Menace globale
Le 22 juillet 2016, inspiré par Anders Behring Breivik, auteur des attentats d'Oslo et d'Utøya, et mû par une haine «des Turcs et des Arabes», David Ali Sonboly ouvre le feu dans un centre commercial de Munich (Allemagne), faisant neuf morts.
Le 9 janvier 2017, Alexandre Bissonnette, admirateur de Donald Trump et de Marine Le Pen, abat six fidèles de la grande mosquée de Québec (Canada).
Le 27 octobre 2018 à Pittsburgh (États-Unis), Robert Bowers tue onze personnes juives dans la synagogue Tree of Life, les estimant responsables d'un «génocide» contre la race blanche.
Cinq mois plus tard, Brenton Tarrant, fervent adepte de la théorie dite du «grand remplacement», se filme en train de massacrer cinquante-et-une musulman·es dans deux mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande).
Hommage aux victimes de l'attentat perpétré par Brenton Tarrant, le 16 mars 2019 à Christchurch. | Michael Bradley / AFP
Le 2 juin 2019, parce qu'il était en faveur de l'accueil des réfugié·es, l'élu Walter Lübcke est assassiné à son domicile de Wolfhagen (Allemagne) par un néo-nazi notoire, Stephan Ernst.
Le 3 août 2019, Patrick Wood Crusius exécute au fusil d'assaut vingt-deux membres de la communauté hispanique d'El Paso (États-Unis). Son manifeste, publié sur le site d'imageboard haineux 8chan (devenu 8kun), dénonce une prétendue «invasion hispanique du Texas» conforme à la théorie du «grand remplacement».
Quatre jours plus tôt, à Gilroy (États-Unis), Santino William Legan tirait sur la foule d'un festival, causant la mort de trois personnes, dont deux enfants. Sur son compte Instagram, il avait fait référence à un manifeste populaire dans les milieux suprémacistes.
Autant d'assassinats d'innocent·es commis au nom du racisme et de la xénophobie –sans parler des attaques déjouées. Dans la majorité des cas, c'est l'idéologie qui a fixé les objectifs de ces attaques et en a désigné les cibles, afin de faire passer un message politique. L'action violente est mise au service d'une cause, comme dans le terrorisme djihadiste.
«Bien que le terrorisme d'extrême droite ne soit pas un phénomène nouveau, sa fréquence et sa létalité ont récemment augmenté», affirme le CTED. Ses spécialistes insistent sur le caractère global de la menace et sur le rôle d'internet, outil utilisé au sein de la mouvance d'extrême droite pour glorifier ses actions, amplifier sa résonance ainsi que celle de son message et recruter des adeptes.
Groupes organisés
En Allemagne, Thomas Haldenwang, président de l'Office fédéral de protection de la Constitution –le renseignement intérieur allemand–, a tiré la sonnette d'alarme le 12 mars. Au cours d'une conférence de presse, il a déclaré que le terrorisme d'extrême droite représentait «le principal danger pour la démocratie» outre-Rhin, devant le risque djihadiste.
«Nous savons aujourd'hui que les démocraties peuvent échouer quand elles sont détruites par leurs ennemis de l'intérieur, c'est l'avertissement que nous lance notre histoire», a-t-il mis en garde. Les autorités fédérales estiment qu'environ 13.000 extrémistes de droite seraient susceptibles de passer à l'acte violent dans le pays.
En France, si la menace est moins visible, elle n'en est pas moins présente. En 2018, une trentaine de personnes étaient incarcérées pour des faits liés au terrorisme d'extrême droite, selon les chiffres de l'administration pénitentiaire.
En 2017, le militant d'extrême droite Logan Nisin projetait de commettre des attentats contre la communauté musulmane et la population réfugiée, ainsi que d'assassiner Christophe Castaner et Jean-Luc Mélenchon.
À seulement 21 ans, le jeune homme était déjà passé par l'Action française, les Jeunesses nationalistes et le Front national. Sa «croisade» sera avortée par un vaste coup de filet de la DGSI contre lui et son groupe, nommé OAS en hommage aux anciens terroristes pro-Algérie française.
Plus récemment, c'est une organisation clandestine islamophobe baptisée Action des forces opérationnelles (AFO) qui a été démantelée par les services de renseignement car soupçonnée de vouloir commettre des attentats contre des musulman·es. Deux de ses membres, dont un diplomate français, sont actuellement poursuivis pour «association de malfaiteurs terroriste».
Pierre de Bousquet de Florian, coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, estimait par ailleurs début mars que «le terrorisme d'extrême droite [devait] être surveillé de près».
Toutefois, il ne faut pas appréhender la mouvance terroriste d'extrême droite comme un bloc. Le passage à l'acte violent au service d'un objectif politique est un outil envisagé par un écosystème assez large, un public protéiforme, multiple et mouvant. Des militant·es de la marge radicale y côtoient des profils moins extrémistes, ou en tout cas que l'on imagine moins prendre les armes.
Le pseudo-«loup solitaire» ne constitue pas non plus la norme en matière de terrorisme d'extrême droite. En Europe de l'Est, aux États-Unis et dans une moindre mesure jusqu'au cœur de l'Union européenne, des groupes, constitués ou non, parfois nombreux, constituent eux aussi une menace.
D'authentiques bataillons, à l'image du régiment Azov en Ukraine, aux milices constituées, comme la sinistre Armée des brigands en Hongrie, en passant par les organisations clandestines, les acteurs sont multiples et développent pour certains des franchises aux quatre coins de l'Occident, à l'instar de l'organisation terroriste américaine Atomwaffen, désormais active dans plusieurs pays européens.