CrazyMan a écrit : 08 avril 2021 18:12
Victor a écrit : 08 avril 2021 17:56
Je pense que l'on peut sans trop de difficulté classer trump chez les populistes.
Son appel "au peuple" pour venir invalider le résultat des élections et venir envahir le capitole est quand même suffisamment explicite.
Et puis, Yann, un peu plus haut a donné une excellente définition du populisme.
En ce qui me concerne, c'est facile, dès qu'un politicien commence à parler du peuple dans tous ses discours au lieu de parler des français et des françaises, c'est le gyrophare qui se déclenche et j'élimine directement.
Ecoute les discours des dirigeants fascistes des années 30 et tu comprendras. C'est la même utilisation du mot peuple à toutes les sauces.
Mais toi, t'es facile à berner. Dès que tu entends le mot peuple, tu es comme un gardon qui voit un asticot !
La définition de Yann a quand même un grand défaut, c'est qu'elle ne comprend pas le sens du mot démocratie. Il me semble quand même qu'une masse d'intellectuels ont pensé la démocratie et ont démontré depuis assez longtemps que la démocratie représentative n'est pas une démocratie. Lisez Jacques Rancières, que de textes magnifiques !
Son appel au "peuple" ? Il me semble que la "population" étatsunienne a quand même moins voté pour Trump que pour Clinton aux élections, ce sont les grands électeurs, ces magnifiques élites omniscientes et omnipotentes, qui ont élu Trump.
Le mot "peuple" ? Je le trouve assez stupide comme mot et on est assez d'accord sur cela. C'est également pour cela que je trouve la définition du mot populisme proposé par certains ici comme étant fondamentalement stupide : "est populiste ce qui plaît au peuple" (cf vincent par exemple). Bon déjà il faut savoir que le peuple n'est pas une entité homogène donc ce qui plait à l'un ne va pas forcément plaire à l'autre. Faut il rappeler que le premier vote des classes populaires est l'abstention ?
Un discours anti-élites ? Ca c'est quand même très intéressant. On a parlé déjà à de multiples reprises de la reproduction sociale, et tu as terminé par accepté cette réalité. Cette réalité signifie quand même une chose, c'est que nous sommes dans une société d'héritiers. Il n'y a pas besoin d'avoir fait de la sociologie pour se rendre compte qu'il y a principalement des fils de bourgeois à Sciences Po Paris. La classe dominante, c'est-à -dire la bourgeoisie, se reproduit de génération en génération. Les élites restent les élites et les populaires restent populaires.
Il ne s'agit pas de haine lorsque l'on explique que la richesse (économique, sociale, culturelle et symbolique) sur laquelle est assise la bourgeoisie est profondément inique (injuste).
Enfin, pour les politiciens populistes, le peuple est fondamentalement homogène. Il y a le peuple et les élites (opposées au peuple bien entendu dans leurs discours), c'est le gentil peuple victime des méchantes élites.
La sociologie avec son étude des différentes classes sociales présentes dans la population, ainsi que des différents groupes sociaux, ce n'est pas du tout du populisme !
Avant la montée du populisme en politique, les partis politiques "visaient" bien évidemment certaines classes sociales ou groupes sociaux.
Jamais dans ma jeunesse, je n'ai entendu le PCF parler du "peuple" mais par contre il parlait des ouvriers, de la classe ouvrière, des employés, etc.
Et pour moi, cela ne pose pas de problème parce que c'est une réalité sociologique. Il y a des classes sociales et certains politiques se positionnent prioritairement sur certaines classes sociales. Il n'y a pas de manipulation "sémantique".
Un parti ou un leader politique qui va se déclarer comme défenseur des classes populaires, des français les plus défavorisés, etc. Cela ne me pose pas de problème fondamental (même si ce n'est pas ma tasse de thé).
Par contre quand un parti ou un leader politique commence à se présenter comme le défenseur du "peuple", tu comprends que cela me pose un énorme problème, car comme tu l'as bien dit le peuple réel est sociologiquement hétérogène. Seul le peuple français (donc réellement mythifié) de la constitution est homogène (il n'y a qu'un peuple français, pas de peuple corse, pas de peuple breton, etc.)
En politique, ce qu'il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre c'est ce qui se passe sous nos yeux.
Alexis de Tocqueville