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Les forces de l’ordre, et plus spécifiquement la police nationale, sont souvent résumées comme un appendice des institutions, « le bras armé de l’État ». Cette description commune dans les milieux militants empêche de voire les dynamiques politiques propres aux forces de l’ordre. Réduire le comportement des forces de l’ordre à l’aune des décisions du gouvernement du moment ne permet pas à elle seule d’expliquer l’augmentation des violences policières que nous subissons.
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Il existe évidemment un contexte, celui du monopole de la violence délivré à l’État, associé à celui des orientations sécuritaires et racistes des gouvernements qui tout deux permettent et couvrent les violences policières que nous connaissons aujourd’hui, mais cela ne peut pas être la seule explication aux comportements policiers d’aujourd’hui.
Violence légitime de l’État et poids des politiques gouvernementales, masquent les multiples dynamiques politiques qui travaillent chaque policiers et qui s’articulent autour du nationalisme, du républicanisme, des valeurs d’ordre et du sécuritaire. Thématiques qui forment aujourd’hui l’ossature de nombreux mouvements d’extrême droite en France.
Cette influence idéologique de l’extrême droite dont on voit les manifestations concrètes dans les votes des forces de l’ordre et que traduit la surreprésentation du Front National dans des bureaux de vote à proximité de casernes de gendarmes par exemple mais aussi et surtout dans les oppositions de plus en plus affichées et franches à l’encontre des autres institutions (syndicats, justice, gouvernement, partis institutionnels).
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L’extrême droite a toujours été présente et active politiquement dans la Police comme en témoigne l’histoire du PNFE – Parti National Français et Européen. Organisation néonazie (1985) dont la devise « France d’abord, blanche toujours » résume son programme et sa vison du monde. Le PNFE a privilégié un recrutement au sein des Policiers membres du syndicat policier d’extrême droite FPIP – Fédération Professionnelle Indépendante de la Police. Le PNFE dans les années 1980 va être à l’origine d’une campagne d’attentats et de violences qui culmine avec un attentat à la bombe contre un foyer de travailleurs immigrés(1988) qui fait un mort et douze blessés. Le terrorisme d’extrême droite a frappé en France et a recruté prioritairement dans la Police. Les campagnes de recrutement de l’extrême droite à destination des forces de l’ordre ne sont pas nouvelle et continuait comme avec l’Œuvre Française (aujourd’hui dissoute) qui elle privilégiait par exemple le recrutement de militaires.
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Même le FN s’est un temps doté de son relais policier officiel avec la création du syndicat Front National Police (FNP), reconnu en 1995 par le ministère de l’Intérieur. Premier syndicat mis en place par le Front national il réalisa 7,4 % des voix aux élections professionnelles de 1995. Le FNP siégea à l’instance paritaire de la police nationale. En 1998 le syndicat est invalidé par la Cour de cassation sur réquisition des autres syndicats policiers. Le tribunal lui reproche son objectif de « diffuser l’idéologie d’un parti politique » et le fait que son président doit statutairement « être informé de l’appartenance politique de ses adhérents ».
Le taux de syndicalisation étant très élevé au sein de la police et sachant que les syndicats jouent un grand rôle dans les promotions, après la dissolution du FNP de nombreux policiers ouvertement d’extrême droite se sont syndiqués auprès d’une grande centrale plutôt qu’un syndicat minoritaire d’extrême droite.
Tout cela a concouru a faire basculer vers l’extrême droite la majorité des policers aujourd’hui. Les ingrédients sont donc réunis pour que l’on assiste à une droitisation des forces de l’ordre dans ses convictions mais surtout dans ses pratiques. Une radicalisation des forces de l’ordre qui se transforme en problème politique et qui accentue le danger physique pour les classes populaires et le mouvement social. Face à nous nous n’avons plus sous l’uniforme seulement un gardien de l’ordre établi mais aussi très souvent des acteurs politiques qui rêvent d’un autre monde, bien à plus à droite.
La dangerosité des forces de l’ordre dans le maintien de l’ordre capitaliste n’est plus à démontrer : elles ont largement fait leur preuve tout au long de leur histoire. Cependant l’histoire nous enseigne que leur dangerosité est démultipliée lorsqu’elles se posent en tant qu’acteur politique.
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