Le 25 mai 1981, à Beauvais (Oise), débutait le procès du premier tueur en série d’après guerre. Détenu depuis 1976 pour huit meurtres, Marcel Barbeault, qui aura 80 ans au mois d’août, est aujourd’hui le plus ancien détenu de France.
...Il a fait frissonner toute l’agglomération de Creil (Oise) pendant sept ans, de 1969 à 1976.
Source:Le Parisien.
...Surnommé « le Tueur de l’ombre » pour ses meurtres commis tard le soir ou tôt le matin, Marcel Barbeault est toujours détenu. Il y a tout juste 40 ans, son procès exceptionnel débutait devant la cour d’assises de Beauvais, où il était jugé pour cinq des huit assassinats – sept femmes et un homme – qui lui étaient imputés.
....Une audience de quinze jours, au cours de laquelle 75 témoins et 17 experts se sont succédé à la barre.
Un temps surnommé le « Tueur fou à la carabine » en référence aux balles de 22 long rifle retrouvées dans la tête de ses huit victimes, ou « le maniaque », Marcel Henri Barbeault a été arrêté le 14 décembre 1976 après une gigantesque enquête, « un suspens à la Hitchcock », écrivaient alors les journaux.
Sans les moyens technologiques d’aujourd’hui, 50 enquêteurs et 250 gendarmes se sont penchés sur le dossier, menant des auditions auprès de 1000 personnes.
Après l’assassinat de Julia Gonçalves, en novembre 1975, ils ont visité... 4800 appartements de Nogent-sur-Oise. Mais ce sera le travail colossal d’un jeune inspecteur, Daniel Neveu, et les indices laissés par Barbeault, père de deux enfants, marié, ouvrier dans une usine chimique à Rantigny, qui finira par mettre fin à ces meurtres commis dans un secteur de deux kilomètres carrés entre Nogent-sur-Oise et Laigneville.
Agissant dans des recoins sombres, parfois au domicile de ses victimes, le Tueur de l’ombre n’a laissé que très peu de témoins pour constater son physique qualifié de « colossal » : 1,85 mètre et près de 100 kilogrammes au moment de son interpellation, en 1976. D’autant plus que ses crimes intervenaient souvent entre l’automne et l’hiver, alors que la luminosité est au plus bas.
« Un homme avec un ciré et un chapeau de pêcheur, grand, brun et jeune. Avec des yeux de chats », répétait Micheline Mérienne, fille d’une des victimes. Elle avait réussi à lui échapper pendant qu’il tuait sa mère, Suzanne, le 16 novembre 1969.
Une «pause» de trois ans avant de recommencer à tuer:
Mais les enquêteurs ne font pas de liens, dans un premier temps, entre toutes les victimes, que l’on retrouvait pourtant dénudées de la même manière. Après une « pause » de trois ans dans sa série de meurtres, le tueur change aussi de marque de carabine, ce qui va perturber les experts balistiques, seuls scientifiques, avec les légistes, pouvant aider les enquêteurs.
Le recoupement de ses absences au foyer familial comme à l’usine, la dénonciation anonyme, l’émission d’un portrait-robot, son casier judiciaire de voleur averti et surtout la carabine utilisée pour les deux derniers meurtres et retrouvée chez lui, permettront finalement de le traduire devant la justice.
Au procès, Didier Roucoux intervenait pour les familles d’Eugène Stephan et Mauricette Van Hyfte, jeune couple qui a croisé la route de Barbeault aux abords du cimetière de Laigneville. L’avocat, aujourd’hui retraité, se souvient d’avoir été marqué par le regard de cet accusé plutôt bel homme.
« Il ne s’exprimait pas beaucoup et niait ce qui lui était reproché, relate-t-il. Mais on sentait qu’il y avait quelque chose qu’il ne disait pas. » Lors de l’audition d’une femme qui disait avoir été épiée par Barbeault, ce dernier la coupe et aurait dit, selon l’avocat : « Ce n’est pas vrai, ça ne s’est pas passé comme cela ! »
Au procès, la déposition de l’inspecteur scelle son destin:
Mais ce qui a le plus marqué Didier Roucoux reste la déposition de l’inspecteur Neveu. « Au moment où il est venu à la barre, il y avait un silence incroyable dans la salle d’audience », raconte Didier Roucoux. « C’est quand même un dossier où il n’y a ni preuves flagrantes, ni aveux. Mais la déposition de Neveu était une démonstration tellement étayée et pleine de perspicacité, qu’il était impossible d’imaginer qu’il y ait d’autre coupable. »
Malgré les cinq heures de plaidoirie de son avocat, Jean-Louis Pelletier, grand pénaliste, Marcel Barbeault sera reconnu coupable et condamné à la perpétuité en 1981. En appel, deux ans plus tard, le verdict ne changera pas.
Désormais détenu à la maison centrale de Saint-Maur (Indre), il est aujourd’hui l’homme emprisonné depuis le plus d’années consécutivement : 45 ans. Il n’a pas encore rattrapé le réunionnais Casanova Agamemnon, libéré en 2019, avec un total de 49 ans d’incarcération.
En août, Barbeault aura 80 ans, dont plus de la moitié passée à l’ombre des barreaux. Selon nos informations, il ne reçoit que deux visites par an, celles d’un proche de sa famille souhaitant rester discret.
«C’est presque un détenu modèle, qui a tenu la bibliothèque»:
« Il est à la retraite désormais. Il est âgé et tous les détenus respectent cet âge avancé. Il continue à se lever très tôt, à faire la promenade. Il marche beaucoup pour s’entretenir physiquement et est encore très en forme », souffle un membre de la maison centrale. Il continue même de consulter le conseiller d’insertion et de probation (CIP) de la prison.
Selon cet agent de Saint-Maur, chaque nouveau sait très rapidement pourquoi Barbeault est entre les murs. Pas parce qu’il le dit, parce que cela se sait : « Il n’a jamais eu aucun problème. C’est presque un détenu modèle, qui a tenu la bibliothèque et s’est enrichi intellectuellement. Il est assez solitaire, il n’échange qu’avec les anciens détenus. »
Un demi-siècle après les premiers crimes, la question du mobile reste toujours en suspens. Et si, finalement, c’est le flic ayant compris sa manière de fonctionner qui avait la solution ?
« La seule fois où il s’est énervé, c’est quand je lui ai parlé de sa mère. Une brune, décédée en 1968, dont il était très proche. Un an avant le début des assassinats… » résume l’inspecteur Neveu, qui a toujours pensé que cette disparition avait fait « vriller » le tueur.
Marcel Barbeault a toujours nié être l’auteur de ces meurtres : « Je suis la neuvième victime du Tueur de l’ombre », a-t-il dit, enfermant avec lui la vérité sur cette période de terreur.
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