Stounk a écrit : Kelenner a écrit : En tout cas l'article met en évidence une évolution qu'on peut aisément constater depuis 10 ou 15 ans, pour peu qu'on fréquente assez d'enfants pour avoir un échantillon représentatif : les prénoms les plus "connotés" style Rachid, Mohamed, Farid, sont en diminution alors des prénoms "hybrides" type Adam, Rayane, Lina, Hana, Naël ou Yanis sont en forte progression. L'attention médiatique se focalise, et c'est logique, sur quelques cas de repli communautaire voire de radicalisation religieuse, mais la tendance globale est l'assimilation générale. La majorité des "arabo-musulmans" de France aujourd'hui sont de 3ème ou 4ème génération, ils n'ont déjà plus grand-chose d'arabe (beaucoup ne parlent plus la langue, en tout cas systématiquement moins bien que le français) et sont de moins en moins musulmans. D'ici une trentaine d'années, avec en parallèle la multiplication des mariages mixtes (bien plus nombreux que chez d'autres communautés comme les juifs, les indiens ou les chinois), plus personne ne fera la différence, qui n'aura d'ailleurs plus vraiment de sens.
Globalement, je pense que tu as raison, du moins je l'espère, à la nuances près qu'au bout de trois ou quatre générations, ce qui est tout de même drôlement long, beaucoup de gens ne semblent pas considérer qu'ils mettent au monde des petits Français, auxquels ils donneraient sinon logiquement des prénoms sonnant typiquement français, et même y mettraient un point d'honneur afin qu'ils s'intègrent aussi facilement que possible.
Oui et non, car d'une part les prénoms "typiquement français" ont tendance à devenir minoritaires y compris au sein de la population générale, au profit de prénoms "internationalisés" aux origines indistinctes, style Lucas, Emma, Enzo.... et d'autre part, s'il est vrai qu'il existe chez pas mal d'arabo-musulmans une revendication identitaire plus ou moins forte, elle est surtout le signe d'un éloignement de plus en plus important de la culture d'"origine", que l'on tente -vainement- de combattre par des symboles extérieurs qui sont en réalité très superficiels.
On peut faire un parallèle avec la situation en Bretagne ou en Corse, ou depuis 30-40 ans environ les prénoms "ethniques", les drapeaux, la musique "traditionnelle" sont de plus en plus répandus et revendiqués bruyamment, alors même que les traits culturels, la pratique de la langue, diminuent sans cesse et que la distinction entre les "locaux" et le reste de la population française est de plus en plus ténue. Dans un autre registre, ça me fait aussi penser aux bars et restos "ouvriers" qui fleurissent dans les centre-villes, fréquentés exclusivement par des cadres moyens au fort pouvoir d'achat, et où tout le décor pseudo-"authentique" cache la disparition d'un mode de vie ancestral. On peut appeler cela de la culture "Disneyland", un vernis qui cache un vrai malaise, un fossé désormais impossible à combler entre des racines fantasmées et la réalité d'une vie en France plus ou moins bien acceptée.