da capo a écrit : 03 mars 2021 23:25
Kelenner a écrit : 03 mars 2021 22:42
Et pour cause : l’Algérie coloniale a été l’une des sociétés les plus inégalitaires de l’Histoire universelle. Les 10% de pieds-noirs accaparaient 90% des richesses, un taux équivalent à l’AfSud de l’apartheid et seulement dépassé par les sociétés esclavagistes. Toutes les infrastructures bâties à très lourd coût (supporté par les français de métropole, qui ont payé cette gabegie insensée jusqu’à bout) ne l’ont été que pour les colons. Le pire dans tout cela, c’est que le bilan économique n’était même pas rentable, c’était un puits sans fond qui a coûté une fortune à la France, maintenus les algériens dans une misère noire, pour permettre à un petit groupe d’européens de vivoter et une poignée d’ignobles profiteurs de s’engraisser sur le dos de tout ce beau monde. Tout est sale dans cette affaire.
Je veux bien revisiter l'histoire, mais la méthode consistant à juger d'évènements passés à l'aune de nos conceptions morales actuelles n'est pas un gage d'objectivité et c'est peu dire.
Ensuite, il ne faut pas oublier que 95 % des pieds noirs étaient des ''petits Français'', qu'ils ne s'étaient pas exilés pour exploiter et dominer l'Arabe, mais simplement pour connaître une vie meilleure.
Enfin, cette histoire est devenue un conflit opposant deux camps et citer les méfaits de l'un ne doit pas dédouaner l'autre des siens, au nom du schéma simpliste oppresseurs/opprimés.
Dans ce récit légendaire de l'indépendance, on oublie que l'adhésion du peuple algérien au FLN a été obtenu par la force, au moyen d'une violence inouïe et que cette même force a toujours opprimé les Algériens, depuis 1961 jusqu'à aujourd'hui.
Au lieu de se repentir entre la poire et le fromage, il vaudrait mieux aider la hirak, clandestinement. Y aura-t-il des candidats pour porter ces valises-là ?
C'est loin d'être aussi simpliste. Le relativisme temporel est généralement une excuse utilisée pour excuser les pires crapuleries -au nom de ce principe douteux, on pourrait tout aussi bien "justifier" la Shoah en expliquant qu'après tout, dans les années 30, l'antisémitisme était une opinion respectable... la vérité c'est que dès les débuts de la colonisation (et en particulier celle de l'Algérie, qui fut d'une barbarie inouïe, même pour l'époque) des voix se sont élevées pour la dénoncer, et que cette remise en question n'a pas cessé jusqu'aux indépendances nationales. La question se posait bien dès le 19ème siècle, et a fortiori avec encore plus de force à partir de 1945 et des massacres perpétués pour tenter d'étouffer les premiers mouvements indépendantistes structurés.
Il est exact que la majorité des pieds-noirs (mais sans doute pas 95% tout de même) étaient des gens modestes et qu'ils n'avaient probablement pas, à titre personnel, de mauvaises intentions; mais le fait demeure qu'ils étaient les bénéficiaires (même petitement pour la plupart) fondé sur l'apartheid et la spoliation. C'est un simple fait historique. Il y avait aussi une minorité d'immondes salopards (pas tous basés en Algérie d'ailleurs, ce qui explique que cette aberration historique ait perduré aussi longtemps alors que quasiment personne n'avait rien à y gagner) qui en ont largement profité, via l'exploitation des locaux et les largesses de l'argent public français -les produits en provenance d'Algérie, majoritairement de très faible qualité, étaient payés bien au-dessus de leur valeur réelle.
Ce qui est vrai c'est que le FLN, pour lequel je n'éprouve aucune sympathie particulière, s'est imposé par la force face aux autres mouvements indépendantistes, qu'il est responsable de nombreux crimes contre els européens mais surtout contre son propre peuple, et que son bilan à la tête du pays n'est guère glorieux. Mais là encore, il s'agit essentiellement d'un problème interne aux algériens. Quand ils en auront marre de cette clique -ce qui est visiblement le cas-, ils lui botteront le cul pour en mettre d'autres à leur place. Cela ne nous regarde pas.
Comme ça a été dit, l'indépendance était de toute façon inéluctable à partir du moment où les pieds-noirs et le pouvoir politique en métropole sont restés sourds et aveugles à toutes les demandes de justice civique et sociale, et qu'elle était souhaitée par la totalité des algériens et 90% de la population métropolitaine qui n'avaient aucun intérêt à entretenir la fiction ruineuse et absurde d'une pseudo "Algérie française". Elle aurait en revanche pu se dérouler de façon nettement plus pacifique et sereine, il aurait même probablement été tout à fait possible de permettre aux pieds-noirs de rester et de devenir citoyens à part entière du nouvel Etat -à la condition, bien évidemment, d'accepter de ne plus se trouver en position de supériorité et de consentir à un partage des richesses beaucoup plus équitable. Ils n'ont pas voulu de cette solution, à partir de là les algériens n'avaient guère d'autre choix que la guerre pour parvenir à leur but, et il est impossible de les en blâmer.