Soeurs siamoises séparées : dans l'attente de la prochaine étape
Séparées le 13 novembre, les deux fillettes Camerounaises poursuivent leur convalescence. Si Eyenga se porte très bien et n'a plus besoin d'être hospitalisée, la situation de Bissie reste plus délicate, indiquent les soignants de l'hôpital Femme Mère Enfant. Des examens complémentaires vont être réalisés pour évaluer la possibilité d'opérer la cardiopathie décelée à son arrivée à Lyon. Retour sur cette histoire hors du commun.
Au lendemain de leur séparation chirurgicale, Bissie et Eyenga Merveille se sont naturellement recollées l’une à l’autre… Depuis, elles apprennent peu à peu à vivre séparées. Désormais, les infirmières peuvent les prendre dans les bras sans que les jumelles ne pleurent. Aux côtés du personnel soignant, Hugues Desombre, pédopsychiatre, accompagne également les deux petites sœurs camerounaises et leur maman pour que chacune trouve ses marques dans cette nouvelle vie. "L'évolution est très positive. ça se passe pour le mieux mais nous sommes encore très vigilants. Elles ont un triple travail psychique à faire : se séparer physiquement, se séparer psychiquement et une autre dimension: comment gérer cette séparation avec leur mère", explique le pédopsychiatre.
Nées siamoises le 6 novembre 2018 à Ayos, petite ville du centre du Cameroun , Bissie et Eyenga Merveille sont arrivées à Lyon le 1er novembre pour être séparées. L’intervention chirurgicale devait initialement se dérouler le 7 novembre mais elle avait dû être reportée car les fillettes avaient contracté une bronchiolite. Elle s’est finalement déroulée le 13 novembre à l’hôpital Femme Mère Enfant (HFME) de Bron , associant une vingtaine de professionnels. « En fait, il faut tout doubler : les équipes, le matériel… », explique le Pr Pierre-Yves Mure, chef adjoint en chirurgie pédiatrique, qui a coordonné l’opération.
« Je savais que les enfants étaient opérables à 99 % »
Les séparations d’enfants siamois restent rares en France. Le centre d’expertise dans ce domaine, l’hôpital Necker à Paris, n’en a pratiqué que douze depuis 1975. Aux Hospices civils de Lyon, c’était une première. « Je n’ai jamais eu aucun doute. Je savais que les enfants étaient opérables à 99 % et que nous avions les compétences. Je connaissais mon équipe. J’avais toute confiance… On a pris notre temps, on a réfléchi. On ne peut jamais être sûr du résultat mais je savais que toutes les chances étaient du côté des enfants », a raconté au Progrès le Pr Mure qui a échangé avec quelques chirurgiens de Necker avant l’intervention.
Les fillettes étaient reliées entre elles à la base du thorax et par leurs foies mais chacune possédait son propre foie. L’imagerie avait également montré qu’il existait deux pancréas sans quoi la séparation n’aurait pas été possible. Au total, l’intervention a duré 6 heures dont 3 heures de chirurgie pure.
« Sérénité »
Une partie de l'équipe médicale est revenue vendredi en conférence de presse sur cette première. L'un des challenges était de travailler à deux équipes dans une salle prévue d'habitude pour une seule équipe. "Nous avons travaillé en toute sérénité ", souligne Philippe Serra, cadre de santé. "C'est tout un hôpital qui était derrière cette opération ", souligne le Pr Mure alors que le directeur Bertrand Cazelles rend hommage aux équipes médicales de l'HFME, "présentes pour des premières mais aussi au quotidien".
« Cela s’est passé dans la sérénité. Nous n’avions pas réalisé de répétition. On était tous concentrés sur notre objectif », poursuit Pierre-Yves Mure. Les médecins avaient prévu tous les cas de figure notamment des plaques s’ils ne parvenaient pas à refermer les abdomens mais « il n’y a pas eu de mauvaise surprise ». "Le mouvement de séparation des sœurs a été très fortement ressenti par l'ensemble de l'équipe. Au final, cela a été un expérience très intense, motivante, merveilleuse", raconte le Dr Sylvie Combet, anesthésiste.
Après quelques jours en réanimation, les fillettes ont rejoint le service d’hospitalisation de l’HFME. Eyenga a très vite récupéré. Aujourd'hui, elle rit et joue comme si de rien n'était et elle n'est plus hospitalisée. Mais elle reste présente dans la chambre de sa sœur, Bissie, dont la situation est plus compliquée. Les examens réalisés à l'arrivée à l'HFME des fillettes ont en effet permis de découvrir une cardiopathie qui n’avait pas pu être vue à Yaoundé.