La mort de Jérémy Cohen, percuté par un tramway en février, est présentée par plusieurs personnalités politiques comme une agression antisémite. Et ce, alors même que la qualification n'a pas été retenue par le parquet.
Source:20 Minutes.
Le 17 février dernier, Jérémy Cohen, un jeune homme de confession juive, est décédé après avoir été heurté par un tramway, la veille, à Bobigny.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le jeune homme tentait d’échapper à plusieurs individus qui venaient de l’agresser. Une information judiciaire a été ouverte la semaine dernière pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
Après la publication d’une vidéo sur les réseaux sociaux, la mort de Jérémy Cohen, d’abord présentée comme un accident, est désormais qualifiée d’agression antisémite par plusieurs internautes et personnalités politiques, comme Eric Zemmour et Marine Le Pen.
Eric Zemmour, Marine Le Pen ou encore Yannick Jadot…
Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnalités politiques ont évoqué ce lundi « l’affaire Jérémy Cohen », du nom de ce jeune homme décédé après avoir été percuté par un tramway, le 16 février, à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Il venait, selon les premiers éléments de l’enquête, d’être agressé et tentait de prendre la fuite.
Le 29 mars, une information judiciaire pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner » a été ouverte, a indiqué ce lundi le parquet de Bobigny. Mais alors que les circonstances du drame sont encore loin d’être établies, certains évoquent déjà un crime antisémite. 20 Minutes fait le point.
Que s’est-il passé ?
Le drame s’est produit mercredi 16 février, vers 20 heures, à Bobigny sur la ligne de tramway 1, qui relie Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) à Noisy-le-Sec, entre les arrêts Libération et La Ferme, selon nos confrères du Parisien, dans un article publié le lendemain du drame.
« Le Groupe de protection et de sécurité des réseaux, la police et le SAMU sont rapidement intervenus sur place », avait déclaré la RATP auprès du journal. La victime, « dont le pronostic vital était engagé lorsqu’il a été transporté à l’hôpital », est décédé des suites de ses blessures le lendemain, a confirmé le parquet de Bobigny à 20 Minutes.
Quelques minutes auparavant, Jérémy Cohen aurait été agressé par plusieurs individus. Dans une vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux et présentée comme étant celle des derniers instants de Jérémy Cohen, on peut voir une dizaine de personnes frapper un homme. Ce dernier s’extrait de l’attroupement, s’enfuit entre les voitures et s’engage pour traverser les voies du tramway. C’est à ce moment-là qu’il est percuté. Les proches de la victime assurent avoir transmis ces images aux enquêteurs.
« On a distribué des flyers dans les boîtes aux lettres et on a eu le témoignage déterminant d’une personne qui a pu filmer ce qui s’est passé », a expliqué Raphaël Cohen, le frère de la victime, invité au micro de Radio Shalom le 31 mars.
La famille de Jérémy Cohen estime que le jeune homme est « tombé dans un guet-apens ». Il « a reçu des coups de poing, des coups de pied, il était en sang, il avait les dents cassées, il s’est relevé.
A ce moment-là , quelqu’un d’autre de la bande est arrivé et il l’a massacré, il l’a frappé de toutes ses forces sur sa tête au sol. Il s’est relevé avec un dernier effort, je ne sais pas dans quel état il était, il titubait, et à ce moment-là , le tramway l’a percuté », a affirmé son père, Gérald Cohen, précisant que son fils était en situation de handicap. Mais c’était un « handicap qui n’était pas visible physiquement », a ajouté le frère de la victime. Des éléments qui n’ont néanmoins pas été confirmés par le parquet.
Où en est l’enquête ?
Si une première enquête a d’abord été ouverte pour « homicide involontaire », des éléments recueillis ont permis aux enquêteurs « de comprendre que, quelques instants avant l’accident, la victime avait subi des violences », explique le parquet dans son communiqué. Estimant que la victime a pu « traverser les voies du tramway pour échapper à ses agresseurs », le parquet a décidé, quelques jours plus tard, d’ouvrir une seconde enquête pour « violences volontaires en réunion ».
Si les deux enquêtes ont d’abord été menées en parallèle, la justice a finalement décidé de « regrouper les deux procédures dans un seul dossier judiciaire » et d’ouvrir, le 29 mars, une information judiciaire pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». L’enquête, placée sous l’autorité d’un juge d’instruction, a été confiée à la police judiciaire de Seine-Saint-Denis.
Pourquoi cette affaire fait-elle la une ce lundi ?
La vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux, a poussé ce lundi de nombreuses personnalités politiques à s’emparer du sujet. Parmi elles, Marine Le Pen ou Eric Zemmour qui n’ont pas hésité à qualifier cette agression d’antisémite. Et ce, alors même que la qualification n’a pas été retenue, à ce stade des investigations, par le parquet.
Qui est à l’origine de la publication de cette séquence ?
20 Minutes n’a pas été en mesure de remonter avec certitude à la première publication de la vidéo. La famille de Jérémy Cohen a condamné cette diffusion auprès de nos confrères de la chaîne i24news. « Notre souci est d’avancer avec l’autorité judiciaire sans aucune récupération, a renchéri l’avocat de la famille, Franck Serfati, sur BFMTV ce lundi.
La famille Cohen ne vient pas crier à l’antisémitisme, ce serait dénaturer les faits et préjuger. » Mais, ajoute-t-il : « Mais il ne faut pas exclure à l’heure qu’il est l’élément aggravant d’antisémitisme. »
En tout état de cause, ces images font rapidement leur chemin sur la Toile et attirent l’attention d’Eric Zemmour et de ses partisans. « Pourquoi aucun média, ni aucun politicien, ni aucun membre du gouvernement ne parle de la mort de Jérémy Cohen, tabassé par des racailles ? », dénonce le candidat à la présidentielle sur son compte Twitter. Ses soutiens tweetent à leur tour et font émerger le hashtag #JérémyCohen, attirant à leur tour l’attention d’autres personnalités politiques.
« Ce qui était présenté comme un accident pourrait être un meurtre antisémite. Comment expliquer le silence sur cette affaire et ses motivations ? », dénonce de son côté Marine Le Pen. « Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de la mort de Jeremy Cohen, son agression avant qu’il soit heurté par un tramway à Bobigny. Ce n’est pas à sa famille de réunir les preuves », réagit Yannick Jadot.
L’affaire n’a pas fini de s’inviter dans la campagne présidentielle.
https://www.20minutes.fr/justice/326536 ... er-bobigny

