Source:Le Point.
Emmanuel Macron prend le pouls de la France. Dans un entretien-fleuve accordé à l'hebdomadaire L'Express, dont la première partie a été publiée mardi 22 décembre, le chef de l'État livre sa vision de la société, chamboulée par la crise sanitaire, identitaire, et par la montée du complotisme. En ouverture de l'interview, le président de la République campe sur sa vision des Français, qu'il considère toujours comme « un peuple de paradoxes ».
«Cela avait été très mal compris quand j'avais dit que nous étions un peuple de Gaulois réfractaires,mais je m'incluais dans les Gaulois réfractaires! Nous sommes un pays qui peut produire la crise des Gilets jaunes, être extrêmement dur, vocal et, en même temps, nous sommes l'un des pays d'Europe où le confinement a été le plus respecté », analyse-t-il.
Pour Emmanuel Macron, actuellement isolé après avoir été testé positif au Covid-19, les crises successives qui ont touché le pays (les Gilets jaunes et l'épidémie de coronavirus notamment) ont permis de « renouer avec des doutes ancestraux ». Il dénonce notamment le « poison » menaçant du « commentaire permanent », « le sentiment que tout se vaut, que toutes les paroles sont égales ».
Ce sentiment est vu par le chef de l'État comme un « cercle vicieux » qui crée une « crise de l'autorité » et du « complotisme ».
Le dirigeant français observe cependant que « ces derniers mois » et « ces dernières années », « les Français ont réaffirmé leur volonté de prendre leur destin en main, de reprendre possession de leur existence, de leur Nation ». Il ajoute plus loin que « le peuple français est un peuple extraordinairement politique qui cherche constamment à comprendre le cours du monde et ce qui l'affecte ».
« Nous assistons à une forme de primat de la victime »:
Mais de l'avis du président de la République, interrogé notamment sur l'émergence d'une vision manichéiste de l'Histoire, la société française a aussi muté en « une société de l'émotion permanente », où « la victime a raison sur tout ».
« Son discours l'emporte sur tout et écrase tout, y compris celui de la raison […] Il faut accepter les complexités des vies, des destins, des hommes », argue-t-il, même s'il précise qu'« il est très important de reconnaître les victimes » et « de leur donner la parole ».
Emmanuel Macron réfute par ailleurs être un multiculturaliste. « Ma matrice intellectuelle et mon parcours doivent beaucoup à Jean-Pierre Chevènement et à une pensée républicaine. »
Pour le chef de l'État, être Français passe par la « langue », « l'histoire », mais aussi par « une citoyenneté définie par des valeurs liberté, égalité, fraternité, laïcité qui reconnaissent l'individu rationnel libre comme étant au-dessus de tout ». À cette occasion, le président promeut une nouvelle fois le projet de loi, sensible et controversé, contre « l'islamisme radical », dévoilé début décembre par le gouvernement. L'actuel occupant du palais de l'Élysée souhaite ainsi miser sur « l'intégration » et la « reconnaissance ».
« Nous devons pouvoir être pleinement français et cultiver une autre appartenance. C'est un enrichissement et pas une soustraction. Et c'est aussi ce qui permettra à chaque Français, quelle que soit son origine, d'aimer la France, de voir la part qu'il peut y prendre et par sa différence ce qu'il peut lui apporter », soutient-il.
Le chef de l'État répond également aux velléités de certains « d'effacer » ou de « déboulonner » des morceaux de l'Histoire. Il cite notamment la figure controversée de Colbert, accusé d'avoir eu un rôle dans la pratique de l'esclavage et dont la statue à Paris a été ciblée il y a quelques mois par des militants antiracistes.
« Il fait partie de cette histoire française. Il faut enseigner le Code noir. Raconter à quel moment et pourquoi cela s'est passé, replacer cette histoire dans sa plénitude. Je suis pour que l'on reconnaisse les histoires qui pétrissent notre pays, pour que les enfants ultramarins apprennent toute l'histoire de l'esclavagisme que la France a fait vivre à leurs aïeux », déclare enfin Emmanuel Macron, qui cite aussi « Toussaint Louverture et plusieurs autres » qui « n'ont certainement pas leur juste place » dans le « Panthéon national » et « ne sont pas suffisamment connus et reconnus ».
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