Source:Le Point.
Emmanuel Macron voulait sans doute en faire un symbole. Un peu moins de trois mois après sa dernière visite, le chef de l'État s'est rendu à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière pour discuter avec le personnel de l'établissement et la direction. Une visite surprise, au cours de laquelle il a déclaré vouloir en finir avec la « paupérisation » du personnel soignant. Le président de la République a aussi concédé avoir commis « une erreur » avec la réforme du système de santé engagée il y a deux ans.
Cette visite a commencé par une table ronde avec des médecins.
Accompagné par son ministre de la Santé Olivier Véran, il a ensuite rencontré des responsables syndicaux avant de visiter un service. « Monsieur le Président, vous avez suscité un magnifique espoir chez les gens, un retour en arrière ne sera pas accepté », a lancé le Pr Dominique Thabut, cheffe de service hépatologie, résumant les difficultés exprimées lors de la réunion par plusieurs de ses collègues.
« On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée »:
« Il faut mettre fin à cette paupérisation », a réagi le chef de l'État, en revenant sur la réforme du système de santé engagée il y a deux ans. « On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée », car elle ne « portait pas assez de sens » et avait une « ampleur » et un rapport au temps « pas du tout suffisants compte tenu de l'état où était l'hôpital », a-t-il affirmé.
« J'étais convaincu qu'on était en train de changer les choses » et « c'est très cruel pour moi-même », a-t-il ajouté, jugeant que « c'était une super stratégie mais à faire dix ans plus tôt ». Mais « je n'ai pas envie non plus qu'on revienne à l'étape d'avant », a-t-il ajouté. C'est pourquoi « oui, on va investir », a promis Emmanuel Macron, qui a affirmé avoir « demandé au ministre un travail express » sur le sujet. « C'est un investissement et pas une dépense », a-t-il estimé.
« Il faut un choc salarial », selon le Pr Thomas Similowski:
Fin mars déjà , Emmanuel Macron avait promis « un plan massif d'investissement et de revalorisation » pour l'hôpital à l'issue de la crise. Jeudi encore, il a assuré vouloir « aller plus vite », notamment pour revaloriser les rémunérations et les carrières, lors d'une visioconférence avec des médecins hospitaliers. À la Pitié-Salpêtrière, les soignants ont longuement témoigné de leurs conditions de travail dégradées.
« Ce ne sont pas des petites augmentations qui feront les choses, il faut un choc salarial », a assuré le Pr Thomas Similowski, chef du service de pneumologie, en soulignant qu'« une infirmière qui commence est à la limite de la pauvreté ». Cadre médical, Nathalie Nion a témoigné des « ménages » (prestations hors de l'hôpital) que font certains soignants, « alors que ce n'est pas réglementaire, parce que les salaires sont insuffisants pour vivre, notamment à Paris ».
« N'est-ce pas incohérent de maintenir les 35 heures alors que certains, pour gagner plus, travaillent en dehors en toute illégalité ? » a alors lancé Olivier Véran. Le ministre s'est interrogé sur le maintien du « cadre unique de la fonction publique », avouant mettre « les pieds dans le plat » et assurant qu'il ne s'agissait pas « de tout faire exploser ».
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