Source:Le Figaro.
C’était il y a deux mois, c’était il y a un siècle.
Le 17 mars dernier à 12h débutait le premier confinement généralisé imposé en France, renouvelé par deux fois jusqu’à ce lundi 11 mai. Le lendemain, l’agence nationale de santé, Santé Publique France commençait à publier les chiffres de l’épidémie par département. Des données parcellaires, ne comportant dans le détail que les décès hospitaliers de personnes testées positives à l’infection et portant sur une temporalité qui ne correspond pas au début de l’épidémie - celle-ci avait démarré dès fin février en Alsace. Ces chiffres permettent toutefois de dresser un premier bilan de ces 55 jours de confinement.
Une épidémie loin d’être jugulée:
Depuis le 18 mars, près de 100 000 personnes atteintes du Covid ont été hospitalisées en France, dont une sur six en réanimation ou soins intensifs. Plus de 16 000 patients sont décédés à l’hôpital. Paris et la petite couronne (92, 93, 94) concentrent à eux seuls un quart des décès.
Le 11 mai ne signifiera pas la fin de la pandémie. Le pic épidémique n’a été franchi que début avril. Le 2, le nombre des nouvelles admissions commençaient enfin à décroître après un record à 4281 personnes admises en une journée la veille. Le nombre de décès a suivi, quelques jours plus tard. Après un pic à 613 morts à l’hôpital le 6 avril, le décrue s’est amorcée le lendemain.
Ce n’est toutefois que depuis le 1er mai que l’on repasse durablement sous la barre des 1 000 nouvelles hospitalisations par jour. Ce 6 mai, près de 24 000 personnes sont encore hospitalisées en France et 278 décès ont été enregistrés dans les dernières 24h. Le déconfinement aura donc lieu dans une situation sanitaire certes améliorée mais loin d’être sous contrôle.
Le virus a largement circulé en France:
Les deux cartes ci-dessous représentent le nombre d’hospitalisations et le nombre de décès pour 10 000 habitants, au 6 mai, par département. La carte des hospitalisations dévoile l’importance de la propagation du virus. Seule la Bretagne et les départements du sud ouest de la Loire semblent relativement épargnés, avec moins de 6 hospitalisations pour 10 000 habitants. À l'inverse, l’Ile-de-France et le Grand Est, ainsi que leurs régions périphériques, sont très touchées. La verticale qui descend de l’est vers le sud, suivant les axes de communication principaux (Saône-et-Loire, Rhône, Ardèche) tend à montrer cet effet de propagation.
La carte des décès dévoile, quant à elle, une circonscription plus marquée des décès aux régions Grand Est et Ile-de-France. Les départements très peuplés comme le Nord ou le Rhône ont été moins touchés que ce que laissait présager leur nombre d’hospitalisations. Le Haut-Rhin et le territoire de Belfort, en revanche, affichent de dramatiques records : 11 décès pour 10 000 habitants, uniquement pour les morts à l’hôpital.
.......Nombre d’hospitalisations Covid-19 au 6 mai et nombre de décès Covid-19 à l’hôpital au 6 mai:....Lien des graphiques:
https://www.lefigaro.fr/fig-data/bilan-confinement/
Les départements qui enregistrent le plus de décès comparé au nombre d’hospitalisations appartiennent à deux catégories. D’une part ceux limitrophes des zones épidémiques et qui disposaient, en 2018, d’un faible nombre de lits en réanimation comme les Vosges ou l’Eure. D’autre part les territoires touchés les plus tôt (Territoire de Belfort, Oise, Moselle, Haut-Rhin, Meurthe-et-Moselle) et dont les capacités hospitalières ont rapidement été saturées.
.......Le faible nombre de lits en réanimation a eu un effet sur le nombre de décès:....Lien du tableau:
https://datawrapper.dwcdn.net/bxbk1/2/
La temporalité de l’épidémie:
La chronologie a en effet été un des facteurs clefs dans la propagation du virus et sa létalité. Il est possible de la reconstituer en partie grâce aux données.
Jusqu’au 1er avril, le territoire est confronté à une phase de montée en puissance : la part des nouveaux cas représente un cinquième des hospitalisations par jour en moyenne. Il faut attendre un mois de confinement strict pour en voir les premiers effets : la part des nouvelles hospitalisations dans le total redescend alors sous les 10% et le nombre de personnes hospitalisées décroît enfin à partir du 15 avril.
Un calendrier variable selon les départements : parmi les premiers foyers de l’épidémie, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin comptent déjà au 19 mars un nombre important de personnes hospitalisées pour cause de Covid.
......Évolution du nombre de personnes hospitalisées pour Covid-19 en France:Lien des graphiques:
https://www.lefigaro.fr/fig-data/bilan-confinement/
L’effet positif du confinement sur la mortalité:
Les départements français affichent des bilans très diversifiés en termes de mortalité. 11 d’entre eux (la Lozère, l’Ariège, la Creuse…) comptabilisent moins de dix décès liés au coronavirus depuis le 18 mars quand dix en ont enregistré plus de 500 sur la période. Le graphique ci-dessous représente les 74 départements qui ont dépassé au moins dix décès sur une période de trente jours.
.....Date du dixième décès enregistré par département et nombre de décès un mois après le dixième décès enregistré:...Lien des graphiques:
https://www.lefigaro.fr/fig-data/bilan-confinement/
Des résultats qui tendent à prouver la réussite du confinement : limiter la circulation du virus a permis de retarder la contamination des départements et endiguer le nombre de décès liés à la maladie. Ce que confirme Santé Publique France. L’agence souligne, dans son dernier bilan épidémiologique en date du 29 avril dernier : depuis le 16/03, le nombre cumulé de décès hospitaliers en Grand Est est situé au delà du scénario 3 (le plus défavorable, correspondant à la trajectoire de la ville de Wuhan seule) faisant du Grand Est la région la plus touchée en termes de mortalité hospitalière.
L’augmentation de la mortalité hospitalière plus rapide en Grand Est est au moins en partie liée au stade de l’épidémie dans cette région au moment de la mise en place du confinement. L’évolution de la situation, avec la levée - même partielle - des restrictions de déplacements à partir de ce lundi 11 mai, devrait permettre d’affiner ces premières analyses.
https://www.lefigaro.fr/fig-data/bilan-confinement/

