Source:Le Point.
Ils sont dix-sept à faire scandale. Dix-sept députés chrétiens-démocrates au parlement régional de Thuringe à avoir osé briser un tabou : ils exigent que leur parti dialogue avec l'AfD après les élections qui ont vu une forte poussée du parti populiste d'extrême droite dans cette région de l'ex-RDA.
Les dix-sept rebelles transgressent ainsi la devise donnée à la fois par la direction du parti à Berlin et par Mike Mohring, le chef de la CDU au niveau régional : pas de main tendue vers l'AfD. Pas de pourparlers et encore moins d'alliance sous quelle forme que ce soit.
Aux élections de la fin octobre, aucun des partis en lice n'a obtenu une claire majorité des voix. La coalition sortante regroupant Die Linke, la gauche radicale, les sociaux-démocrates et les Verts n'est arithmétiquement plus en mesure de former à nouveau un gouvernement. La question des alliances s'avère donc d'autant plus épineuse que tous les partis, de gauche à droite, refusent d'envisager une collaboration avec l'AfD.
Et cela d'autant plus que Björn Höcke, la tête de liste de l'extrême droite et chef de l'aide radicale Der Flügel (l'aile), a été officiellement étiqueté « fasciste » par l'Office de protection de la Constitution, les services de renseignements allemands. Il ne cesse de louer l'homogénéité ethnique de l'Allemagne et cet ancien prof d'histoire n'a pas hésité il y a deux ans à qualifier le mémorial aux Juifs assassinés d'Europe à Berlin de « monument de la honte ».
Initiative « folle »:
La réaction outrée à l'initiative des dix-sept ne s'est pas fait attendre. Paul Ziemiak, le secrétaire général du parti, qualifie cette initiative de « folle », prenant la peine de rappeler que la position de la CDU sur cette question n'avait pas changé d'un iota. Ceux qui ont une autre idée sur la question, ajoute Paul Ziemiak, feraient mieux de se demander s'ils sont vraiment dans le bon parti.
Mais cette affaire ne s'est pas contentée de faire des remous uniquement dans les rangs de la CDU. Bernd Riexinger, le chef de Die Linke au niveau fédéral, met en garde la CDU contre le flirt avec l'AfD : « La CDU de Thuringe ferait mieux de reconnaître sa défaite au lieu de convoiter les voix d'un parti qui est le terreau du racisme, de la terreur de droite, des divisions sociales et de la haine. » Josef Schuster, le président du Conseil central des Juifs d'Allemagne, est également intervenu pour reprocher aux dix-sept de rendre l'AfD « présentable ».
Silence d'AKK:
Les dix-sept ne sont pas à court d'arguments pour défendre leur position. Ils estiment que l'AfD est un parti élu démocratiquement (avec 23,4 % des suffrages, il est la seconde force politique en Thuringe) qui a convaincu près d'un quart de ceux qui se sont rendus aux urnes et qu'on ne peut pas faire abstraction de lui sans mépriser ces derniers. « On ne sert pas la démocratie en se mettant à dos un quart de la population », déclare l'un des responsables locaux de l'AfD. Et l'un de ses députés au Bundestag à Berlin s'est félicité qu'« il existe encore des hommes et des femmes courageux au sein de la CDU ».
Pas facile pour la CDU de se positionner face à l'extrême droite qui ronge son électorat d'élection en élection, et tout particulièrement dans les Länder de l'Est. Étonnant est le silence sur cette question brûlante de la présidente du parti Annegret Kramp-Karrenbauer et plus encore d'Angela Merkel.
https://www.lepoint.fr/europe/allemagne ... 4_2626.php

