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Grand-Couronne (Seine-Maritime), reportage
« Dans un monde résolument tourné vers l’écologie, comme le dit M. Macron, comment peut-on tolérer la fermeture de la seule usine en France qui produit du papier journal avec de la fibre entièrement issue des circuits de récupération ? », s’insurge Cyril Briffault, délégué syndical CGT de l’usine UPM Chapelle Darblay de Grand-Couronne, près de Rouen (Seine-Maritime).
À l’intérieur de la papeterie, née en 1927, le silence des rouleaux figés est assourdissant. « Habituellement, l’usine vrombit. Quand elle vibre, elle vit. Là , c’est mort... », souffle Cyril Briffault, chapeau sur la tête. Le 15 juin dernier, la machine à papier de 120 mètres s’est tue, l’usine n’ayant pas trouvé de repreneur depuis sa mise en vente par le groupe finlandais UPM en septembre 2019. Le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) a pris fin sans qu’aucun accord de reprise n’ait été trouvé. Le fabricant de cartons belge VPK Packaging s’était montré intéressé par le site mais a finalement renoncé le 20 avril, en pleine crise sanitaire. Les 230 salariés du site vont donc être licenciés dans les prochaines semaines.
Le jeudi 25 juin, les « Pap Chap » — c’est ainsi qu’ils se surnomment — étaient réunis devant leur usine, sous un soleil de plomb. « En 2015, la fermeture d’une machine à papier et le licenciement de 196 camarades nous avaient déjà mis un coup sur la tête. Là , on nous achève... », dit Jean-Marie Provost en avivant les braises d’un barbecue. Il a passé 26 ans de sa vie à l’usine de Grand-Couronne, où il travaillait comme cariste. « Je m’occupais du chargement des bobines de papier journal, les produits finis, juste avant qu’on les expédie, précise-t-il. Et maintenant, à 55 ans, comment je vais faire pour retrouver du boulot ? »
Jean-Marie Provost, cariste à l’usine UPM de Grande-Couronne
Ces jours-ci, « les salariés viennent un par un pour vider leur placard, repartent avec un sac sous le bras et des dizaines d’années de souvenirs, raconte Cyril Briffault. Ils passent par le local syndical les yeux mouillés, la gorge nouée. Cette entreprise, c’est une grande part de nos vies... »
Une grande banderole « Sauver la Chapelle Darblay, un geste simple pour l’environnement » a été déployée sur la façade de l’usine. « L’enjeu, ce n’est pas juste nos emplois : on rendait un fier service à la société en donnant une seconde vie à des papiers usagés », affirme Nicolas Binet, opérateur de maintenance pour qui « en fermant la Chapelle Darblay, UPM prive la France d’un maillon essentiel du recyclage ».
Et pour cause : la papeterie de Grand-Couronne était l’un des deux seuls débouchés français (avec la papeterie Norske Skog de Golbey, dans les Vosges) pour désencrer les vieux papiers — les journaux, les magazines, les brochures et les imprimés publicitaires. La matière première de l’usine était constituée à 100 % de papiers issus des collectes sélectives d’Île-de-France et d’un large secteur Grand Ouest. En 2019, le site en a traité 350.000 tonnes, et dispose d’une capacité de recyclage de 480.000 tonnes par an, correspondant aux déchets papiers triés par 24 millions d’habitants.
Cette matière première servait à produire, chaque année, 250.000 tonnes de papier journal 100 % recyclé. « Le site est un exemple : on arrivait à valoriser les déchets des Français, qui nous arrivaient en balles ou en vrac, le tout en produisant notre propre énergie avec notre chaudière à biomasse, et en nettoyant l’eau qu’on utilisait avec notre propre station d’épuration », résume Cyril Briffault. Si une partie des bobines ainsi fabriquées permettait d’alimenter la presse française, « malheureusement UPM les destinait principalement au grand export, tandis que les journaux français privilégient l’achat de papier canadien, brésilien, russe... Mais avec la volonté de renouer avec les circuits courts, ça pourrait changer, et on serait capables de faire du 100 % français ! » dit Arnaud Dauxerre, représentant sans étiquette du collège cadres au comité social et économique (CSE).
Arnaud Dauxerre, représentant sans étiquette du collège cadres au comité social et économique (CSE)
https://reporterre.net/La-derniere-usin ... -fermeture
L'état ne peut rien faire ?? J'ai des doutes

