Victor a écrit : 08 juin 2021 00:17
Parce que le problème principal, ce n'est pas tes études (même si elles sont remplies de pseudo-sciences, ce qui n'arrange pas ton cas) mais toi-même.
Tu m'expliques que tu penses ceci du libéralisme, ceci de Marx, cela de Schumpeter, etc.
Comme si cela avait une quelconque importance.
Peu importe ce que tu penses, du moment que tu raisonnes un minimum correctement.
Il faut d'abord que tu comprennes que tu n'es qu'un étudiant. Tu n'as pas une grande expérience professionnelle. Tu n'as pas eu de postes à responsabilité qui pourraient t'avoir montré des choses. Tu te fais une idée de la réalité économique et sociale uniquement à travers tes études et non de ton expérience.
On voit bien que tu méprises une personne comme Vincent qui a eu une vie professionnelle riche, qui a vu beaucoup de choses et dont l'expérience est vraiment intéressante. Pour toi n'existe comme vérité que celle de tes profs alors que tu devrais prendre en considération le fait que l'idéologie de tes profs influence nécessairement leurs enseignements donc toi-même.
Ils te manquent certainement le principal, c'est à dire le recul et un regard critique vis à vis des études que tu suis.
Finalement, je pense que tu devrais t'intéresser à l'épistémologie. Cela te permettrait peut-être de prendre ce recul qui te manque tellement.
Quand tu vois comment des intellectuels aussi prestigieux que Sartre ont pu se tromper politiquement sur la nature réelle des régimes qu'ils soutenaient, cela devraient t'aider à comprendre qu'il ne faut pas suivre bêtement, à la lettre, les opinions ou les idées de telle ou telle sommité intellectuelle.
En fait ça a toujours un intérêt de remonter à l'origine de nos idées personnelles, ça permet de mieux se situer soi-même et les autres. De comprendre ce que l'on pense et donc également ce que l'on ne pense pas.
Déjà j'aimerais comprendre ce qu'est une "pseudo-science" et un "raisonnement correct".
Je n'oppose pas nécessairement les expériences professionnelles aux expériences académiques. Là où tu ne comprends pas bien comment se constitue le corps d'un énoncé scientifique c'est que tu opposes, comme ton copain vincent, l'expérience à la science (surtout sociale). Alors qu'un énoncé scientifique est nécessairement fondé sur des données empiriques, c'est-à -dire des données provenant du réel.
Par exemple lorsque vincent me parle de son village pour s'opposer au déterminisme social, son observation reste limité à un espace géographique très restreint dont la réalité sociale n'est sans doute pas généralisable. Alors c'est très intéressant et beaucoup de sociologues font des études de cas, par exemple "la fabrique des élites à Sciences Po Paris" ou "la mobilité sociale dans l'Entre-Deux-Mers" mais ces travaux n'ont pas pour vocation à être généralisables.
Lorsque je parle par exemple de la reproduction sociale, au niveau national, les données sont nécessairement quantitatives (notamment issues des données de l'INSEE) puisque nous ne pouvons pas procéder à une observation qualitative sur un territoire aussi vaste que la France.
La vie professionnelle je m'en fou un peu à vrai dire. Effectivement, vincent et toi avaient sans doute développer des compétences, que je ne maitrise absolument pas, dans le cadre de votre travail. Et je serais bien bête de venir t'expliquer comment tu dois faire ton travail, ce que par ailleurs tu ne te prives pas de faire me concernant avec, en plus, une culture économique, sociologique et épistémologique que j'imagine assez faible.
As-tu déjà suivi des cours de sciences sociales ou d'économie à l'université ? Tu parles sans cesse d'idéologie mais où commence l'idéologie ? Où s'arrête t-elle ? Les enseignants expliquent dans quel courant ils se trouvent et, bien souvent, ils dressent un panorama des différentes approches méthodologiques et théoriques d'un même sujet, j'ai par exemple eu des cours d'économie publique et j'ai eu droit à l'enseignement d'une multitude d'approches.
Sartres n'était pas un sociologue ou un économiste, c'était un philosophe. La philosophie n'est pas une science, elle ne repose pas nécessairement (voir jamais) sur des données empiriques et une méthodologie aussi rigoureuse que dans le cas de la sociologie ou de l'économie.
Quant à mes compétences en épistémologie, je te conseillerai déjà d'essayer de tenter de comprendre de quoi tu parles. Si tu connaissais les principaux courants on pourrait discuter. Holisme (Durkheim) vs individualisme (Weber), empirisme (Locke) vs rationalisme (Descartes), etc... Il y a aussi les travaux de Bachelard et de son ouvrage "La formation de l'esprit scientifique", enfin bref... L'épistémologie j'en bouffe depuis des années et c'est aussi parce que tu n'as aucune base que tu caricatures.
Si je pensais les mêmes choses que toi, sans les fonder sur rien du tout tu me considérerais parfaitement objectif et scientifique. La réalité c'est que tu ne peux pas concevoir qu'une approche fondée sur une méthodologie rigoureuse puisse te donner tort, donc elle a forcément tort et est forcément fausse, et par extension elle est fondée sur de l'idéologie (mot bien pratique pour couper court au débat).
"On voit bien que tu méprises une personne comme Vincent qui a eu une vie professionnelle riche", mais toi aussi je te méprise. Je ne viens pas te parler de la manière dont il faudrait que tu gères ton équipe ou de la manière dont il faudrait que tu gères tes fichiers excel en t'expliquant les méthodes de data learning. Tâche de faire de même, ou alors fonde ton propos sur du concret. Dis moi précisément où mes enseignants font de l'idéologie et pourquoi ? Explique moi ce qu'il faut que j'apprenne en épistémologie pour devenir meilleur ?
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