On commence à en savoir un peu plus sur la sortie du grand débat et les mesures envisagées par Emmanuel Macron. Un consensus semble se dessiner entre le gouvernement et sa majorité pour alléger les impôts des « classes moyennes ».
Source:Le Point.
Comprendre ceux qui sont trop aisés pour percevoir la prime d'activité (jusqu'à 1,5 fois le smic pour un célibataire) et qui paient l'impôt sur le revenu. « La crise des gilets jaunes est venue d'une inquiétude profonde des classes moyennes face au risque de déclassement, au sentiment de travailler sans être suffisamment rémunéré », a ainsi expliqué Bruno Le Maire, dans une interview aux Échos commune avec Gérald Darmanin le 2 avril.
Le ministre de l'Économie et des Finances a saisi cette occasion pour expliquer que « l'entrée dans l'impôt sur le revenu est brutale et peut décourager les Français de reprendre un travail ». Bis repetita jeudi 4 avril sur RMC. Bruno Le Maire dit souhaiter « que l'entrée dans l'impôt soit plus progressive, parce que c'est plus cohérent avec la volonté d'inciter au retour au travail ».
Une proposition qui colle avec les idées du groupe LREM à l'Assemblée nationale publiées début avril pour clôturer le grand débat national. Dans ce document, les élus de la majorité proposent d'« adoucir l'entrée dans l'impôt sur le revenu (IR) avec un abaissement du barème des deux premières tranches, accompagné d'une neutralisation pour les plus hauts revenus par adaptation du barème des tranches supérieures ».
Cela va aussi dans le sens de ce que proposait Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, qui avait souhaité alléger l'impôt sur le revenu en bas du barème en finançant l'effort par une révision des niches fiscales qui profitent aux contribuables les plus aisés. « Si on baisse d'un milliard d'euros ces niches (...) on peut baisser les tranches d'impôt sur le revenu des gens qui gagnent 1 700 - 1 800 euros par mois. De combien  ? De 180 euros en moyenne », avait-il déclaré le 6 février sur RMC.
Barème incompréhensible:
Comme le notent Les Échos du vendredi 5 avril, l'entrée brutale dans l'impôt sur le revenu dont parle Bruno Le Maire est liée à un mécanisme méconnu et compliqué, la décote, qui permet de retarder l'entrée dans le barème sans avoir à supprimer ou à diminuer les tranches d'imposition et donc, à baisser l'imposition des tous les ménages à l'impôt sur le revenu. Instituée en 1981, la décote a d'abord été créée pour les célibataires comme miroir du quotient familial pour les couples. Comme souvent, elle s'est ensuite étendue, pour s'appliquer également aux couples, à partir de 1986.
C'est de cet outil dont François Hollande s'est servi dans la loi de finances 2016 pour faire sortir bon nombre de ménages de l'impôt sur le revenu, afin de répondre au « ras-le-bol fiscal » théorisé par son ministre des Finances de l'époque, Pierre Moscovici.
Mais cette technique de la décote a aussi son revers. Elle conduit à une entrée plus brutale dans l'impôt sur le revenu. À partir du moment où un contribuable devient imposable, le taux marginal d'imposition, c'est-à -dire ce que prélève l'État pour tout euro de revenu supplémentaire, est beaucoup plus important. Selon Bruno Le Maire, ce taux peut atteindre jusqu'à 40 % en bas du barème de l'imposition sur le revenu, c'est-à -dire que l'État se met alors à prélever 4 euros à chaque fois que le contribuable concerné gagne 10 euros de revenus supplémentaires. D'où une relative démotivation à reprendre un travail ou à gagner plus.
Effet pervers:
Au fil des réductions adoptées (en 2014, 2015, 2016 et 2017) sous François Hollande, le barème applicable à l'impôt sur le revenu est devenu de plus en plus incompréhensible. En théorie, un célibataire commence à être imposable au taux marginal de 14 % à partir de 9 964 euros de revenus. En réalité, la décote repousse le seuil d'imposition jusqu'à un revenu annuel supérieur à 16 000 euros…
C'est cet effet pervers que Bruno Le Maire veut corriger, au risque de bricoler encore un peu plus le bas de barème de l'impôt sur le revenu. C'est Emmanuel Macron qui aura le dernier mot. Il devrait faire ses premières annonces mi-avril.
https://www.lepoint.fr/economie/vers-un ... 082_28.php

