Après BFM TV, RMC, BeIn Sports ou encore Le Parisien, c'est au tour du groupe L'Équipe, touché de plein fouet par la crise sanitaire, qui impacte ses recettes publicitaires et provoque la baisse des ventes au numéro, de lancer un plan d'économies.
Source:Le Point.
À la suite du refus par les syndicats, cet été, de signer un accord de performance collective, synonyme de baisse des salaires et du nombre de jours de RTT, la direction du groupe L'Équipe, qui comprend le quotidien, le magazine, la chaîne de télévision, le site Internet, Vélo Magazine, France Football, Sport & Style, propriétés du groupe Amaury, a dévoilé jeudi un vaste plan de réduction de coûts associé à un plan de relance du quotidien. **
Dans un courrier interne aux salariés consulté par Le Point, le directeur général du groupe, Jean-Louis Pelé, annonce la suppression de 56 postes (48 postes de journalistes et 8 administratifs) dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE).
Il promet néanmoins de créer 12 postes à la rédaction pour accélérer la croissance du parc d'abonnés numériques payants, ce qui représente donc une disparition de 36 postes de journalistes en CDI. C'est moins que la centaine de suppressions d'emplois que craignait l'intersyndicale (SNJ, SNJ-CGT, UFICT-CGT, SGLCE-CGT) avant l'été. Une réunion extraordinaire du conseil social et économique (CSE) a été convoquée pour le mardi 3 novembre afin de discuter du projet avec les organisations syndicales.
France Football devient un mensuel:
Parallèlement au PSE, le groupe engage un plan de relance qui passe par la hausse du nombre d'abonnements numériques payants. Il vise désormais 300 000 abonnés directs d'ici à 2024. Sur la version papier, il s'agit de monter en gamme sur le quotidien, L'Équipe Magazine et Vélo Magazine. Hebdomadaire, France Football va devenir une revue mensuelle.
Enfin, Jean-Louis Pelé dit réfléchir à une nouvelle offre vidéo et une meilleure monétisation de l'offre d'information gratuite du groupe L'Équipe, qui revendique une « communauté de 3,2 millions de visiteurs uniques ».
Dans un communiqué, l'intersyndicale s'insurge : « Faute d'avoir pu imposer ses projets par la négociation, la direction de L'Équipe entend désormais passer en force pour dégager de larges économies […]. Le dernier comité de groupe a pourtant confirmé que le groupe Amaury avait les moyens financiers de résorber les pertes dues à la crise et d'investir dans une relance dynamique de ses médias. »
L'intersyndicale évoque une trésorerie qui en 2019 se rapprochait du demi-milliard d'euros » pour le groupe Amaury, propriétaire du journal L'Équipe mais aussi d'Amaury Sport Organisation (ASO), organisateur notamment du Tour de France et du rallye Dakar.
« Nous sommes contraints d'ouvrir une procédure de réorganisation afin de répondre à l'urgence de la transformation numérique de l'entreprise, explique Jean-Louis Pelé dans sa lettre. Si nous ne changeons rien, les prévisions pour les quatre années à venir nous amènent vers un déficit structurel et croissant de la SAS L'Équipe: de 6 millions d'euros de pertes pour 2021 à 10 millions en 2024. »
En juin dernier, la direction avait averti que 2020 serait « la pire année de la SAS L'Équipe avec un déficit de plus de 16 millions d'euros. » Dans son courrier, Jean-Louis Pelé précise :
« Le papier subit une baisse continue de la vente au numéro et de ses recettes publicitaires ; le pôle numérique payant connaît une progression constante de son chiffre d'affaires et une trajectoire structurellement positive ; le pôle gratuit est de plus en plus porté par la chaîne L'Équipe, dont les recettes publicitaires ne cessent de progresser et sont dorénavant supérieures à celles des deux autres pôles. »
Depuis mars dernier, le journal a vu ses ventes reculer : à 198 000 exemplaires en mars, 168 000 en avril, 183 000 en mai, 161 000 en juin avant un rebond à 200 000 en juillet et 225 000 en août, porté par la reprise de la Ligue des champions, la Ligue 1 et le départ du Tour de France.
« Depuis début septembre et malgré la forte actualité sportive qui devait profiter au quotidien L'Équipe, sa vente au numéro a baissé de 20 % par rapport à 2019 », détaille le directeur général.
En juin, il avait proposé un « projet d'accord de performance collectif », un dispositif créé par les ordonnances Macron qui permet aux entreprises en difficulté de renégocier avec les syndicats le temps de travail et les salaires. En échange d'une baisse d'environ 10 % des salaires, d'une réduction de 22 à 6 jours des RTT et d'un forfait jour de 207 jours par an pour les cadres, il s'engageait à ne procéder à aucun licenciement économique pour la période 2020/2024. Le texte avait été rejeté par l'intersyndicale.
Aujourd'hui, les journalistes du quotidien L'Équipe disposent notamment de 14 semaines de congé. Ces dernières années, la société de presse a connu plusieurs plans de restructuration suivis parfois d'une grève, comme en 2018 ou en 2016, lors de la refonte de la chaîne de télévision L'Équipe.
https://www.lepoint.fr/medias/le-groupe ... 10_260.php
