Si la fonction en tant que telle est vouée à perdurer, le statut particulier qui guide le parcours des préfets tout au long de leur carrière devrait quant à lui disparaître, a indiqué le premier ministre.
Presque un mois jour pour jour après la suppression de l'ENA annoncée par Emmanuel Macron, c'est à un autre totem de la République que le gouvernement a décidé de s'attaquer ce jeudi 6 mai : celui du corps préfectoral.
Source:Le Figaro.
Lors d'une visioconférence en présence de plusieurs centaines de préfets et de sous-préfets, le premier ministre Jean Castex a annoncé la disparition progressive du corps des préfets et des sous-préfets, comme l'a rapporté ce vendredi le site Acteurs Publics.
Si la fonction en tant que telle est vouée à perdurer dans la mesure où l'État compte toujours sur ces hauts fonctionnaires pour le représenter dans les régions et les départements et pour mettre en œuvre les politiques du gouvernement, le statut particulier qui guide le parcours des préfets tout au long de leur carrière va quant à lui disparaître.
Une information révélée par Acteurs Publics qui précise que la fonction tend à devenir un emploi sur lequel on serait détaché pour un temps, comme les administrateurs civils le sont aujourd'hui sur des postes de sous-préfet.
L'idée est aussi, comme l'a rappelé le préfet de région honoraire Cyrille Schott dans une tribune au Figaro ce vendredi, de «fonctionnaliser» le poste de préfet, c’est-à -dire y nommer des «non professionnels» sous couvert d'une ouverture à la société civile.
Mais pour le préfet honoraire de 70 ans, «l'inféodation au pouvoir des impétrants, dépourvus des garanties statutaires d'autonomie de leurs prédécesseurs et choisis en vertu de critères politiques, sera très forte».
Une réforme souhaitée par l'opinion, selon Gérald Darmanin:
Le chef du gouvernement, qui était accompagné jeudi du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et de la ministre de la transformation et de la fonction publique Amélie de Montchalin, aurait aussi laissé entendre qu'il existerait, pour ces hauts fonctionnaires déjà titulaires du grade, un droit d'option pour rester préfet ou devenir administrateur général. Et s'ils doivent toujours être gérés par le ministre de l'Intérieur, les préfets le seront sous le contrôle de la future délégation interministérielle à l'Encadrement supérieur de l'État (Diese).
Une mesure qui s'inscrit dans la grande réforme de la haute fonction publique décidée par le président de la République en avril dernier. Toujours selon Acteurs Publics, le ministre de l'Intérieur aurait quant à lui mis l'accent sur une réforme souhaitée par l'opinion quand Amélie de Montchalin aurait insisté sur la mobilité, la diversité et la formation.
Bien que Jean Castex n'ait pas employé directement le terme de «suppression du corps», les préfets et nombre de politiques l'ont interprété ainsi. Dès lors, la polémique s'installe. En réaction à cette annonce, Jean-Louis Thiériot, député LR de Seine-et-Marne a dénoncé sur Twitter un «démantèlement de l'État» et un «affaiblissement de l'autorité». «Préfet est un métier qui s'apprend de postes en postes», a-t-il dit.
«Mais pourquoi ce besoin de détruire les derniers piliers qui tiennent encore notre pays ?» s'est de son côté interrogé Daniel Spagnou, le maire de Sisteron et ancien député des Alpes-de-Haute-Provence. Valérie Boyer, sénatrice LR des Bouches-du-Rhône et députée honoraire a estimé qu'«après la suppression de l'ENA, la suppression du corps préfectoral constitue encore une atteinte, un mépris pour l'intérêt général et la méritocratie».
Dans une série de tweets publiée ce vendredi, le président fondateur de l'UPR, François Asselineau, a jugé l'annonce de la suppression du corps des préfets comme «très inquiétante», puisqu'elle «vise à affaiblir tragiquement l'État face aux élus locaux et de nommer des hommes de main du pouvoir».
«Ce serait bien à tort qu'il faudrait se réjouir de telles décisions prises au bulldozer et qui consistent à mettre à bas des structures pluriséculaires qui ont assuré la colonne vertébrale et le bon fonctionnement de l'État», a-t-il enchéri.
L'annonce de Jean Castex intervient précisément au moment où la France commémore le bicentenaire de la mort de Napoléon, auquel elle doit l'existence de ce corps préfectoral. Devenu premier consul après son coup d'État du 9 novembre 1799, souvent abrégé en «coup d'État du 18 Brumaire», Napoléon Bonaparte avait alors décidé d'une réforme en profondeur de l'organisation de l'État.
C'est ainsi que le 17 février 1800, il créait la fonction de préfet (loi du 28 pluviôse an VIII). Dans chaque département, le «préfet sera chargé seul de l'administration», était-il écrit.
https://www.lefigaro.fr/politique/jean- ... l-20210508

