Source:Le Figaro.La capitale chinoise est verrouillée par des mesures de sécurité drastiques, à l’occasion des cérémonies organisées mardi pour proclamer la puissance retrouvée de la Chine rouge.
Les boules de plumes rabougries rentrent leur bec, s’accrochant aux branches de l’arbre tortueux qui surplombe les toits tuilés traditionnels de Pékin, à une encablure de la Cité interdite. «Les pigeons n’ont plus le droit de voler depuis quelques jours. Mardi, il faudra qu’ils rentrent dans leur cage, pour ne pas gêner les avions militaires» explique ce voisin du hutong de Baofang, quartier traditionnel niché près de la place Tiananmen, où se déroulera un défilé grandiose à la gloire des 70 ans de la Chine communiste, orchestré par son président, Xi Jinping. Même ces pigeons domestiques, passion des vieux Pékinois, qui les élèvent pour des compétitions au long cours, sont cloués au sol, comme les cerfs-volants, ou drones, dont les propriétaires sont harcelés par la police, depuis plusieurs semaines.
La capitale chinoise est au garde à vous, cadenassée par des mesures de sécurité drastiques, à l’heure de ce rendez-vous avec l’Histoire qui doit proclamer la puissance retrouvée de la Chine rouge, en plein bras de fer avec l’Amérique de Donald Trump. Avenues coupées à la circulation, affiches de propagande exaltant le Parti, nombreux hôtels fermés, Internet ralenti, colis bloqués. Impossible même d’acheter un couteau de cuisine, qui pourrait tomber aux mains de «terroristes». L’immense capitale de 21 millions d’habitants prend des allures de «bulle rouge», ces dernières semaines. Les VPN, ces logiciels permettant de contourner la grande muraille de la censure, sont pour la plupart inopérants, sous les coups de boutoir des «cybercenseurs» de la République populaire.
«Ce sera la plus grande parade de l’histoire de la Chine! Je suis fier de ce que nous avons accompli» s’enthousiasme un vieux médecin du hutong de Baofang. 15.000 soldats, 160 avions et plus de 500 tanks, sans compter de nombreux missiles défileront sur la place Tiananmen, là même où Mao Tsé-toung proclama la République populaire, sept décennies plus tôt. L’ampleur du défilé de l’Armée Populaire de Libération (APL) dépassera celui de 2015, à l’occasion de l’anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, déjà présidé par Xi, qui sera le grand ordonnateur de cette cérémonie nationaliste. Devançant les critiques internationales, Pékin se défend de «bander ses muscles», jurant que son arsenal est destiné à promouvoir «la paix dans le monde», selon un porte-parole du ministère de la Défense. Face à «l’unilatéralisme» américain, la diplomatie chinoise se drape dans le «multilatéralisme», tout en défendant farouchement sa souveraineté.
Une grande marche de protestation à Hongkong:
«Nous sommes forts! Et notre système fonctionne bien, en suivant une voie proprement chinoise. Voilà le message que le pouvoir veut envoyer» juge Zhu Ning, enseignant à l’Université Tsinghua, à Pékin. Un signal de fière défiance à l’égard de l’Occident qui avait parié que le régime communiste finirait par s’affaisser dans la globalisation triomphante, enivré par les dollars, suivant l’URSS dans sa tombe. Le Politburo bombe le torse, dans un contexte international tendu, marqué par la guerre commerciale, mais aussi par la crise d’Hongkong, où les manifestants prodémocratie comptent troubler la fête du 1er octobre en menant une grande marche dans l’ancienne colonie britannique. Sans compter le ralentissement de la croissance, au plus bas depuis 30 ans.
Le long de l’avenue Chang’An qui déchire la cité d’Est en Ouest, le défilé des tanks sera suivi d’une parade «civile» de plus de 100.000 personnes, une première depuis 1984, qui avait vu alors les premiers signes d’un culte à la gloire du dirigeant Deng Xiaoping. «Cette parade vise à exprimer la confiance du peuple dans le Parti» a déclaré un officiel en charge de l’organisation, rapporte l’agence Xinhua. Mais les observateurs guetteront les indices d’une personnalisation encore accrue du dirigeant le plus autoritaire depuis Mao. «Il faudra surveiller si des banderoles comme ‘‘vive le président Xi’’ surgissent dans la foule» décrypte Chen Daoyin, analyste politique indépendant.
Le président, dont la «pensée» est inscrite dans la Constitution, également maître du tout-puissant comité central des affaires militaires, devrait tenir un discours à l’orée des célébrations, avec pour enjeu de se profiler dans la lignée des grands dirigeants Mao et Deng. À l’issue de ce défilé immense, 70.000 ballons colorés, et autant de colombes blanches, symbole de paix, seront lâchés dans le ciel, chargé de particules fines. Ensuite, les pigeons de Pékin auront enfin le droit de sortir de leur cage.
http://www.lefigaro.fr/international/pe ... e-20190930

