Avant la manifestation de samedi, il a écrit aux enseignants une lettre de soutien, les présentant comme à «l'avant-garde du progrès social». Ce mercredi, c'est aux directeurs d'école que le ministre de l'Éducation a envoyé une lettre, leur garantissant le maintien de leur fonction.
Des mesures de la loi «pour une école de la confiance», votée à l'Assemblée et attendue en mai devant le Sénat, «ont été caricaturées ou ont donné lieu à des erreurs d'interprétation», écrit le ministre. Loin d'une «quelconque menace» sur l'école maternelle, «c'est tout le contraire qui se met en place», assure Jean-Michel Blanquer. Il apporte «toute garantie» sur «le maintien de la fonction de directeur d'école». Il déclare que les EPSF dépendront de «l'accord de la municipalité et du conseil d'école» et reposeront donc sur le volontariat.
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