Le chef de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) a annoncé dimanche 21 février au soir, à son retour de Téhéran, avoir trouvé avec l'Iran une « solution temporaire » de trois mois pour maintenir une surveillance « satisfaisante » des sites nucléaires.
Source:Le Point.
Toutefois, la loi iranienne, qui prévoit de limiter certaines inspections, y compris sur des sites militaires suspects, si les sanctions américaines ne sont pas levées, « existe et va être appliquée » à partir du 23 février, a regretté le directeur général de l'AIEA Rafael Grossi, à son retour à Vienne après des « consultations intenses » à Téhéran.
« L'accès sera réduit, ne nous voilons pas la face, mais nous serons en mesure de maintenir le degré nécessaire de surveillance et de vérification », a-t-il assuré. « Cela sauve la situation dans l'immédiat ».
Selon les termes de cet « accord bilatéral technique » d'une durée de trois mois mais susceptible d'être suspendu à tout moment, le nombre d'inspecteurs sur place reste ainsi inchangé et des contrôles inopinés resteront possibles.
« Bien sûr, pour parvenir à une situation stable, il faudra une négociation politique, et ce n'est pas de mon ressort », a ajouté Rafael Grossi.
De son côté, l'Iran avait évoqué un peu plus tôt des discussions « fructueuses », alors que le directeur de l'AIEA a rencontré le président de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Ali Akbar Salehi, et le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Rafael Grossi pourra « s'acquitter de son obligation de montrer que le programme nucléaire iranien reste pacifique », a promis le chef de la diplomatie iranienne dans une déclaration à Press TV, la chaîne en anglais de la télévision d'Etat.
Selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, « les inspections seront réduites d'environ 20 à 30 % après la mise en oeuvre de la loi ». « Cela ne signifie certainement pas un retrait de l'accord » de 2015.
Quid des enregistrements «relatifs aux activités et équipements» ?
En revanche, l'Iran ne fournira pas les « enregistrements relatifs aux activités et équipements » de plusieurs sites, comme prévu par la loi votée par le Parlement en décembre, a précisé l'OIEA dans un communiqué, faisant apparemment référence aux données des caméras de surveillance.
« Si les sanctions sont complètement levées d'ici à trois mois, ces informations seront communiquées à l'AIEA, sinon elles seront supprimées à jamais ».
L'accord de Vienne, conclu avec le groupe 5+1 (Etats-Unis, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Russie, Chine), prévoit une levée progressive des sanctions en échange de la garantie que l'Iran ne se doterait pas de l'arme atomique.
Même si la République islamique a toujours nié avoir de telles intentions. Après le retrait unilatéral américain et le rétablissement des sanctions qui étranglent l'économie iranienne, l'Iran s'est cependant affranchi, à partir de 2019, de plusieurs limites qu'il avait accepté d'imposer à son programme nucléaire.
« Une fois que tout le monde aura fait sa part et rempli ses obligations, alors il y aura (une reprise) des discussions », a répété dimanche M. Zarif.
Jeu diplomatique:
Depuis l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, qui s'est dit prêt à revenir dans l'accord quitté en 2018 par Donald Trump, les Etats-Unis et Iran se renvoient la balle sur la question de savoir qui doit faire le premier pas.
Dans un geste, Washington a accepté jeudi une invitation des Européens à participer à des pourparlers sur le sujet. Mais le lendemain, le nouvel hôte de la Maison Blanche a appelé ses alliés à travailler de concert pour répondre aux « activités déstabilisatrices » de l'Iran au Moyen-Orient.
Dans ce contexte diplomatique complexe et alors que l'Iran et les Etats-Unis n'ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, Téhéran a dit examiner la proposition de l'UE pour une « réunion informelle ».
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé quant à lui à saisir la « fenêtre d'opportunité » pour mettre fin aux sanctions, une demande qu'il juge « légale et logique ».
Dans la presse iranienne, le quotidien ultraconservateur Kayhan saluait ce week-end la loi du Parlement, « une stratégie » qui a montré au camp adverse que « la rupture du contrat est coûteuse ».
Mais le journal réformateur Sharqa doutait au contraire de l'efficacité de ce texte. « Les jours à venir sont critiques pour l'Iran » et pour les autres pays parties de l'accord nucléaire, écrit-il.
https://www.lepoint.fr/monde/nucleaire- ... 897_24.php

